Accueil > Société | Par Jean-Claude Oliva | 1er novembre 1999

Quand les performances intellectuelles sont améliorées par le milieu de vie

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En 1906, Alfred Binet, sociologue travaillant à la Sorbonne pour l’Education nationale, met au point les tests de quotient intellectuel (QI), dans le but de détecter précocement des enfants en échec scolaire auxquels il faudrait apporter un soutien personnalisé. Binet lui-même met en garde : il ne s’agit pas de mesure d’intelligence, toute autre utilisation de cette échelle serait illégitime...

Hélas, dès 1911, 1912, les psychologues américains s’en servent dans le but de discriminer les groupes ethniques, une tentative régulièrement renouvelée depuis, la dernière étant le livre la Courbe en cloche publié aux Etats-Unis en 1992 (1). A l’inverse de ces tendances héréditaristes et renouant avec les préoccupations de Binet, une étude conduite par Michel Duyme et ses collègues de l’INSERM (U 155) démontre que des enfants âgés de 4 à 6 ans, présentant un QI faible et voués a priori à une "intelligence" réduite à l’âge adulte, peuvent bénéficier d’une amélioration nette de leurs performances intellectuelles à condition d’évoluer dans un environnement socio-économique favorable (niveau d’études et statut professionnel des parents). Au regard d’une partie de la société, les enfants en grande difficulté intellectuelle laissaient, semble-t-il, peu d’espoir quant à l’amélioration de leurs compétences au cours du temps. Ils étaient très vite étiquetés "d’intelligence faible".

D’après les résultats de l’étude menée pendant dix ans, un environnement plus avantagé permet au long cours d’augmenter considérablement les performances intellectuelles d’enfants perturbés au départ par des épisodes familiaux difficiles (négligence, maltraitance). Plus le niveau socio-économique d’adoption est élevé, plus le QI est fort chez les jeunes.

L’ensemble de ces données montre la possibilité de faire "basculer" des situations de retard intellectuel jugées auparavant quasi irréversibles vers un "rattrapage" (au-delà de quatre ans, âge souvent considéré par les spécialistes comme un seuil avant lequel tout se jouait), grâce à des facteurs liés au milieu de vie, comme une prise en charge attentive de l’enfant, un investissement familial, une présence et une aide éducative, matérielle... n J.-C.O.

1. Lire "Le Racisme à l’épreuve de la science", entretien avec le professeur Axel Kahn dans Regards, janvier 1997.

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