Accueil > Résistances | Par Muriel Steinmetz | 1er janvier 2000

Touche pas à mon gynéco

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Les femmes, une fois de plus, sont en ligne de mire. La gynécologie de ville : autrement nommée gynécologie médicale : sous couvert d’"harmonisation européenne", est en voie de disparition. Les femmes devraient s’adresser à un médecin généraliste pour leur suivi gynécologique. Elles n’auraient bientôt plus le droit de consulter un gynécologue.

La gynécologie médicale a pourtant fait ses preuves. N’a-t-elle pas contribué à la reconnaissance du droit à la contraception, puis à sa diffusion ? En vingt ans, la France n’est-elle pas passée de 6000 cas de cancers du col de l’utérus à 1500 ? Nos voisins européens envient cette spécificité, au point de venir consulter chez nous. Hors de nos frontières, plus d’un tiers, voire la moitié des femmes subissent une hystérectomie (ablation de l’utérus). Elles n’ont plus d’utérus à cinquante ans. En France, le taux ne dépasse pas les 14%. Ces chiffres parlent d’eux-mêmes. La pétition intitulée "Touche pas à mon gynéco", rédigée par le Comité de défense de la gynécologie médicale, a déjà recueilli 465 000 signatures. Une mobilisation qui en dit long. Selon Dominique Malvy, présidente dudit comité et gynécologue médicale depuis 25 ans à Albi : "Les premiers à vouloir nous supprimer sont les chefs de service de gynécologie obstétrique, en majorité des hommes, qui disent bien leur mépris de celles qu’ils appellent les « mémères au frottis ». Ils ne comprennent rien au travail de terrain. Pour eux, celui qui ne sait pas manier le forceps et le bistouri n’est pas digne d’être gynécologue."

Une spécialité qualifiée par certains de "inutile et fort coûteuse", s’adressant aux femmes les plus favorisées, donc un luxe...

Jusqu’en 1986, l’université française formait des gynécologues médicaux ( prévention, contraception, soins divers), à part égale avec des gynécologues obstétriciens (accouchements, opérations chirurgicales). En 1986 donc, quand Michèle Barzach, spécialiste de gynécologie médicale, était ministre de la Santé, la filière disparaît sur décision ministérielle et sous la pression d’une poignée d’hommes, médecins universitaires et obstétriciens, dans le dessein avéré d’instaurer une politique de maîtrise purement comptable des dépenses de santé.

La gynécologie médicale : au même titre que la pédiatrie ou la dermatologie : est qualifiée de "spécialité inutile et fort coûteuse". On parle même d’une médecine de luxe ne s’adressant qu’aux femmes des classes sociales les plus favorisées. Faux ! Parmi les pétitionnaires, on compte bon nombre d’horticultrices, de caissières, de serveuses, d’employées, d’agricultrices, d’institutrices, de chômeuses... Maintes personnes qui n’ont que le RMI et titulaires de la Carte santé sont libres de consulter un gynécologue. Elles perdront tout bonnement ce droit fondamental.

Selon le système du "médecin référent", qui se met en place, les femmes signeront à l’avenir un contrat de fidélité avec un médecin généraliste, à charge pour lui, en cas de problème, d’apprécier s’il convient d’orienter les patientes vers un gynécologue obstétricien, de formation plus technique, plus interventionniste et souvent débordé. Sans autorisation écrite du généraliste, les consultations ne seront pas remboursées. Madame Gillot (secrétaire d’Etat à la santé) souligne que les femmes sont libres ou non de signer un contrat de fidélité. Libres aussi de ne pas être remboursées si elles ne signent pas ?

Revendications : un quota de gynécologues et la garantie de la liberté de choisir son médecin

Quand bien même, en majorité, les généralistes sont compétents, consciencieux, peut-on faire fi des six millions de femmes qui consultent un gynécologue ? Et peut-on tenir pour rien ce sondage de la SOFRES qui révèle combien elles lui sont attachées ? 80% d’entre elles avouent qu’elles iront moins souvent consulter si on ne leur donne plus la liberté de chosir leur médecin. 57% ne consulteront qu’en cas de problème. Et certaines de dire : "Mon médecin de famille, je l’aime bien, j’ai confiance en lui, je n’ai pas l’intention d’en changer, mais pour « ça », il n’en est pas question, je n’irai jamais."

C’est aussi question de pudeur. Les femmes, dans leur besoin d’écoute et de conseil, sont délibérément niées avec un mépris qui coûtera cher à la société tout entière. Des 2000 gynécologues médicales que compte notre pays, 87% sont des femmes. Dominique Malvy fulmine : "Nous n’avons même pas pu rencontrer la secrétaire du Droit aux femmes... 500 000 femmes ne valent pas 70 000 chasseurs !" Mise à part la réforme des études médicales, actuellement en cours, un vrai-faux Diplôme d’études spéciales complémentaires (DESC) avait été envisagé pour calmer le jeu. Sous la pression, le voilà supprimé. Il ne s’agissait que d’un montage hâtif destiné à noyer le poisson. Il ne prévoyait nullement, comme on l’avait laissé entendre, de formation obligatoire en gynécologie médicale. Fort de ce succès relatif, le Comité de défense de la Gynécologie médicale, entre autres organisations, exige aujourd’hui un quota de gynécologues médicaux ainsi que la garantie que les femmes pourront continuer de les consulter de leur propre chef. Il est à prévoir que ces revendications seront au coeur de la manifestation pour les droits des femmes à Paris le 15 janvier.

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