Accueil > idées/culture | Par Roger Martelli | 5 janvier 2009

« Regards » est-il anticommuniste ?

Plusieurs lettres de nos lecteurs nous interpellent sur la ligne éditoriale du journal. Par manque d’espace, nous n’en publions que deux. Elles sont représentatives des questions qui traversent ces courriers. La réponse de Roger Martelli.

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Des deux lettres que publie Regards , l’une est insultante et c’est tant pis pour l’insulteur, l’autre est utilement dérangeante. L’une est un témoignage du passé, l’autre énonce, sans vulgarité, une question qui ne peut laisser indifférent. Regards a été créé par le PCF. La société qui l’éditait n’a pu survivre à un endettement structurel, qui s’est creusé entre 1997 et 2000]] ; Regards est édité désormais par une Scop. Il n’est pas un journal communiste. Il s’inscrit ouvertement dans la gauche critique, celle qui ne se résigne pas, ni aux normes du capital, ni à celles de l’ordre social ou moral. Cette gauche inclut le communisme, mais ne se résume pas à lui. Regards , par principe, ne saurait donc être anticommuniste. Encore faut-il savoir ce qu’est l’anticommunisme. Longtemps, les communistes ont ainsi cru qu’un antistalinien ne pouvait être qu’anticommuniste. Erreur funeste : le communisme tout entier eût dû être, le plus tôt possible et le plus hautement possible, antistalinien. Qu’il ne l’ait pas été a coûté cher au communisme français et au communisme tout court. Dire une part de la vérité, est-ce être anticommuniste ? Comme chacun le sait, je suis pour ma part communiste et même « encarté ». Voilà des années que, inlassablement, je dis à mes camarades : si nous continuons comme cela nous allons dans le mur. « Pessimiste », m’ont dit quelques camarades ; « anticommuniste », ont éructé quelques ayatollahs. Le problème est que nous sommes allés dans le mur...

Les communistes se disent matérialistes. Mais il se trouve que le Congrès auquel j’ai participé a conduit sa réflexion en oubliant une dimension de la réalité : le déclin électoral, comme le déclin militant du PCF, ne s’est pas interrompu. Je ne l’ai guère vu écrit dans la presse communiste ; je l’ai donc écrit dans Regards . Ce n’est pas toute la réalité, mais c’est un pan de la réalité. Le patrimoine communiste, électoral et militant, est une richesse incomparable, fût-elle affaiblie. A force de vouloir préserver cet héritage sans y toucher, de s’échiner à le conserver, on a fini par le liquider. Le patrimoine s’étiole, le PCF ne parvient plus, malgré l’effort de ses militants, à le reproduire. C’est une perte sèche : ce que le PCF perd, aucune force à gauche n’est en état de le récupérer.

C’est vrai que ce gâchis m’est insupportable. Cessons de nous replier sur nous-mêmes, de voir dans le monde extérieur un ramassis d’anticommunistes. Partons de l’idée qu’il existe autour de nous, parfois loin de nous, des forces critiques qui ne veulent plus de ce monde-là et rêvent d’en construire un autre. Sur certains points, ils ne sont sans doute pas mieux que les communistes, sur d’autres j’ai l’impression qu’ils le sont. On prend le temps de les regarder, de les analyser, de les écouter, de les comprendre ? Ou bien on reste entre soi à se plaindre des méchants et à faire l’autopromotion des excellents que nous sommes, dans un langage qui ne sert souvent à rien, parce qu’il ne peut même pas être compris ? Regards observe, avec sympathie, tout ce qui bouge dans une gauche digne de ce nom.

J’ai la faiblesse de penser que le communisme ne retrouvera ses couleurs que dans le métissage avec toutes les sensibilités critiques. Je ne crois pas à sa disparition ; mais je redoute son inutilité s’il reste centré sur lui-même. Au Congrès qui vient de s’achever, j’ai dit que je ne participerai plus à la direction, comme je l’ai fait pendant vingt-six ans. Mais communiste je reste, non pour me replier sur une forteresse assiégée, mais pour trouver avec d’autres, communistes ou non, les moyens de mettre à bas le vieux monde de l’exploitation et de la domination des individus. Si Alain Brisson veut rester avec ceux-là seuls qui sont exactement comme lui, tant pis : je ne peux empêcher personne de se suicider. Quant à David Guéret, qu’il sache que je n’ai pas d’autre certitude que celle-ci : s’il n’y a pas de la révolution dans le communisme politique, il s’étiolera, quelle que soit la qualité humaine de ses militants. J’ai l’impression d’être certain d’une autre chose encore : que l’esprit d’alternative s’étouffera, si ses composantes restent dispersés. Et ce que je dis là ne vaut pas que pour le PCF. J’en ai autant à dire au NPA, et plus largement à tous ceux qui pensent que la gauche de gauche peut se recomposer autour d’eux.

