Accueil > politique | Éditorial par Clémentine Autain | 8 novembre 2010

Radicalité concrète

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Le mouvement sur les retraites est une vraie moisson politique. De quoi a-t-on parlé ? Du travail, de la répartition des richesses, des temps de la vie. Des enjeux forts qui dessinent les contours d’un projet de transformation sociale, qui pourraient : devraient ? : être au centre de la confrontation politique en vue de 2012.

Au coeur de la contestation : l’insatisfaction d’une masse considérable de salariés à l’égard de leur travail. Ce qui s’est exprimé (voir p.32), ce n’est pas seulement la colère de celles et ceux qui ont les métiers les plus pénibles objectivement, les plus durs physiquement. Ouvriers du bâtiment, caissières ou infirmières ont toutes les raisons de ne pas vouloir travailler plus. Mais si le mouvement a pris une telle ampleur, c’est bien le signe que de nombreux autres salariés sont malheureux au travail, ont hâte d’en finir avec lui. Il faut exercer des métiers à fortes satisfactions pour s’accommoder voire souhaiter que ça dure plus longtemps.

Ce salariat triste et mécontent, dont nous parle Frédéric Lordon (p.84), ne veut tout simplement pas perdre sa vie à la gagner. Et ce d’autant que le temps de la retraite n’est plus celui du retrait, de la non-activité, conformément à son sens étymologique. C’est un temps que l’on souhaite mettre à profit pour faire autre chose. Du temps pour soi, pour ses petits-enfants, pour la vie citoyenne, pour voyager, lire, créer, etc. Si les activités des retraités ne rentrent pas dans le PBI, elles n’en constituent pas moins une richesse pour la société. Une richesse qui a sa part de liberté, là où le travail salarié contraint. Le débat s’est ouvert sur ce nouveau temps, ce troisième âge où l’on peut espérer être plus longtemps en bonne santé, avec des activités que l’on se choisit. Encore faut-il que la retraite ne soit pas grignotée par un allongement de l’âge de départ (légal ou réel), ni rendu trop difficile par une diminution des pensions... Le PS et Europe Ecologie (voir p.16) ont tenu bon sur les 60 ans mais envisagent une augmentation de la durée de cotisation. Le compte y est-il ainsi à gauche ?

C’est là que l’enjeu du partage des richesses s’invite. Car préserver et développer ce temps, grâce à l’allongement de la vie et aux gains de productivité, suppose de penser autrement l’affectation des richesses produites. Au moment où les profits font à nouveau le plein (voir p.27), il est devenu insupportable d’exiger des « efforts » du plus grand nombre. L’alternative doit être porteuse de radicalité concrète.

Clémentine Autain

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