Accueil > Culture | Par Marcel Martin | 1er mars 2006

Sarcelles, la liberté et la Loi

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Comme son nom le suggère, la Petite Jérusalem est un quartier à population juive de rapatriés d’Afrique du Nord, tout comme la réalisatrice Karin Albou. Situé à Sarcelles, il semble cependant avoir échappé aux récentes violences des banlieues, encore que des scènes du film fassent référence aux incendies de synagogues et aux agressions racistes qui ont émaillé la chronique. Les protagonistes sont deux sœurs, Mathilde (Elsa Zylberstein) et Laura (Fanny Valette), et Ariel, le mari de Mathilde (Bruno Todeschini). Tous trois sont plus ou moins engagés dans la pratique religieuse par rapport à la Loi qui règle la vie de tout juif orthodoxe, impératif auquel le garçon se soumet sans restriction, alors que les deux femmes sont en proie à des problèmes essentiellement liés à leur sexualité. Que cette réflexion soit mise en forme et en images ne la rend que plus prégnante. La sœur aînée vit inconfortablement sa condition de célibataire mais ne pourrait se sentir libre dans la transgression, même si la Loi ne s’y oppose pas, comme le lui explique une conseillère en relations conjugales. Pour la cadette, le sexe fait aussi problème, d’autant qu’elle est tombée amoureuse d’un Algérien, après avoir tenté de sublimer ses désirs charnels dans une éducation philosophique en espérant pouvoir s’« inventer une liberté », selon l’expression de la réalisatrice, dans la pratique des philosophes du XVIIIe siècle, pour qui la Loi s’imposait comme cadre de la liberté en libérant les individus de l’oppression. Située ici dans un contexte qui fait son exemplarité, la problématique de la liberté dans la Loi, religieuse ou civique, ne manque pas de résonances dans l’actualité des conflits où la liberté revendiquée est aux prises avec la loi assumée. « Ce n’est pas un film didactique ou idéologique », dit à juste titre Karin Albou : de fait il s’agit avant tout d’une réflexion morale sur la vie. Et incarnée dans des personnages habités par d’excellents comédiens devant une caméra au plus près des corps et des visages. Un bon film, honnête et sincère, qui tient en haleine et prête à réfléchir.

La Petite Jérusalem, de Karin Albou. En salles le 14 décembre

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Du même auteur

Vos réactions

Forum sur abonnement

Pour poster un commentaire, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas encore enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?