Accueil > actu | Par Emmanuelle Cosse | 1er janvier 2008

Qui peut prendre la place du PC ? Olivier Besancenot, premier de la classe des petits

Olivier Besancenot a le vent en poupe. Son ambition : transformer la LCR en grand parti « anticapitaliste ». Mais derrière la façade d’une nouvelle organisation, ne risque-t-on pas de trouver simplement... la LCR ?

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Il suffit de peu de choses pour mesurer l’évolution récente de l’image du leader de la LCR. On retrouve Olivier Besancenot dans le Monde autant que dans Gala ou Paris-Match. Et Le Figaro n’hésite plus à consacrer des articles entiers au « héraut de la gauche qui ne lâche rien » . Les derniers sondages ont créé la surprise : Besancenot est placé par les électeurs de gauche dans le carré de tête des personnalités qu’ils souhaitent voir jouer un rôle prépondérant, juste derrière Delanoë et Royal et devant... Hollande. Selon une autre étude, 30 % de sympathisants de gauche estiment qu’il incarne le mieux l’opposition ! Avec son look décontracté, un « parler vrai », un côté anti-élite (« Moi aussi je suis un travailleur »), une modernité des formules et un vrai talent oratoire qui rafraîchit les meetings, Besancenot a su s’imposer dans un paysage politique terne. Les derniers mouvements sociaux ont accueilli avec enthousiasme ses visites et sa popularité chez les étudiants ne cesse de grandir. On en oublierait qu’il n’a recueilli « que » 4 % à la présidentielle...

CAPITAL ELECTORAL

La situation est inédite : face à une crise de la gauche sans précédent (atonie du PS, PCF et Verts aux abois), la LCR affiche une santé insolente et devrait aller plus loin en annonçant, à l’issue de son congrès en janvier 2008, la création d’un nouveau parti anticapitaliste, « mi-guévariste, mi-libertaire ». Pour Pierre-François Grond, porte parole de la LCR, la popularité de Besancenot est la preuve que la Ligue a « réussi à traduire sur le plan social le résultat électoral de la présidentielle »  : « Nous avons un écho et une audience à un niveau plus fort que ce à quoi on s’attendait. Reste à savoir si nous arriverons à utiliser notre capital électoral pour créer une dynamique militante. » Pour lui, il s’agit bien sûr de construire un parti « pluraliste »  : « On n’a pas renoncé à trouver des partenaires. Mais le cadre d’une reconstruction politique n’est pas le préalable à la construction de ce nouveau parti pour faire face à la brutalité du projet Sarkozy. » LO a refusé la main tendue. Mais la LCR n’a pas décidé d’initier des discussions avec les différents courants présents dans la dynamique unitaire antilibérale qui cherchaient une candidature commune à la présidentielle pour les emmener dans leur projet. Besancenot répète à l’envi qu’il faut construire le nouveau parti par la base car les discussions de sommet n’ont cessé d’échouer.
« Ce qu’on ne veut pas, c’est rester dans l’immobilisme, comme l’a fait LO. On doit produire de la politique » , estime Pierre-François Grond. Analyse partagée par Claude Debons, co-animateur de Maintenant à gauche : « La proposition d’un nouveau parti découle d’une certaine lucidité. Le succès électoral de Besancenot pose de nouvelles responsabilités politiques à la LCR. Ne rien faire risquerait de les conduire dans la même voie que celle d’Arlette Laguiller : l’icône s’épuise et l’organisation est ramenée à ce qu’elle est réellement, c’est-à-dire pas grand chose. » Mais, ajoute-t-il immédiatement, « la logique aurait été que la LCR se projette comme une nouvelle force avec une recomposition politique. Sauf que dans la construction proposée, il n’y a qu’une seule colonne vertébrale, la Ligue. Cela ne répond pas au défi posé par une véritable alternative au projet social- démocrate. Cela peut grossir la Ligue de manière marginale mais cela ne change pas sa place sur l’échiquier politique. »

Christian Picquet, qui mène la tendance Unir (minoritaire) à la LCR, ne dit pas autre chose. « La majorité de direction de mon organisation pose à juste titre la question d’un nouveau parti. Mais pour que cette nouvelle force puisse relever le défi que pose la politique de Sarkozy, elle doit être pluraliste. L’erreur de mes camarades est de congédier toute idée de convergence. Et le risque, c’est un parti qui sera une LCR élargie qui ne regroupera que des petits courants de l’extrême gauche, mais en aucun cas une force qui offre la synthèse des meilleures traditions du monde ouvrier. »

EXERCICE DU POUVOIR

Quant à l’exercice du pouvoir, la réponse ne change guère de ce qui est défendu aujourd’hui à la LCR. Tout est renvoyé au rapport de force. Mais, précisément, la LCR se donne-t-elle les moyens de le construire efficacement en jouant la carte d’un parti construit autour de lui et non d’un changement de rapport de force interne à la gauche en contribuant à rassembler tous ceux qui refusent la ligne du renoncement et veulent la transformation sociale ? « Finalement, la LCR fait toujours les choses à moitié, conclut Claude Debons. A chaque fois que la Ligue franchit un pas, elle marque en même temps un retrait. La réalité va les rattraper, les gens n’attendent pas un leader qui parle clair, ils attendent un projet. » Emmanuelle Cosse

Paru dans Regards n°47, Janvier 2008

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