Accueil > Société | Par William Brousse | 1er février 2007

Quand l’aide alimentaire rime avec exclusion raciste

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« Les nôtres avant les autres. » Le slogan de Solidarité des Français est clair. « Les nôtres », ce sont les Français « de souche ». « Les autres », juifs et musulmans. Depuis le 5 janvier, ni les uns ni les autres ne profiteront plus de la soupe au cochon de la généreuse association. Les « autres » n’y étaient, de toute façon, pas invités. Ou alors, en acceptant de bon cœur ce repas, en partage des valeurs franchouillardes. Sous couvert de charité chrétienne, c’est de la bonne « soupe gauloise », que les époux Bonnivard, fondateurs de l’association, distribuaient, chaque mardi depuis deux ans, devant la gare Montparnasse. Par « gaulois », ils entendent, bien sûr, « chrétien ».

Solidarité des Français n’a jamais caché sa proximité avec l’extrême droite. Elle s’inscrit dans l’un des nombreux courants qui constituent l’électorat du Front national, et qui milite pour sa dédiabolisation : très proche du Bloc identitaire, dont l’un des membres s’était illustré en tentant d’assassiner Chirac le 14 juillet 2002, son but est, en utilisant la cause des sans-abris, de lutter contre le « racisme anti-Français ambiant » et d’agir pour retrouver les valeurs originelles : Patrie-Famille-Chrétienté. Il s’agit d’une branche active et « intellectuelle » de l’extrême droite, qui a probablement appelé de ses vœux le « procès d’intention » dont elle fait aujourd’hui l’objet.

On attend le prochain rebondissement judiciaire de ce qui constitue effectivement, au seul regard de la loi, un procès d’intention. L’association a pris soin de verrouiller son affaire : dans les faits, elle distribue de la soupe aux SDF. Dans un pays libre d’association, laïque et supposé soucieux du bien-être de ses citoyens, en quoi l’Etat pourrait-il s’opposer à une initiative solidaire, au profit des sans-abris, au moment même où ces derniers en ont le plus besoin ? La logique est presque implacable. Et le résultat est sans doute à la mesure de leurs attentes : tapage médiatique, recours à la Cour européenne des droits de l’Homme (dont on attend le jugement), l’association se fait la voix des Français victimes d’une perte d’identité au profit, toujours, des « autres ».

Lors du procès qui l’opposait depuis le 29 décembre 2005 au préfet de police de Paris, qui voulait faire valoir un trouble à l’ordre public et une initiative ostentatoire de discrimination, le juge avait pourtant estimé que le principe de l’association ne constituait pas un acte xénophobe avéré. Il a fallu en référer au Conseil d’Etat pour aboutir à une suspension, non définitive, de cette forme douteuse de solidarité. Bien rodés aux discours « mainstream » et non dénués d’ironie, les Bonnivard s’étaient insurgés contre ce scandaleux procès d’intention ourdi par « Delanausée ». Ils avaient fait valoir les bienfaits nutritifs du porc, son faible coût, ainsi qu’un précepte islamique affirmant qu’en cas de « nécessité de froid ou de faim », du porc pouvait être consommé. Où donc est le mal ?

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