Accueil > politique | Par Catherine Tricot | 1er février 2007

Quelle entente à gauche ?

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Comment unifier un peuple dans la diversité de ses composantes, trouver une perspective commune de progression sociale et de modernité, un projet global ? Travaux pratiques pour les gauches. La difficulté de dialogue et d’accord au sein de la gauche ne sont pas, comme François Hollande semble le penser, d’abord des problèmes de positionnement politique. L’extériorité par rapport à la politique institutionnelle et au pouvoir politique, qui tente à la fois l’extrême gauche et une gauche « mouvementiste » valorisant les contre-pouvoirs, n’est pas hégémonique à la gauche du PS. Il est heureux que la question du pouvoir soit l’objet d’une tension dans la culture de gauche. Gilles Deleuze n’écrivait-il pas dès 1981 que l’esprit de la gauche ne se nichait pas dans l’exercice du pouvoir mais dans sa contestation ?

Mais la question de l’exercice du pouvoir n’est pas seulement une question philosophique. Elle est une question pratique. Quand on croise les 125 propositions programmatiques des antilibéraux et celles défendues par le PS, on se dit que la différence ne tient pas d’abord à l’ampleur de la transformation exigée mais aux priorités et à ses champs d’exercice. C’est là, en fait, que gît la principale difficulté du dialogue à l’intérieur de la gauche : elle n’est pas d’ordre tactique (jusqu’où peut-on transformer ?) mais porte sur le cœur des projets (quel ordre des choses s’agit-il de transformer ?).

La posture antilibérale

Si l’on s’en tenait là, on serait tenté de conclure que la division de la gauche est irrémédiable et il faudrait alors se résoudre à l’exercice du pouvoir par une droite radicalisée. Il ne saurait en être question. Et cette analyse est trop hâtive. Il est possible de penser une gauche rassemblée sur d’autres lignes de force que celles du PS actuel. Encore convient-il que l’antilibéralisme progresse plus qu’il ne l’a fait encore sur le terrain du projet global de transformation sociale. La posture antilibérale permet d’être conséquent en matière de libertés individuelles et collectives, d’égalité entre les territoires, de protection de l’environnement, d’anticipation des mutations dans la santé et dans la formation. Elle le permet à condition qu’elle soit capable de déployer son discours sur ces thèmes structurants. Le jeune mouvement antilibéral s’est pour le moment concentré classiquement sur les questions économico-sociales, au détriment d’une approche qui fonde un projet de société.

Cela n’est pas sans rapport avec le nécessaire réexamen de ce que sont et de ce qu’attendent les catégories populaires. La représentation du peuple reste tiraillée entre une tradition ouvrière aujourd’hui destructurée et une vision républicaine qui assimile la République à l’ordre et à l’intégration. Sur cette base, la dynamique d’agrégation sociale qui faisait la force de la gauche est érodée : les couches moyennes sont en crise et les catégories populaires sont déboussolées et éclatées. Le socialisme français et la droite radicalisée se situent dans le cadre de ce délitement des repères précédents. Or la capacité à unifier un peuple dans la diversité de ses composantes passe par une perspective commune de progression sociale et de modernité. Celle-ci suppose un projet global, qui exprime ses finalités, les formes de régulation, les voies de la cohésion.

Peu ou prou toutes les forces politiques sont en train de s’exercer à redéfinir ce nouveau projet. L’élection présidentielle est pour toutes un moment de cette mutation. C’est l’objet du travail qui s’opère au PS. C’est celui que doivent poursuivre les antilibéraux, stoppés dans un élan qu’ils doivent retrouver.

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