Accueil > Société | Par Nicolas Kssis | 1er octobre 2008

TRICHER n’est pas gagner ?

On appelle ça un coup éditorial.

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En cette tranquille rentrée littéraire où chacun oscille entre Nothomb et Angot, un autre livre a retenu l’attention médiatique et surtout celle des lecteurs de l’Equipe  : Comment truquer un match de foot ? , de Declan Hill. Ce dernier a même eu droit aux honneurs du « grand journal » de Canal +. Que raconte-t-il, ce journaliste dont on nous dit qu’il est « spécialiste du crime organisé »  ? Simplement que, devant l’ampleur prise par les paris sur le foot (notamment en Asie), bandes criminelles et hommes d’affaires louches arriveraient à arranger les matchs pour leur plus grand bénéfice, tout cela sur fond de corruption des joueurs, des arbitres voire des dirigeants. Naturellement, le football, y compris en Europe, a connu par le passé des cas de tricherie avérée, parfois à grande échelle. Notamment en Angleterre, ou les bookmakers font leur beurre depuis longtemps sur le ballon rond. D’habitude, néanmoins, il s’agissait surtout de garantir les résultats de l’équipe et donc son fonds de commerce, son prestige, de conserver son potentiel athlétique avant une grosse échéance (c’était apparemment la motivation principale pour OM-VA). Aujourd’hui, a en croire l’auteur de ce livre scandale, le phénomène a changé de nature et d’amplitude, notamment depuis que les mafias sont entrées dans le jeu, d’abord par le biais de championnats peu structurés dans des pays émergeant comme en Asie, mais aussi en investissant massivement dans les clubs européens à forte rentabilité. D’autre part, plus près de nous, le championnat italien a connu en 2006 (l’année de la victoire de la Squadra Azzura en Coupe du monde contre la France, vécue sur place comme une rédemption) un immense déballage judiciaire autour des matchs truqués de la série A, ce qui avait valu à la prestigieuse Juventus d’être reléguée en deuxième division. Le foot n’est pas le seul sport concerné, loin s’en faut. En Inde, le cricket, véritable religion séculaire, avait aussi été secoué par des affaires similaires. L’an dernier, l’entraîneur de l’équipe pakistanaise avait été assassiné en Jamaïque durant la Coupe du monde dans des circonstances qui avaient laissé planer le doute d’un règlement de compte consécutif à l’élimination précoce de ses joueurs.

Comment s’en étonner, si ce n’est, par exemple, que les soupçons puissent planer jusqu’au niveau de la Coupe du monde de football dont les enjeux sont si énormes (y compris pour les carrières individuelles des joueurs) qu’on imaginait mal les acteurs se laisser corrompre ? Le sport est une réalité basée sur un mythe mobilisateur (en reprenant l’expression de Georges Sorel) : égalité de départ, inégalité des résultats. Bref, pour faire vite, pour que le sport devienne une valeur universelle, il s’impose de maintenir à tout prix l’illusion que tout le monde part avec le même bagage et que seuls l’entraînement ou le talent départagent au final. Car si le monde du ballon rond, par exemple, constitue aujourd’hui d’abord et avant tout un immense magma financier, pour le spectateur (dont la passion justifie ces sommes faramineuses englouties sur le terrain vert), il s’avère d’abord une projection de ses rêves de môme et de son aspiration égalitaire d’adulte. Donc la triche, comme le dopage (qui du point de vue de l’athlète n’est souvent en fait vécu que comme un moyen de valoriser son instrument de travail), s’ils relèvent de fait du fonctionnement inévitable du système du sport spectacle, contredisent un peu trop ouvertement les principes énoncés et promus par les instances dirigeantes du CIO ou de la FIFA. Un peu comme la légende d’une autorégulation par le marché, « la liberté du renard libre dans le poulailler libre » .

N.K.

Le Medef et le sport

Le syndicat patronal vient de décider de créer un « comité sport » (pour l’instant rien de concret) afin d’aider les entreprises à mieux investir dans le sport. Dans un contexte où Bernard Laporte ne cesse de répéter que désormais les fédérations aussi bien que les clubs doivent se tourner vers le privé, on comprend que, de leur côté, les patrons se sentent obligés de se concerter un minimum. Naturellement, tout cela se fera sur la base du volontariat avec retour sur investissement. Par exemple, Laurence Parisot, dans la perspective d’une candidature française pour l’Euro 2016, avertissait déjà les pouvoirs publics que les entreprises contribueront volontiers mais que « nous dénoncerions le fait d’être taxé pour financer des coûts de fonctionnement » . Cela promet pour le service public du sport.

Sport et intégration

Nous conseillons l’excellente livraison de la revue Sociétés contemporaines, qui n’a pas cédé aux sirènes du « tout olympiques » en cette année 2008 pour se pencher sur une autre thématique tout aussi déterminante : « L’intégration par le sport » Le point d’interrogation ouvre le débat sur un principe souvent considéré comme évident. Les articles s’interrogent de la sorte sur les paradoxes d’un sport qui, tout en favorisant incontestablement l’insertion dans la vie sociale du pays d’accueil, peut aussi servir à cristalliser les replis communautaires et les crispations face aux discriminations et aux processus d’exclusion.
L’intégration par le sport ? , Sociétés contemporaines, Presses de Science Po, N°69, 2008

Foot, violence et extrémisme

Au moment ou la Licra publie son rapport (en ligne sur son site) sur le racisme dans le sport (soulignant au passage les difficultés grandissantes des femmes à accéder simplement à la pratique), cet ouvrage collectif dresse un panorama informé et européen sur le cas du football avec, évidemment, la question lancinante du hooliganisme et de l’extrémisme de droite. Dans la seconde partie, certains des auteurs se penchent également sur les politiques publiques en la matière, permettant de mesurer les difficultés et les incohérence des réponses institutionnelles.

Collectif, Le football à l’épreuve de la violence et de l’extrémisme , éd. Antipodes, Lausanne

Paru dans Regards n°55 octobre 2008

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