Accueil > Société | Par Jean-Claude Oliva | 1er février 2000

Quand La Recherche se cherche et ne se trouve pas

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Le boeuf britanniqueDepuis décembre, le mensuel scientifique La Recherche se présente sous une nouvelle formule. La revue accentue des évolutions déjà perceptibles depuis plusieurs mois mais semble ne pas trouver un véritable équilibre, voire même connaître une dérive un tantinet schizophrénique.

Pressée par le succès de ses concurrents, Sciences et Avenir, Sciences et Vie, Pour la Science, Eurêka, et plus généralement par la forte et récente médiatisation des sciences à la télévision et en librairie, La Recherche lorgne vers ce public élargi. Cette préoccupation a, semble-t-il, conduit au choix du dossier du mois : "le cerveau d’Einstein : une étrange malformation peut-elle expliquer son génie ?" Sous prétexte de controverse scientifique, La Recherche est allée chercher un article publié dans la revue britannique Lancet en juin 1999 et sans doute passé inaperçu à l’époque tant il ressort de vieux poncifs. Néammoins le dossier est solide. Isabelle Stengers démonte le scientisme de la publication initiale. La contribution de Françoise Balibar est aussi remarquable d’intelligence critique. En fin de dossier, le lecteur ne peut arriver qu’à une seule conclusion : qu’est allée faire La Recherche dans cette galère ? En janvier, cette préoccupation d’ouverture conduit à un choix plus judicieux : un dossier sur les OGM, vraie question de société et objet de débat tant chez les scientifiques que dans un public plus large. A lire le sommaire, on peut cependant craindre qu’il s’agisse d’une compilation d’arguments déjà plus ou moins connus plutôt que d’un véritable travail sur l’actualité scientifique. Toujours au registre de l’ouverture, il faut noter au positif un appel sensible aux sciences humaines : histoire et philosophie des sciences, sociologie...

L’autre façon pour La Recherche de damer le pion à ses concurrents est de se poser en référence quasi institutionnelle, tutoyant l’excellence (scientifique). Jusqu’à présent cette excellence s’exprimait par des articles très techniques, impénétrables au commun des mortels, mais qui flattaient les scientifiques pratiquant la même discipline. Ce genre est en voie d’extinction dans la nouvelle formule et on ne le regrettera pas. Maintenant l’excellence : ou en tout cas son image : passe par la référence obligée aux publications anglo-saxonnes ce qui, à voir l’article de Lancet, n’est pas une garantie en soi. Certes le client est roi et les chercheurs français sont un peu mieux traités, mais le reste du monde (scientifique) ? Il ne se passe rien ou si peu au Japon, en Russie, en Chine, en Australie ? Le côté bulletin officiel justifie sans doute aussi l’obligatoire cirage de pompes pour un scientifique bien en cour, en la personne de Paul Clavin qui a prêté main forte à Claude Allègre pour l’abandon du projet Soleil.

Au-delà de ses critiques, on se prend à rêver d’un magazine scientifique, populaire sans démagogie, de qualité sans élitisme. Ce sera sans doute pour le prochain millénaire !

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