Accueil > Société | Par Jackie Viruega | 1er janvier 1999

Syndicalisme

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Christiane Puthod La CGT tient son 46e congrès en janvier. A l’ordre du jour, une réforme de structure donnant plus de poids aux syndicats et aux unions locales. Il s’agit, pour la centrale, de s’adapter aux transformations de l’entreprise - que décrit Danièle Linhart. La négociation d’entreprise, qu’évoque Sylvie Contrepois, révolutionne le mode de production du droit du travail. Nouvelles règles du jeu social ? Qu’illustrent les accords sur la réduction du temps de travail ? Le débat est vif. On l’a mesuré lors de la vidéoconférence organisée par la CGT en décembre, où l’unité syndicale a été aussi largement abordée.

Le 9 décembre dernier et en pleine préparation de son 46e congrès, la CGT organise une vidéoconférence, reliant 16 villes de France entre elles et avec un plateau central à Paris, où Louis Viannet et Bernard Thibault apportent leurs contributions. Deux heures d’échanges, animés par Michèle Cotta, entre militants réunis à Nantes, Poitiers, Montpellier, Nancy, Paris. Les villes qui n’étaient pas reliées par satellite ont utilisé leur fax ; Epinal, Montauban, Clermont-Ferrand ont participé au débat. Près de 2000 syndicalistes ont discuté, parfois vivement, sur les 35 heures, sur l’unité syndicale, sur le renouveau de la CGT.

Les 35 heures définies comme " l’enjeu social de la fin du siècle ", qu’en disent-ils, les militants ? " Le document préparatoire, pour cette Nantaise, ne précise pas assez clairement que la RTT doit se faire sans perte de salaire ni flexibilité. " Un Montpelliérain pense le contraire : " Pas de définition de la RTT " qui dépend de la réalité de chaque entreprise. Dans la sienne, l’accord stipulant les 35 heures payées 39, la conversion à temps plein de 30 contrats précaires et des créations d’emplois, a répondu aux voeux des salariés. Cette autre Nantaise, fonctionnaire territoriale, estime que la négociation ne doit avoir lieu au seul niveau des collectivités locales sinon " la RTT se fera service par service sans augmenter la masse salariale donc sans créer d’emplois ". Un intervenant de Dijon, inquiet que les éventuels gains d’emplois soient annulés par les plans de licenciements, demande que le document exige des lois nouvelles contre ces derniers. D’ailleurs " tous les salariés demandent-ils les 35 heures ? " Oui, et de plus en plus, répond un responsable de l’UD de l’Essonne qui cite des consultations successives des salariés d’une entreprise de télécommunications de Massy et d’Hewlett Packard à Evry : " les charges de travail sont trop fortes ; le besoin d’emplois nouveaux se fait sentir ". A Lille aussi, l’accent est mis sur les 45 heures hebdomadaires des cadres. La loi de principe sur les 35 heures fait l’objet d’un bras de fer avec le patronat, qui fait courir des risques aux salariés. La plupart des cégétistes estiment que les réponses syndicales doivent coller " au terrain ". Un agent EDF de Nancy fait remarquer qu’il s’agit en un siècle de la troisième loi sur le temps de travail. Une bonne loi ? Moins avantageuse que l’accord d’EDF sur les 32 heures récemment annulé ? Tout dépend du rapport de forces. Le délégué syndical de l’entreprise Legrand à Limoges explique que cette revendication des 35 heures existait depuis 1995, qu’elle a mobilisé le personnel l’an dernier pendant huit mois pour mettre au point un préaccord de principe : 192 embauches en CDI ; 35 heures payées 39, 12 jours supplémentaires de congés. Bernard Thibault rappelle que " c’est notre capacité de mobilisation pour faire respecter le droit qui compte, indépendamment du cadre législatif qu’on peut améliorer - comme on l’a fait, comme on le redira lors de la deuxième loi ! Mais au-delà de ce qui se joue là où la CGT est présente, que se passe-t-il dans l’immense désert syndical ? Des milliers de salariés sans syndicat attendent aussi du progrès social..."

