Accueil > actu | Par Catherine Tricot | 7 avril 2010

Séparations de corps et divorces

Plusieurs départs annoncés marquent l’actualité du PCF. Simple démission ? La plupart veulent continuer l’engagement communiste quand le PCF se cantonne à la seule préservation de l’appareil.

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Cela fait bien longtemps que le PCF a perdu son unité interne qui fut sa force passée... et son tendon d’Achille. A coup d’exclusions d’abord, de mises à l’écart et d’hémorragie ensuite, le PCF avait su pendant des décennies préserver une cohérence interne quand bien même la ligne pouvait fluctuer. Depuis les années 1990, il n’en est plus ainsi. Robert Hue eut l’intuition d’admettre les temps nouveaux et de faire droit à la diversité d’opinion au sein du parti. Une longue décennie de cohabitation plus ou moins sereine s’ouvrait. La crise de l’élection présidentielle de 2007 et surtout la préparation des régionales ont mis un terme à ce moment. Une vague de « défiance » et de « départ » du PCF se profile : elle prend des formes variables : démission des instances dirigeantes, départ pur et simple, rétention de cotisations, etc. Petite revue de détail. Il y eut d’abord les fédérations qui n’ont pas fait le choix du Front de gauche et ont choisi l’alliance avec le PS dès le premier tour. Beaucoup d’entre elles sont de sensibilité « huiste », quand bien même le nom de Robert Hue n’est plus aussi unificateur. En guerre avec la direction nationale, plusieurs secrétaires fédéraux et élus régionaux ne cachent plus leur lassitude : des départs sur la pointe des pieds se confirment.

Démissions

Beaucoup moins confidentiel, cette fois, la démission du CN du patron, Robert Hue. Depuis l’été 2009, il multiplie les initiatives pour rassembler la gauche et le centre, si possible dès le premier tour. Appel, présence aux universités d’été de Vincent Peillon et création d’une formation politique (le MUP, mouvement unitaire progressiste) : le mouvement était inéluctable. Robert Hue et quelques amis et élus : dont le sénateur du Nord Yvan Renar : vivent leur vie ailleurs.

Pour des raisons différentes, des communistes ont rejoint Europe-Ecologie. Bien que sporadique, le mouvement ne manque pas de signification et parfois d’impact local tant il engage des élus : Jacques Perreux, vice-président du CG 94 et élu de Vitry ; Stéphane Gatignon, maire de Sevran en Seine-Saint-Denis ; Christophe Cavard, conseiller général du Gard. Ce sont, à chaque fois, des militants plutôt jeunes et créatifs. La modernité politique d’Europe-Ecologie les attire.

Il y a aussi les inclassables comme Stéphane Coloneaux. Ancien porte-parole du parti, jeune homme métis de 35 ans, il part comme il a toujours été : seul. Dans une lettre adressée à Marie-George Buffet pour démissionner du Conseil national, il écrit : « A ce jour, je suis convaincu qu’il n’existe pas d’organisation humaine qui ne finit pas par cloisonner et enfermer les individualités, donc à empêcher toutes formes de métissages et par conséquent de dépassements de soi... Je vous demande donc de prendre en considération, à dater de ce jour, du fait que j’entends ne plus obéir à aucune sollicitation ou demande venant de l’appareil politique du PCF. » Inclassable également, et très respecté, Pierre Mansat, le maire-adjoint de Paris, membre du CN du parti, décide lui aussi de partir. Enfin, il y a le départ organisé de la mouvance des Communistes unitaires. Ce courant est l’héritier des refondateurs des années 1990. Il s’est élargi au fil du temps et se caractérise par son projet de création d’une nouvelle force politique à la gauche du PS, rassemblant toutes les sensibilités alternatives, dont la sensibilité communiste à laquelle ils se disent très attachés. Des figures emblématiques prennent cette décision collective comme le philosophe Lucien Sève, les députés François Asensi, Patrick Braouezec, Jacqueline Fraysse, l’historien Roger Martelli, l’ancien directeur de l Humanité Pierre Zarka, le membre de l’exécutif national Bernard Calabuig... Tous disent devoir partir pour continuer leur engagement communiste quand le PCF se cantonne à la seule préservation de l’appareil.

Éclatement du parti

Cette série de départs signifiera-t-elle le retour à l’efficacité d’antan ? Certains l’espèrent. Hervé Bramy, secrétaire départemental du PCF en Seine-Saint-Denis, se réjouissait de cette perspective : « Certains vont partir, tant mieux, au moins cela va clarifier » , assurait-il dans une réunion des secrétaires de la région parisienne. Cela fait longtemps que le communisme vit avec le rêve que le parti se renforce en s’épurant... Pourtant, de nouveaux problèmes pointent déjà à l’horizon. Les communistes réunis autour du site Communisme21 ne s’avouent pas vaincus et espèrent bien avoir le débat sur le projet communiste qu’ils attendent, malgré « l’éclatement du parti » que constate leur porte-parole Michel Maso. Marie-Pierre Vieu, la secrétaire départementale du PCF des Hautes-Pyrénées, quant à elle, souligne la question nouvelle : « Si les plus avancés dans la métamorphose du parti partent, le curseur risque d’être de plus en plus conservateur. Est-ce que le PCF reste le PCF après tous ces départs ? »

C.T.

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