Accueil > politique | Par | 1er février 2007

Qu’il retourne à neuilly la queue basse...

Presidentielle vue par Nadir Dendoune

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Dans moins de trois mois, il faudra choisir. Dans les halls des immeubles de la cité Maurice-Thorez de L’Ile-Saint-Denis où j’ai grandi, Diderot aurait kiffé ! Ici comme dans beaucoup de quartiers impopulaires, les « Jacques le Fataliste » s’étalent de façon ostensible. « Tous des enfoirés, ces politicards », qu’ils te répètent sans cesse.

J’ai oublié de me présenter. Nadir Dendoune, 34 balais, Français « issu de l’immigration », pas encore « Français sans rien derrière » (faut pas rêver !). Pour beaucoup, un modèle de méritocratie : parce que je suis une ancienne « racaille » devenue journaliste.

Carte de presse BBR constamment dans la poche gauche du jean. Faut me comprendre : à la trentaine passée, j’ai encore droit aux contrôles de papelards. Les forces de l’ordre (j’ai surtout pas dit gardien de la paix) doivent me prendre pour un clandé, moi le polyglotte aux trois passeports !

J’irai voter le 22 avril. Même si je ne sais pas encore pour qui... T’inquiètes la gauche, j’irai finalement voter pour ta pomme. Comme toujours. Pour toujours ? Pas sûr... Un jour, je ne te pardonnerai plus.

Parce que je n’ai pas la mémoire courte. Moi ! Dans le quartier où j’ai poussé, c’était à gauche toute. Mais on ne t’apprenait pas à débattre, à revendiquer, on prenait souvent les décisions pour toi. Au lieu de nous aider à nous émanciper, vous êtes venus à notre secours, en nous considérant toujours comme des pauvres victimes. Pour moi, être de gauche, ce n’est pas faire de l’humanitaire, c’est traiter l’autre d’égal à égal et tout faire pour que celui qui subit une inégalité arrive à votre niveau.

Rappelle-toi aussi de tous ces cris d’alarme que ni vous, ni la droite n’avez voulu entendre. Souviens-toi de ces premières révoltes urbaines, celles des Minguettes à Vénissieux, eh bien, elles datent de 1981 ! Ça fait plus de 25 piges... Et la « marche des Beurs » (qui s’appelait en fait « Marche pour l’égalité et contre le racisme »), c’était en 1983. Il y a eu ensuite Vaulx-en-Velin en 1990, Mantes-la-Jolie l’année suivante, jusqu’à Clichy-sous-Bois en 2005. Et qu’est-ce qui s’est passé entre-temps ? On a repeint quelques bâtiments, installé des murs d’escalade. On a créé SOS Racisme aussi, et dit : « Le racisme, c’est mal ». Mais concrètement ? Le chômage, les discriminations, l’exclusion sociale, l’augmentation de la violence dans les écoles, les « rodéos » de flics, tout cela a continué à augmenter tranquillement.

T’inquiètes la gauche. Malgré tout, mon ennemi, ça reste tout de même Lui. Lui, l’affreux jojo qui veut faire croire que le libéralisme, c’est donner sa chance à tout le monde. Mais Lui est un mytho. La société qu’il défend, Lui, c’est celle qui consiste à donner encore plus à ceux qui ont déjà tout, et à écraser les autres, les faiblards, les mal-nés. Pas de justice, pas de mérite, contrairement à ce qu’il prétend. Seulement la chance d’être né, comme lui, du bon côté de la France. Lui, qui promet du social, de la sécurité et qui laisse la merde grossir une fois que les caméras ont disparu. Comme aux 4 000 de la Courneuve où il avait promis à cette dame en juin 2005 qu’il allait nettoyer la cité au Kärcher. Et pour équilibrer son discours, il avait aussi parlé de redonner de l’espoir aux gens, de créer des emplois, etc. Un an après, deux écoles ont été classées en ZEP et une trentaine d’emplois ont été créés chez les jeunes. Enorme ! En un an, le chômage a baissé de 0,8 % ! Et la délinquance ? Eh bien, elle a explosé dans la cité ! Il paraît qu’on voit l’ouvrier au pied du mur. Lui, le nabot qui flirte ostensiblement avec les idées de Jean-Marie, en reprenant, main sur le cœur, une des phrases préférées du leader frontiste : « la France, tu l’aimes ou tu la quittes », accréditant par là même ce vieux fantasme de nettoyer ce beau territoire de tous ces éléments étrangers, colorés, dégénérés. L’« anti-France »... Je ferai tout (même si je suis un tout petit citoyen, une sorte de David par rapport à Lui) pour que Lui, le cinglé, qui se vante de connaître bien le terrain (la banlieue) mais qui le regarde en vérité de très loin à l’aide de jumelles, n’entre pas à l’Elysée et qu’il retourne à Neuilly le 6 mai prochain la queue basse. Ce n’est pas qu’une promesse, je le jure sur la vie de ma mère. Et en banlieue, la maman, c’est encore ce qu’il y a de plus sacré...

Nadir Dendoune est journaliste, auteur du livre Lettre ouverte à un fils d’immigré, Éditions Danger public, à paraître le 15 février 2007

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