Accueil > Société | Par Nicolas Kssis | 1er mai 2009

Rêves d’or

EN CETTE PÉRIODE DE CRISE, LES GROS SALAIRES SONT DEVENUS L’OBJET DE TOUTES LES ATTENTIONS.

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D’abord parce qu’ils deviennent d’un coup scandaleux alors qu’auparavant ils ne fondaient qu’une vaniteuse source d’envie, légitimée par le miroir aux alouettes libéral. Ensuite parce que la démagogie, surtout de droite, préfère pointer du doigt des cas outranciers que de reconnaître les causes du malaise dans le fonctionnement intrinsèque du système. Nos sportifs professionnels et, bien sûr, les plus populaires d’entre eux, les footballeurs, jouent désormais le rôle peu habituel de mauvais élèves de la classe fortunée. Plus un seul plateau télé sans qu’un maire du Raincy (le 16e arrondissement du 93) ne vienne demander pourquoi on s’en prend à ses patrons d’administrés et que l’on oublie si facilement les stars de la L1.

Certes, l’astuce de diversion peut agacer, surtout quand les plans de licenciement se multiplient au même rythme que s’ouvrent les parachutes dorés. Il n’empêche. La crise qui commence à atteindre le sport pro en profondeur (faute de sponsors, des clubs anglais comme Aston Villa ou Sheffield Wednesday furent contraints de ne mettre « que » des associations caritatives sur leur maillot), pose de manière inédite la question de la rémunération des héros de la pelouse, bref de la justification de la flambée qui s’est opérée depuis une dizaine d’années (au même jeune âge et dans la même équipe, Bordeaux en l’occurrence, Yoann Gourcuff gagne 7 fois plus que Zinédine Zidane). Et passons sur nos tennismen planqués en Suisse pour échapper au fisc ou encore la niche fiscale du DIC (une généreuse exonération de charges sociales). Les montants touchés par nos rois du ballon donnent le tournis et semblent avoir quitté le monde réel (en mai 1968, un pro gagnait environ le salaire d’un cadre moyen). Lionel Messi a ainsi empoché 28,8 millions d’euros en 2008. En France, Karim Benzemma récolta l’an dernier, à 21 ans, 4,8 millions d’euros. Ces sommes surréalistes peuvent donner la nausée. Mais il faut aussi affronter cette réalité au-delà du seul cas du ballon rond. Le salaire moyen du footeux hexagonal en L1 monte à 51 300 brut, 11 500 pour le rugbyman du Top 14, contre 9 800 pour le basketteur de pro A et 4 300 pour le handballeur de D1. Une fois ces chiffres connus, comment fixer qui est dans le vrai, le juste, le moral, le légitime, le sportif (le handball est le seul sport collectif à compter une médaille d’or et un titre de champion du monde depuis 2000) ? Comment fonder une réglementation qui permette d’encadrer la flambée des salaires, attisée par l’argent qui s’y déverse de manière plus ou moins licite, tout en évitant que le sportif soit le seul à faire les frais de cette restructuration ? La banale proposition de Michel Platini d’instaurer un salary cap (une limite du pourcentage du chiffre d’affaires consacré à la rémunération des joueurs), se heurte aussi bien aux réticences naturelles des gros clubs qu’au refus des Européens libéraux de voir entraver la liberté d’entreprendre.

Autre sujet préoccupant, le sponsoring se retire, surtout des disciplines pas assez ou plus assez médiatiques. Le perchiste Romain Mesnil s’est mis en vente sur e-bay, en diffusant une vidéo où il courait nu dans les rues de Paris... C’est révélateur d’un phénomène massif, accentué en France par le retrait de l’Etat qui prétendait, dans la bouche de Bernard Laporte, passer le relais au privé (pôle Lagardère, etc.). Le sport est devenu une immense loterie ou chacun rêve des six chiffres, souvent conforté par un sentiment de blocage de l’ascenseur social et de culte de la réussite individuelle. Qui acceptera de renoncer à son rêve doré ? Un décret ou une loi ? N.K.

MOURAKAMI, SPORTIF MYSTIQUE

Ecrivain amoureux de ses chats, du jazz et de Raymond Carver, Haruki Murakami s’est découvert sur le tard un sportif mystique qui vit sa passion pour le marathon comme une métaphore de son travail littéraire. Il était donc inévitable qu’il finisse par nous livrer ses intimes sensations quand son cœur et son esprit s’articulent dans la foulée de ses pieds. En attendant qu’un médaillé de demi-fond nous explique au micro de Nelson Monfort pourquoi il aime Proust.

Haruki Murakami, Autoportrait de l’auteur en coureur de fond , Paris, éd. Belfond

DE LA PRISON POUR UN SIFFLET

On avait déjà eu droit à une proposition d’un député visant à rendre obligatoire aux sportifs des équipes de France de chanter la Marseillaise. Un projet que même Bernard Laporte avait trouvé « inutile ». Désormais Le Parisien nous apprend que la commission présidée par Dominique Rocheteau (que l’on a connu mieux inspiré) a suggéré que le fait de siffler la Marseillaise dans un stade soit passible d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende. Et pour les cris de singes et les insultes homophobes, c’est combien, au fait ?

Paru dans Regards , n°62, mai-juin 2009

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