Accueil > politique | Par Roger Martelli | 13 octobre 2008

Stratégies, dilemmes à gauche

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Affaiblissement structurel du PCF, déroute des Verts, naissance du NPA. Et un PS hégémonique malgré ses déchirements intérieurs, hanté par une question de poids : comment mener sa barque pour aller vers un recentrage avec le moins de casse possible à sa gauche ?

Un peu plus d’un an de Sarkozy... L’état de grâce a été de courte durée. L’homme pressé a du mal à satisfaire un électorat séduit par sa volonté, mais disparate par ses attentes. La gauche, archi-battue en 2007, en profite pour redresser la tête, surfe sur le mécontentement, gagne les élections locales. Mais elle progresse par défaut. Sur le fond, elle n’a pas trouvé l’équilibre stratégique nouveau qu’appelait le désastre du 21 avril 2002.

Atouts et handicaps du PS

A tout seigneur tout honneur... Le Parti socialiste, entre 2002 et 2008, a creusé l’écart avec le reste de la gauche : le vote socialiste législatif représente les deux tiers du vote de gauche et son vote cantonal est deux fois plus élevé que le total de toutes les autres forces. Cette hégémonie est à la fois un atout et un handicap. Atout, car c’est le PS qui est en état de définir l’accès des uns et des autres aux responsabilités électives. Aux sénatoriales du 21 septembre, le PS a conquis 21 sièges supplémentaires et concédé trois sièges au radicaux et... un aux communistes, là où il ne pouvait vraiment pas faire autrement (l’Allier).

Mais l’atout se transforme en handicap quand, de la question de l’hégémonie, on passe à celle de l’alliance. L’affaiblissement structurel du PCF pose des problèmes gigantesques aux socialistes. Leurs anciens alliés de la gauche plurielle ne sont plus ni le réservoir principal des seconds tours, ni des alliés décisifs dans une situation de gestion gouvernementale fragile. Que faire ? Tirer définitivement les leçons de l’union de la gauche et ouvrir vers le centre ? C’est ce que chercha à faire Mitterrand en 1988 (la « Lettre aux Français »), ce que proposent les rocardiens et ce que suggère ouvertement Ségolène Royal, qui entend conjuguer renouvellement culturel et ouverture politique. Mais cette translation n’est pas si évidente quand persiste un tropisme « gauche de gauche » ou « gauche bien à gauche », que révèlent le vote négatif de la gauche (y compris socialiste) sur le Traité constitutionnel européen et la sympathie suscitée par Besancenot. Est-il politiquement correct de rechercher une hypothétique ouverture au centre en décourageant un esprit de gauche, plutôt « antilibéral », maintenu dans l’opinion ?

Du dilemme procède la gamme des combinaisons, à la fois personnelles et collectives, comme le PS en a l’habitude. Ségolène se positionne ouvertement, est soutenue par quelques « caciques » et des fédérations poids lourds ; mais elle heurte par son style et ses distances culturelles avec le militantisme classique et avec l’appareil. Delanoë a pour lui son image générale, bien utile face à la machine médiatique « Ségolène » ; mais il est celui qui a écrit publiquement qu’il ne servait à rien de s’arcbouter sur l’opposition inconciliable du libéralisme et du socialisme. Il dit donc tout à la fois son ouverture culturelle sur la droite du PS et son refus de l’alliance avec Bayrou, pour se démarquer de Ségolène Royal. Mais il a parmi ses soutiens, le maire de Grenoble, Destot, qui n’a pas hésité à s’allier avec le Modem local. Martine Aubry joue de son ambiguïté, rappelle à la gauche qu’elle est la ministre des

35 heures, mais reçoit le soutien bien embarrassant du président du FMI. Quant à la gauche socialiste, sous la houlette de Benoît Hamon, elle a longuement hésité mais a fini par réaliser, pour la première fois, un large front rassemblant ses figures historiques autour du jeune député européen, naguère fabiusien. Cette première historique va-t-elle peser sur le rapport des forces général ? Difficile à dire. En attendant, le PS zigzague entre un discours dit « constructif » (Moscovici a plaidé, pendant le débat sur la réforme constitutionnelle de juillet, pour un « compromis historique institutionnel » avec la droite) et un soutien tonitruant à la lutte syndicale (le PS s’agrégeant par exemple au mouvement contre la privatisation de La Poste). Dans cette obscure clarté qui émane de la direction socialiste, que retenir ? Peut-être que le PS devrait, d’une façon ou d’une autre, aller vers un « recentrage » ; mais que reste à négocier les formes et donc les personnalités ou coalitions de personnalités pouvant le conduire, avec le moins de casse possible à gauche.

