Accueil > actu | Par Roger Martelli | 1er janvier 2008

Qui peut prendre la place du PC ? Une force mais pas seulement

Articuler le social et le politique, c’est ce qui a permis au PCF de concilier la radicalité transformatrice et l’insertion dans le tissu sociopolitique. Y a-t-il une force capable d’occuper cet espace ? Commentaire.

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Qui peut prendre la place du PCF ? A l’évidence aucune force existante. Et cela d’autant plus que la place à prendre ne se limite pas au strict champ partisan. Ce qui a fait la force du fait communiste en France tient à ce qu’il a été un phénomène global. Il a été un parti politique, c’est vrai, visible par la densité et la variété de sa présence militante. Mais il a été aussi une culture politique, des mots et des symboles qui ont à ce point irrigué la société qu’ils se sont entremêlés avec des cultures de groupe, et notamment avec la culture ouvrière et urbaine. « Années Thorez, années Gabin », titrait il y a quelques années une revue traitant de l’histoire de la banlieue. Sans doute la prégnance de cette culture doit-elle beaucoup à l’action militante, au fait que, à partir du milieu des années trente, le PCF n’est plus un parti de « révolutionnaires professionnels » mais un authentique parti de masse, le seul dans l’espace sociopolitique français. Toutefois, il n’y a pas que le poids des militants politiques...

Si le communisme marqua massivement les cultures populaires, c’est que le « Parti » put s’immerger dans une vaste galaxie où l’engagement communiste dans la vie associative, le monde syndical et la vie municipale donnait à l’action politique une épaisseur sociale sans pareil. Le communisme réussit, à sa manière, en France, ce que surent faire les social-démocraties les plus dynamiques de l’Europe du Nord et du Nord-Ouest...

UN PROJET METISSE

Le phénomène communiste fut en France une manière particulière d’articuler le social et le politique et c’est cela qui lui permit de concilier pendant plusieurs décennies la radicalité transformatrice de son projet et l’insertion dans le tissu sociopolitique, non pas à ses marges mais en son cœur. Que cette manière d’articuler social et politique n’ait pas été sans défaut est une évidence et le communisme le paya chèrement par la suite. Mais pendant quelques décennies, un raccord s’établit, que nulle autre force ne fut en état de construire. La SFIO s’y essaya avec FO dans les années cinquante ; le « mendésisme » eut cette ambition dans le années cinquante et soixante ; le PS mitterrandien la tenta avec la CFDT : nul ne sut le faire comme le communisme de l’apogée. Prendre la place du PCF ? La question est trop courte. Si la gauche de transformation veut marquer le mouvement populaire et conquérir l’hégémonie à gauche, son ambition doit excéder largement l’occupation du seul champ partisan. L’enjeu est d’une portée bien plus large : reconstituer un tissu à la fois social, politique et culturel. Pour y parvenir, impossible de contourner la question partisane : pas de production politique efficace sans organisation pour la porter. Mais, en sens inverse, mieux vaut au départ se convaincre qu’il n’y aura pas de recomposition politique si l’on ne couvre pas trois champs en même temps. Je dis bien : en même temps...

1. Le peuple aujourd’hui désagrégé par les recompositions du capitalisme moderne ne reprendra pas une dynamique commune sans projet pour le réunir. Or le projet ne peut être que partagé et donc ne peut être que métissé. Aucune culture existante, ancienne ou nouvelle, ne peut à elle seule agréger ce qui ne l’est pas, dans les expériences comme dans les représentations. Chaque culture particulière : la communiste parmi elles, donc : est précieuse pour y contribuer ; aucune ne peut aspirer à l’hégémonie. Ou alors, elle se cantonne à un espace d’expansion solitaire mais minoritaire.

2. Même partagé, le projet de société ne peut passer de l’influence sociale et culturelle à l’influence politique si le social et le politique restent séparés. Que les organisations agissant dans les deux espaces gardent leur spécificité est une évidence. Le XXe siècle a montré que la subordination de l’associatif au partisan débouche sur l’impasse ; mais il a aussi montré qu’aucun mouvement populaire n’a pu l’emporter, Front populaire ou Résistance, s’il ne produisait pas de la synergie assumée entre le social et le politique. L’autonomie de chacun ? Cent fois oui ! La séparation ? En aucun cas. Mais pour l’instant, convenons que nous ne savons pas faire et que cela nous met dans l’impasse.