Questions et interpellations autour de l’unité syndicale

Bonne transition pour aborder le thème de l’unité ! Un syndicaliste d’Ile-de-France indique qu’une enquête qualitative auprès des jeunes de Seine-Saint-Denis fait ressortir leur aspiration unanime à un syndicalisme unitaire, démocratique, leur refus de la polémique et des divisions vécues comme des luttes d’influence. Il cite : "Il y a trop de syndicats, plus les gens sont divisés moins on avance", et l’interprète comme un appel à passer " de l’unité d’action ponctuelle à une démarche constante et déterminée de syndicalisme rassemblé ". Frédéric Poncet, cheminot, considère aussi que la CGT doit apparaître comme le moteur de l’unité syndicale, mais que le rapprochement avec la CFDT provoque des réticences. La secrétaire de l’UD de Charente se demande s’il s’agit d’un rapprochement artificiel d’appareils. " Comment rester soi-même ? " demande-t-elle. C’est un feu roulant de questions : ce rassemblement relève-t-il de la tactique ? N’y a-t-il pas pour la CGT le risque de ne plus être un syndicat de classes ? Une Nancéenne explique qu’elle est " pour l’unité d’action à condition qu’elle renforce la combativité. Mais le syndicalisme de proposition de la CFDT a assez montré qu’il a accompagné les reculs sociaux. " Son voisin enfonce le clou : " L’unité ? Pour gagner des conquêtes sociales ou pour signer des accords comportant des pertes de salaires ? "

Interpellé, Bernard Thibault se dit " assez surpris de l’effet produit par des rencontres entre responsables confédéraux. La CFDT ? Il y a quelques années, bon nombre de ses responsables disaient qu’il y avait deux camps syndicaux : les protestaires et les raisonnables et que la discussion était impossible entre eux. Elle l’est aujourd’hui : elle peut améliorer le rapport de forces.

La CGT, l’Europe, le combat pour le service public

L’entrée de la CGT dans la Confédération européenne des syndicats (CES) entraîne des débats passionés : " Soit on saisit tous les champs d’intervention, donc la CES, soit on considère celle-ci comme la courroie de transmission des instances européennes. Mais sommes-nous capables de garder l’identité de la CGT en entrant dans la CES ? Avons-nous la force pour agir partout ? " Cet ingénieur EDF de Nantes trouve " fondamental que la CGT occupe sa place en Europe pour contribuer au maintien du service public. " Il rappelle qu’"EDF a acheté Electricité de Londres ; nous avons un statut pendant que notre entreprise exploite les travailleurs anglais. " Louis Viannet intervient : " Si on pense que pour conserver son identité la CGT doit se réfugier dans l’isolement, c’est un magistral aveu d’impuissance ! Nous portons les valeurs du syndicalisme de classe, donc de la nécessité du rapport de forces.

Le troisième thème, la transformation de la CGT, met en débat des revendications sur la place des jeunes, celle des femmes dans la centrale, celle aussi des intérimaires - à propos desquels la jeune déléguée de Manpower déplore " une incompréhension de la part de certains responsables cégétistes ". 7 millions de salariés changent de situation tous les ans, les structures de la CGT ne correspondent pas à ces mutations. La demande pressante que la centrale soit plus " réaliste " se joue ici aussi : " l’enquête sur les dispositifs d’emploi pour les jeunes en Ile-de- France montre que (la CGT) doit dépasser la fracture entre travail et chômage, aller vers ceux qui ne peuvent entrer dans l’entreprise ".

De nombreux militants font valoir le rôle primordial des unions locales, leur proximité avec les entreprises (Nancy), leur importance en milieu rural (Montpellier) et demandent une " répartition des cotisations " qui en tienne compte. Louis Viannet répond " qu’il y a à débattre de la question, mais que le problème est le nombre de cotisants. L’avenir du syndicat passe par la réflexion sur le renforcement, donc les coopérations.

**Christiane Puthod**

secrétaire de l’Union départementale CGT du Rhône.

Le sentiment de la dégradation sociale, la division des salariés, les luttes dures qui ne débouchent pas sur les résultats escomptés... tout cela pousse à opposer les revendications aux négociations... Or les 35 heures, l’emploi, les retraites, les salaires sont des enjeux forts qui doivent permettre de reconstruire des perspectives, de redonner sens au travail et à l’engagement social..."

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