Avec toute ma fraternité pour ceux qui n’oublient jamais que le communisme n’est pas un dogme ; et avec toute ma tristesse pour ceux qui ne doutent jamais, qui ne savent pas que l’engagement militant est un acte libre et que la liberté est incompatible avec l’aveuglement.

Roger Martelli

Paru dans Regards n°58 janvier 2009

« Faut arrêter ! »

« Je lis page 2 du numéro 57 de Regards « qu’il y a du neuf » à Regards . Si ce neuf est d’être un des multiples journaux bobos, « parisiens » et anticommunistes, ça va être difficile car la place est très encombrée. Dans ce numéro affligeant : Pages 4 et 5 : grande photo du Parti de gauche. P.7 : deux photos de militants du Parti de gauche. Mais, j ?aime bien l’attitude courageuse et téméraire de ses responsables. P.8 et 9 : trois photos de « Communistes unitaires ». C ?est quoi les Communistes unitaires’ Ceux qui sont partis du PCF ? Et les « non unitaires », ça doit être des « staliniens » (argument assez innovant !). P.10 et 11 : trois photos de militants du NPA. P.12 : deux photos de militants du NPA. Si le NPA est votre fonds de commerce, faut le dire clairement’ Vous ne trouvez pas que ça commence à faire beaucoup ! Et le comble : un article sur les Prud’hommes avec : P.30 : une photo d’affiches de la CFDT et de FO. P.32 : une photo d’affiches de Sud et du ? Ministère. Je croyais que c’était la CGT qui était démocratiquement arrivée en tête à ces élections, et qui en plus progresse (probablement un résultat qui ne vous convient pas). Oh, probablement pas « en tête » dans le bureau de vote de Saint-Germain des Près, ni a priori dans celui de la villa des Pyrénées ! Mais les résultats des élections ne vous intéressent a priori que lorsqu’elles permettent de démontrer que le PCF recule, ce qui d’ailleurs est vrai, mais pas nécessairement satisfaisant. Et quand on parle du PCF, si c’est pour dire : combien de divisions’, cela manque vraiment de qualité intellectuelle. Faut arrêter car vous êtes sur un mauvais chemin. Imiter Sarkozy dans l’usage des images et le pouvoir des mots, ce n’est pas beau. » Alain Risson

« Construire sans juger »

« Abonné à Regards , c’est avec plaisir que je découvre les numéros mais parfois avec stupeur. (...) Dans celui de décembre Roger Martelli, dont j ?apprécie les travaux, particulièrement sur la véritable... histoire du PCF, écrit un article « « PCF« : la vérité des prix« ». Comme quoi, peut-être, tout se résumerait à ça« De là à dire que le PCF ne survit que grâce à ces compromissions stratégiques et électorales avec le PS, quel que soit le prix, il n’y aurait presqu’un pas. (...) Alors que le PCF tient son congrès, et Roger Martelli le sait, pas un mot dans l’article. (...) C ?est un peu dur vos guerres de chapelles. (...) J ?attends mieux et autre chose de Regards . Vous apportez des éléments irremplaçables pour contribuer à l’analyse de cette société qui m ?inquiète terriblement, une dictature s’installe, mais vous restez sur votre portion de vision sur la gauche de gauche, c’est triste. L’affaiblissement du PCF est réel mais en aucun cas, on ne peut s’en satisfaire. (...) Je suis inquiet, les chiffres du PCF sont ceux-là, Bartolone se paye le 93, Voynet Montreuil, jusqu’où ira le PCF et nous tous avec’ (...) Le PCF est faible mais il existe, ses adhérents sont (...) pour beaucoup convaincus que la culture communiste, celle du PCF particulièrement, a un sens aujourd’hui et un intérêt. (...) Je crois, pour ma part, que l’existence du PCF, son développement, si cette organisation doit évoluer, est une condition de l’alternative. La dynamique lancée pour les européennes est à ce titre vraiment intéressante. (...) Vraiment, on a besoin de construire pas simplement de juger... (...) J ?espère que Regards y contribuera. Chaleureusement », David Guerret

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