Accueil > idées/culture | Par Marie Nossereau | 1er novembre 2007

Sur le fil, serial enquêteurs

« J’arrive pas à croire que tu protèges des mecs qui ont trucidé une vieille ! »

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Le bureau est piteux, le voyou, un lâche, et le flic, violent. Bienvenue dans Sur le fil , la nouvelle série policière de France 2, diffusée par épisodes de 52 minutes le vendredi soir en prime time depuis le 28 septembre. « Au bal des enculés, je ferais pas tapisserie » , ainsi cause le commandant Munoz, le héros quadragénaire de ce commissariat sordide où les visages éclairés au néon sont aussi blêmes et jaunis que les murs. Munoz ? Un rebelle, un flic qui n’hésite pas à cogner. Munoz est « sur le fil » et ça lui plaît. Dans son équipe, Antoine le gamin, Dupré le pervers et deux jeunes femmes dont les rôles sont plus flous. Face à eux, le commissaire Forge et le juge Tabar, deux jeunes aux dents longues, tout frais sortis de leurs grandes écoles à moule plat. De sorte que, avant d’être l’affrontement entre les voyous et les flics, la série joue plutôt le conflit interne entre les générations, entre le terrain et l’administration, entre pratique et théorie. Du côté du réalisme, Munoz pense qu’on peut faire parler un suspect en le menottant au chauffage. Du côté de la théorie, Forge estime que la seule conduite à tenir pour un flic, c’est le respect de la loi.

Sur le papier, le scénario séduit. Sur le papier, on adore les flics qui n’ont rien à perdre, qui sont prêts à tout pour résoudre une énigme et même à s’écarter du droit, voire à y laisser leur « plaque ». Pourtant, la série ne tient pas ses promesses.

Parce qu’une bonne histoire policière ne repose pas seulement sur la personnalité des enquêteurs, mais aussi sur la personnalité des criminels et la qualité des histoires. Et dans Sur le fil , il faut bien reconnaître que les histoires ne sont pas terribles. Au premier épisode, par exemple, un notable, maniaque sexuel à ses heures, finit par découper en morceaux sa jeune maîtresse. Munoz suspecte le jeune frère de celle-ci, déséquilibré mais innocent, dont il obtient pourtant les aveux (vous savez déjà comment). Finalement, le notable, trop sûr de lui, se fait prendre au piège. Classique. Le notable est antipathique, le jeune frère est amoureux de sa sœur. Rien de nouveau. Or si les téléspectateurs s’emballent pour les faits divers, c’est bien sûr quand les histoires sortent de l’ordinaire. La vie quotidienne d’un commissariat intéresse peu, il faut le reconnaître. Autrement, on s’engagerait tous dans la police et on arrêterait de se jeter sur « Faites entrer l’accusé » (France 2 également) qui décrit, justement, les très beaux jours des commissariats et gendarmeries de France.

C’est ce qui fait la qualité d’une série comme FBI, portés disparus (le samedi à 20 h 50 depuis le mois d’octobre, toujours sur France 2, décidément). Les scénaristes ne cherchent jamais à psychanalyser leurs enquêteurs. En deux ou trois traits, vous aurez dressé le portrait complet de Jack Malone, l’un des héros de cette série. En revanche, ils mettent le paquet sur les histoires. Le notable n’est pas antipathique. Ou alors s’il l’est, il n’est pas le coupable.

Par ailleurs, notons-le en passant, Jack Malone ne lèverait pour rien au monde la main sur un suspect. Dans FBI, portés disparus, les interrogatoires sont filmés et Jack Malone sait très bien que s’il commet une erreur grossière de procédure, comme tabasser un suspect (ou même se pointer chez lui sans mandat) par exemple, il fout en l’air toute son enquête. Et puis de toute manière, il n’y a pas de chauffages dans les salles d’interrogatoire pour menotter les gens.

Nous avons une grande tendresse pour Sur le fil parce que c’est une série française, que les personnages sont attachants. France 2 a bien du mérite d’encourager la production et de diffuser ce type de programmes ambitieux plutôt que de se contenter, comme certains de ses concurrents, d’acheter, très cher et sans risque, ce qui se fait de mieux à l’étranger (autrement dit aux Etats-Unis). Pourtant, il faut bien reconnaître que la fiction française peine à fasciner les téléspectateurs et que nous sommes très loin du niveau des grandes séries addictives que l’on connaît.

Marie Nossereau

Sur le fil , série policière, vendredi 20 h 50, France 2

FBI, portés disparus , samedi 20 h 50, France 2

 « Faites entrer l’accusé », mardi en deuxième partie de soirée, France 2

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