Accueil > politique | Éditorial par Clémentine Autain | 1er février 2010

Reconstruire un imaginaire de gauche

Les optimistes diront que la gauche est dans une phase de recomposition, les pessimistes : parmi lesquels les plus lucides sans doute... : défendront l’idée d’une phase persistante de décomposition.

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Toujours est-il que la percée d’Europe Ecologie ou l’apparente remise en marche du PS derrière Martine Aubry ne sauraient masquer les insuffisances de fond et de forme de toute la gauche. Il y a comme une panne, une désaffection, un manque de repères et de pugnacité que ne peuvent faire oublier les bons sondages qui se succèdent en vue des régionales de mars prochain. Cette morosité se lit notamment dans la faiblesse des mobilisations politiques et sociales, dans le retrait persistant des jeunes et des catégories populaires.

Pour se refonder et battre durablement la droite, trois défis doivent être relevés. Premier chantier, première exigence : renouer avec la radicalité, celle qui permet de dégager des réponses à même de prendre les problèmes à la source. Tant que le camp du renoncement, de l’accompagnement de l’ordre existant dominera à gauche, celle-ci manquera de souffle et de capacité à mobiliser les catégories populaires. L’eau tiède testée par les différents gouvernements de gauche ces dernières décennies n’a pas permis de changer substantiellement les conditions d’existence du plus grand nombre. D’où la nécessité de voir émerger avec force une gauche porteuse de ruptures économiques, sociales, écologiques et démocratiques.

Mais que la gauche soit au fond plus à gauche, davantage fidèle à sa tradition et à son histoire, ne résoudra pas tout. Car si cet effort ne se traduisait que par la répétition des formules anciennes, par la reprise des recettes néokeynésiennes des années 1970, il y a peu de chances de convaincre largement et de transformer le réel. La façon de parler de notre modèle de développement, d’appréhender les enjeux démocratiques ou encore d’intégrer dans notre discours les réalités du monde contemporain est déterminante. Penser les âges de la vie, la révolution numérique ou l’émergence des mégalopoles n’est pas accessoire : il en va de notre capacité à redéfinir les termes de l’égalité et les conditions de l’émancipation humaine. Faire de la politique au XXIe siècle et concevoir un processus révolutionnaire, au sens de bouleversement radical de la société, n’est pas une tâche facile. Cela n’en reste pas moins une exigence. La forme parti telle qu’elle a existé au XXe siècle mérite d’être revisitée. La stratégie de transformation sociale et écologique ne peut rester la même après les graves échecs des expériences dites socialistes et, dans une autre mesure, après les impasses de la social-démocratie européenne. Au fond, la gauche sort d’une longue séquence d’expérimentations qui l’obligent à remettre l’ouvrage sur l’établi. Le devoir de réinvention est la condition pour que la gauche cesse d’être impuissante, de s’accommoder voire de s’aligner face à l’idéologie dominante.

Le troisième défi, c’est celui du rassemblement. L’unité de toutes les forces de la gauche de transformation sociale et écologique n’est pas contournable si l’on porte l’exigence de majorités : sociales, d’idées, politiques. L’alliance des différentes composantes de l’autre gauche est l’une des clés parce qu’elle est susceptible d’enclencher une dynamique populaire. L’objectif, ce qu’il faut rassembler, c’est le peuple. La force du mouvement ouvrier d’hier tenait à ce qu’il avait réussi à réunifier le groupe dispersé et éclaté des ouvriers. Il l’avait constitué en classe, autour d’un projet de promotion collective et d’émancipation, en un temps où les ouvriers tendaient à devenir l’axe d’organisation du peuple tout entier. Aujourd’hui, le « peuple » désuni doit une nouvelle fois se réunifier. Mais il n’est plus le peuple d’hier : ses activités, ses espaces, ses formes de culture ne sont plus les mêmes. La représentation de lui-même, la conscience de son existence et sa projection dans une société différente, plus juste et plus humaine, dépend pour une part de la capacité d’une gauche d’alternative à s’ancrer dans la modernité, à recréer du désir et du sens. En un mot, c’est l’imaginaire politique qui est à reconstruire.

C.A.

Paru dans Regards n°69, février-mars 2010

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