3. Le projet ne peut passer dans le champ politique s’il n’y a pas de la force politique pour le porter. Comment y parvenir ? Par l’émergence d’une nouvelle organisation politique à la gauche du PS ou par une coalition ? Pour ma part, je crains qu’une simple coalition, dans une logique de bipolarisation et de bipartisme, ne suffise pas à écorner le jeu de l’alternance. Mais on verra bien ce qu’il sera possible ou impossible de faire. L’essentiel est de converger durablement. Mais pour cela, un préalable s’impose : que nul n’estime, pour une raison ou pour une autre, qu’il est en lui-même le lieu du rassemblement ou même qu’il est le point fixe autour duquel un rassemblement pourra se tisser à terme.

Dès l’instant où cette illusion est au placard, dès l’instant où l’on commence à se rassembler pour faire ensemble force politique, alors tout est possible. Et la place toujours libre enfin pourra de nouveau être occupée. Roger Martelli

Paru dans Regards n°47, Janvier 2008

Tribune

La création d’un tissu à la fois social, politique et culturel fit pendant longtemps la force du PCF. Comment recomposer ce tissu, faire émerger une force qui le représente au c’ur du politique ? Vaste programme pour une gauche polarisée. État des lieux.

La gauche, on le sait, est polarisée entre deux attitudes : la propension à s’adapter au capitalisme, puisque ses méthodes économiques sont indépassables, et le désir de s’en émanciper radicalement, puisque le capitalisme par essence ne peut produire que de l’inégalité. Entre 1945 et le début des années quatre-vingt, les choses étaient simples : l’esprit d’accommodement était politiquement représenté par un fort Parti socialiste et le désir de dépassement s’incarnait dans un Parti communiste recueillant entre 20 % et 25 % de l’électorat. Dans la gauche polarisée, le ton général était donné par l’esprit de rupture.

Où en est-on aujourd’hui ? Sur le versant de l’adaptation se trouve un Parti socialiste bien installé. Il est ballotté, déchiré, incertain sur ses fondamentaux. Mais il est le pivot de l’alternance, celui dont on dit qu’il peut mordre sur une partie de la droite, celui pour lequel on vote, par raison, quoi que l’on pense de ses petitesses et de sa propension au centre. Quant au pôle de la rupture-dépassement, il est plus éclaté que jamais. La place occupée naguère par le PCF est vacante. Qui peut l’occuper ?

Certains communistes pensent que nul mieux que le PCF ne peut occuper l’espace qui fut le sien. D’autres objectent que l’on ne se baigne pas deux fois dans le même fleuve, et qu’il y a illusion dangereuse à penser que l’on réussira demain, avec les mêmes, à faire ce qui a échoué hier : relancer, non pas le communisme, mais le « PCF ». Etat des lieux dans la sphère PCF.

Certains pensent que la voie est dans la constitution d’un grand parti anticapitaliste autour de l’extrême gauche et de sa volonté intransigeante de rompre avec un PS irrémédiablement « social-libéralisé ». D’autres considèrent que si le futur parti anticapitaliste se contentait de poursuivre la trajectoire de l’extrême gauche, il n’occuperait que l’espace électoral de l’extrême gauche qui, jusqu’à ce jour, a recueilli au mieux entre 5 % (chiffre de 2007) et 10 % (chiffre de 2002) de l’électorat. Atouts et limites de la LCR : là encore, état des lieux.

D’autres enfin, conscients des limites des uns et des autres, plaident pour une nouvelle force politique. Les hypothèses ne manquent donc pas pour savoir qui va remplacer le PCF. Mais, au fond, que s’agit-il vraiment de remplacer ? Avant le « qui », ne faut-il pas se poser la question du « quoi » ? Et quand on a cerné le « quoi », peut-on faire l’impasse sur le « comment » ? R. M. 

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