Accueil > Société | Par Nicolas Kssis | 1er juillet 2009

Records de marque

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Le refus par la Fédération internationale de natation d’homologuer les combinaisons X-Glide d’Arena et la Jaked 01, utilisées respectivement par Alain Bernard et Frédérick Bousquet, pose derechef la question centrale de l’importance de la technologie dans le sport moderne. Les implications sont d’abord financières et secondairement chauvines (qui n’aurions-nous pas entendu si les personnes concernées n’avaient pas été françaises ?). Pour Alain Bernard, qui s’exprimait dans l’Equipe avec une étonnante franchise, « c’est peut-être Speedo, le principal sponsor de la FINA, qui a mis la pression parce qu’ils n’ont pas développé le bon produit, pour interdire les modèles concurrents » . Derrière, évidemment, se cachent des millions de maillots à écouler et surtout une image, source générale de profit, à défendre. Quand on finance à prix d’or une discipline comme la natation, qui n’occupe les écrans de télé que très rarement, difficile d’avaler que quelqu’un d’autre, une marque rivale, profite de la notoriété grandissante des stars du circuit.

Naturellement, ces parties d’échecs économiques en forme de jeu de dupes expliquent l’ampleur de la polémique. Mais l’affaire ne se limite pas exclusivement à ces calculs immédiats. Pour « combler » ses sponsors du « grand capital », le sport doit se mettre en branle selon un certain nombre de principes symboliques qui fondent son succès et sa popularité, au point d’en faire un phénomène culturel déterminant du XXe siècle. Parmi eux, l’idée que la compétition fonctionne sur la base d’une égalité de départ conclue par une inégalité des résultats produits par le seul ratio efforts/talents des athlètes. Seulement, comment continuer à défendre cette illusion créatrice d’identification dans l’ensemble du corps social s’il suffit d’adopter la bonne tenue pour grappiller les quelques centièmes de seconde qui font les différences ? Et par quel biais imposer ensuite de rétablir l’équité entre tous les participants si les équipementiers défendent « légitimement et légalement » leur brevet et donc leur investissement ? Nous ne parlons évidemment pas d’innovation des techniques corporelles comme le saut en hauteur sur le dos, employé pour la première fois en 1968 par Dick Fosbury, qui explosa alors le record du monde. Le dilemme éthique consiste dans tous les apports extérieurs au corps humain lui-même et à ses marges de progrès motrices, que ce soit le dopage, qui n’est autre que l’ingénierie chimique, jusqu’aux futures implications de la biotechnologie que la science-fiction s’amuse déjà à mettre en scène. Rappelons que la fédération de tennis avait déjà fini par interdire le double cordage employé un temps avec succès par Ilie Nastase face à Guillermo Vilas. Dans le même ordre d’idées, la FIFA refuse le double arbitrage de peur qu’une telle avancée ne sépare définitivement le football en deux strates technologiques, celle qui saura si la balle a franchi entièrement la ligne ou non et les simples mortels du gazon. « Le meilleur des mondes » a déjà commencé dans le sport. N.K.

Begaudeau vs Queval

Deux livres pédagogiques pour se familiariser avec les grandes problématiques du sport moderne. D’abord, le capitaine Bégaudeau emmène son équipe de 13 écrivains disséquer les relations intimes et incestueuses entre le sport et la politique. Le second ouvrage explore, sous la plume d’Isabelle Queval, les paradoxes philosophiques du petit monde athlétique.

François Begaudeau (dir.), La politique par le sport , éd. Denoël ; Isabelle Queval, Petit abécédaire philosophique du sport , éd. Larousse

Anthologique

Ce superbe film consacré à l’histoire d’un jeune gars placé en maison de redressement dans l’Angleterre des années 1960 et auquel l’institution n’offre comme porte de sortie que l’exploit athlétique reste un des rares chefs-d’œuvre cinématographiques consacrés au sport. A revoir absolument dans le contexte actuel.
La solitude du coureur de fond , un film de Tony Richardson, 1 DVD (Dorian Film)

Racisme dans l’Ain

Un joueur qui se fait traiter de « sale nègre » par les spectateurs et ses adversaires. Vous n’êtes pas en Italie ni au Parc des Princes mais à Lagnieu, dans l’Ain, lors d’une simple rencontre amateurs. Cette fois-ci, l’arbitre a eu le courage d’arrêter le match. La Licra a recensé 1 500 actes racistes l’an dernier sur les terrains de foot.

Paru dans Regards n°63, été 2009

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