Accueil > Société | Par Sabrina Kassa | 15 décembre 2010

Quartiers en colère (2) - "Nous sommes entrés dans une logique de "guerre""

Michel Kokoreff, est professeur de sociologie à l’université Nancy II et auteur de Sociologie des émeutes (éd. Payot, 2008). Il a livré à Regards son analyse sur les violences des "casseurs"

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« Depuis les émeutes de 2005, rien n’a changé. Les politiques publiques, en matière de sécurité et de rénovation urbaine, n’ont pas produit les effets attendus. Le chômage dans ces zones urbaines de marginalité a augmenté, en particulier celui des jeunes d’ascendance immigrée. La ségrégation urbaine et ethnique s’est renforcée. Le climat de tension entre jeunes et police s’est encore durci.

De fait, nous sommes entrés dans une logique de « guerre ». Le choix de privilégier une police d’intervention, avec des fonctionnaires jeunes, mal encadrés, disposant du contrôle d’identité de façon souvent « musclée » et « au faciès », tout

cela rappelle les pratiques d’une armée d’occupation. Une telle gestion postcoloniale des banlieues alimente le sentiment d’injustice des jeunes, mais aussi des adultes. Ces violences sont-elles la seule forme d’expression des quartiers ? Ou bien la seule forme d’action collective de ceux qui sont privés de toute représentation politique ? On peut le penser. Il existe un profond désir de reconnaissance et une demande d’égalité. Mais comme tous ceux qui se sont mobilisés cet automne, beaucoup se sentent méprisés par le pouvoir. »

Propos recueillis par Sabrina Kassa

La « mauvaise réput’ » du 9-3 !

Le 6 mai dernier, la Courneuve a saisi la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (Halde) pour discrimination territoriale. Le but : faire reconnaître les discriminations subies dans l’emploi, la formation, l’accès aux soins ou à la culture ? du fait de son lieu de résidence. Cela peut paraître évident, mais non, la loi ne les reconnaît pas aujourd’hui. Elle a répertorié 18 catégories, qui vont du sexe, à la « race » en passant par l’âge et le handicap, mais ne traite pas des discriminations pour « mauvaise réput’ » du 93 ! Bonne nouvelle, les maires, conscients du boulet que cela représente, se rebiffent. Le 5 novembre, la Courneuve a organisé les « premières rencontres nationales contre les discriminations territoriales ».

S.K.

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