Valse-hésitation du PCF

Face à cela, le PCF hésite et les Verts choisissent. Les communistes ne se remettent pas de leur double catastrophe présidentielle de 2002 et 2007. Leur recul a été certes tempéré par l’exceptionnelle poussée de la gauche aux élections locales de 2008, mais l’espace communiste s’est au total affaibli : en 2008, le PCF compte, au mieux, 25% d’élus en moins qu’en 2001. La gauche plurielle l’a plongé dans le gouffre ; mais son incursion dans la coalition « antilibérale » a été trop mal gérée et trop courte pour produire de l’effet. Le congrès communiste de décembre doit en principe faire le point sur les choix stratégiques du PCF. Mais le débat stratégique est en fait pour une part occulté par l’obsession existentielle. Le PS écrase la gauche, le PCF est bien faible, mais y a-t-il vraiment d’autre méthode possible que celle de feu « l’union de la gauche » ? Dans les faits, le PCF ne semble pas avoir achevé la valse-hésitation qui, depuis quelque vingt ans, le pousse tantôt dans l’opposition au PS, tantôt dans l’alliance avec lui. Depuis l’été, la direction du PCF fait plutôt des pas vers les socialistes, en appelant à de grands débats publics de toute la gauche et en faisant porter l’attention sur le comité de liaison de la gauche. La stratégie sera-t-elle payante ? Les sénatoriales laissent mal augurer des fruits possibles de ce rapprochement : le PS veut bien de l’apport du PCF, mais ne semble pas persuadé qu’il a récupéré suffisamment du patrimoine local des communistes. La Seine-Saint-Denis ouvre l’appétit !

Le joker des Verts

Les Verts ont tenté la distance critique avec Mamère en 2002 (plus de 5%) mais se sont réalignés avec Voynet en 2002 (1,3%). L’aile gauche des Verts s’est affaiblie, sans que les partisans de l’alliance avec le PS aient convaincu. En 2008, voilà que ressort de joker de 1999. Cohn-Bendit (11,1% en 1999) repart en campagne, dans l’élection la plus favorable aux Verts. Le choix du « ticket » Hulot-Bové, le conforte sur les deux ailes ; mais l’inéligibilité de Bové et le soutien d’Eva Joly (ex-UDF) le tirent vers sa droite. L’eurodéputé, que l’on disait naguère le chantre de l’esprit « libéral-libertaire », ne risque donc pas d’incarner un gauchissement de l’écologie politique.

NPA, le vent en poupe

Reste... le reste de la gauche de gauche. Pour l’instant, le NPA a le vent en poupe : le discours attire par sa distance tranchante et claire à l’égard d’un PS potentiellement recentré et son processus de reconstruction partisane agrège des forces non organisées et plutôt jeunes, que le jeu politique institué tenait en marge jusqu’alors. Reste à savoir si l’organisation qui doit sortir du congrès de décembre sera réellement autre chose qu’une LCR élargie et si de la sympathie pour « le facteur » sortira une dynamique électorale stabilisée et conquérante.

A ce jour, la gauche de gauche reste dans ses basses eaux de 2007, bien loin des 15% à 20% de la décennie précédente. Je crains que les options stratégiques qui se dessinent dans ses forces organisées ne soient pas à même d’inverser le cours négatif des choses. Et pourtant l’envie existe de quelque chose qui soit en rupture franche avec vingt ans de gauche d’adaptation gestionnaire, tout en ne renonçant pas aux dynamiques majoritaires du modèle « Non au TCE ». Contre vents et marées, je continue de penser que c’est cette envie qu’il vaut la peine de travailler. Et bon vent, donc, à l’appel de Politis ! R.M.

Paru dans Regards n°55, Octobre 2008

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