Accueil > Culture | Chronique par Thomas Bauder | 28 novembre 2012

Tout le monde il est gentil... Populaire de Régis Roinsard

Evénement cinématographique autoproclamé, opportunément sorti en cette fin d’année dans l’espoir de rafler quelques récompenses lors de la prochaine cérémonie des Césars, Populaire, en salles ce mercredi s’affirme comme le dernier avatar en date de la tendance rétro du cinéma français. D’abord séduisant, finalement affligeant. Critique.

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Alors que dans la plupart des films contemporains, le design visuel « à la mode » déploie à l’envie ses tonalités métalliques, avec noirs profonds – on dit « collés » - et teintes de rouille et d’acier, la première chose qu’on remarque devant Populaire, c’est qu’il s’agit d’un film en couleurs… Bleus électriques, rouges pétaradants, jaunes acidulés, verts craquants, toute la palette des couleurs synthétiques semble avoir été utilisée pour cette reconstitution du quotidien des français à la fin des années 50. Qu’importe que l’époque – pour ceux qui s’en souviennent – ait été plutôt terne, grise, d’une véritable tristesse visuelle, ce que propose le film c’est une accumulation de décors de magazine, tels que la presse consumériste de ce début des trente glorieuse, les proposait. Un peu comme si aujourd’hui le cinéma nous faisait croire que l’ensemble des foyers français actuels ressemblaient aux intérieurs de « la maison de Marie Claire »… Passons, mais pas complètement.


Dans le supplément féminin d’un hebdomadaire dominical, un encart publicitaire sobrement intitulé « édition spéciale » affirme qu’« à travers le parcours de son héroïne, Populaire aborde les premiers pas de l’émancipation des femmes dans la France des années 1958 ». Hum, hum… Populaire brûlot proto féministe donc ? On serait curieux de savoir ce qu’en pense Virginie Despentes… Ne serait ce que de l’affiche du film, sur laquelle Déborah François, l’actrice principale, se trouve derrière son homologue masculin, Romain Duris. Une grande marque de vernis à ongle ne s’y est pas trompée, elle, qui affirme fièrement dans les pages de cet encart co-brandé : « la gamme Colorama partage les valeurs du film et s’adresse à toutes les femmes »… Un slogan qui fleure bon les fifties, « happy days » de la condition féminine à n’en pas douter. Car peut être ne le saviez vous pas – mais Populaire est là pour nous rappeler certaines évidences d’ordre revendicationnelles de la part de ces femmes que le film prend un plaisir manifeste à nous montrer. Ainsi, « être secrétaire c’est moderne ». C’est cela…

Soit Rose Pamphile, s’ennuyant dans l’épicerie normande de papa et préférant devenir secrétaire à Lisieux. Passé l’entretien d’embauche, scène durant laquelle les prétendantes à la modernité sont alignées comme au bordel, elle sera championne du monde de dactylographie. Tant pis pour elle… Surtout que cette place de numéro une, Rose la doit, certes à la rapidité de sa frappe - comme à la résistance de ses articulations - mais surtout, oui surtout, à la volonté de son patron, Louis Echard, assureur de père en fils, Romain Duris dans les bras duquel l’héroïne finira, bien évidemment, par tomber. Rappelons, à toute fins utiles, qu’être moderne en 1958, dans cette France où comme le disait Truffaut, « tout le monde a deux métiers, le sien et critique de cinéma » cela passe, plutôt que par le secrétariat, et quoiqu’il n’y ait pas de sots métiers, notamment par la lecture des Cahiers du cinéma, la défense de la Nouvelle Vague, Les 400 coups de Truffaut, A bout de souffle, plus tard, de Godard, et le rejet du cinéma à la papa, l’inoxydable « qualité française » dont Régis Roinsard, le réalisateur, peut-être même sans s’en rendre compte – c’est là toute la force de l’idéologie – est le digne continuateur. Alors qu’en 1958 le pays compte autant de ciné-club que de clochers, Roinsard préfère installer des téléviseurs dans les salons… Je dis ça, j’dis rien…

Pas besoin forcément de remonter au cinéma des vieux briscards du type Pierre Granier-Deferre et consorts, car Populaire assume son affiliation à la veine des films rétros (voir Une tendance certaine dans Regards) qui depuis Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain, s’appuient sur le fantasme de l’esthétique multicolore des fifties pour mieux en réécrire l’histoire, dans une version nostalgique assez réac finalement. Ici ce n’est pas la veine « newlook » qui est en cause. Car il n’est que de voir la série MadMen, pour comprendre qu’on peut être vintage et mettre en scène les contradictions sociale et sexuelles du moment. Plus proche de nous géographiquement un groupe d’auteurs s’y étaient, il y a trente ans déjà, lancé. Rejouant les codes visuels, graphiques associés à l’année 1958, reprenant à leur compte le style « Atomium » de l’époque, la clarté des lignes de design étaient mises en œuvre avec un objectif radicalement ironique, subversif. Regroupés sous la bannière de la « ligne claire » ils se nommaient Joost Swarte, Ever Meulen, Yves Chaland, Serge Clerc. Ces jeunes turcs des années 80 ne faisaient malheureusement pas des films mais des bandes dessinées…Tant mieux pour le 9ème art, et tant pis pour le cinéma !

Populaire par Régis Roinsard. Avec Romain Duris, Déborah François, Bérénice Bejo. Sortie en salles le 28 novembre.

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

Forum sur abonnement

Pour poster un commentaire, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas encore enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?