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Accueil > Résistances | Tribune par | 30 avril 2011

Un appel pour la Palestine

Alors que le "printemps arabe" n’en finit pas de faire bouger les lignes au Proche-Orient, des intellectuels et universitaires français lancent un appel demandant la reconnaissance sans délai d’un Etat palestinien dans les frontières de 1967 avec Jérusalem-est pour capitale. Nous reproduisons ci-dessous la version complète de cet appel dont une version abrégée a été publiée par Le Monde daté du 29 avril 2011.

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L’Etat palestinien, c’est maintenant !

Le Proche-Orient est à la croisée des chemins. La poursuite de la colonisation israélienne de la Palestine a conduit les négociations de paix dans l’impasse. Le désespoir risque de provoquer l’éclatement d’une troisième Intifada. A l’heure où les peuples arabes reprennent en mains leur destin, seule une reconnaissance généralisée de l’Etat de Palestine dans les frontières d’avant la guerre de 1967, avec Jérusalem-Est pour capitale, peut ouvrir une perspective nouvelle.

Or, le 24 septembre 2010, le président Barack Obama a proposé à l’Assemblée générale des Nations unies de « revenir l’année prochaine avec un accord qui amènera un nouvel Etat membre aux Nations unies, un Etat palestinien indépendant et souverain, qui vive en paix avec Israël  ». Depuis, la plupart des Etats latino-américains ont reconnu cet Etat de Palestine. Le 21 avril, le président de la République Nicolas Sarkozy a fait part au président palestinien Mahmoud Abbas de son « soutien très clair aux efforts visant la création d’un Etat palestinien  ». Et le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé estime que la reconnaissance de l’Etat palestinien est « une hypothèse qu’il faut avoir en tête  », mais qu’ «  il faut le faire avec l’Union européenne ». Laquelle s’est engagée, le 13 décembre dernier, à en faire autant «  le moment venu ».

Ce moment est venu. Le président Mahmoud Abbas a entamé une tournée afin d’obtenir la reconnaissance de l’Etat de Palestine. En Israël même, des personnalités pour la plupart issues du Mossad, du Shin Bet, de l’armée et du monde des affaires ont rendu publique une « Initiative de paix israélienne » en faveur de la création d’un Etat palestinien à côté de celui d’Israël. Cette initiative a été suivie d’une pétition dans le même sens signée par une soixantaine de personnalités dont dix-sept lauréats du Prix d’Israël, une des plus hautes distinctions en matière d’art, de sciences, de lettres, des universitaires comme Zeev Sternhell et Yirmiyahu Yovel, la fondatrice du parti Meretz Shulamit Aloni. Les signataires rappellent la résolution 181 de l’Assemblée générale de l’ONU du 29 novembre 1947, qui stipulait «  la création d’un Etat juif et d’un Etat arabe indépendants », et reprennent plusieurs phrases de la Déclaration d’indépendance d’Israël du 14 mai 1948. Et ils ajoutent : «  Nous avons regardé autour de nous, constaté ce qui se passe dans les pays voisins et nous nous sommes dit qu’il est temps pour les Israéliens de faire entendre leur voix.  »

Nous saluons ces démarches et exhortons la communauté internationale à prendre enfin ses responsabilités : soixante-quatre ans après l’avortement du plan de partage de la Palestine qu’elle ne s’est pas donné les moyens d’appliquer, il lui revient d’assurer un règlement définitif, juste et durable fondé sur le droit international. La France et l’Union européenne doivent prendre l’initiative en reconnaissant sans attendre l’Etat palestinien dans les frontières d’avant la guerre de 1967 avec Jérusalem-Est pour capitale et en appelant l’ONU à en faire de même sans délai.

Mais nous ne pouvons nous en remettre aux seules autorités nationales et internationales. Notre responsabilité de citoyens est aussi de mobiliser l’opinion pour qu’elle pèse dans ce sens. C’est pourquoi nous invitons les personnalités et les intellectuels de toutes origines, tendances et sensibilités à se joindre à cet appel. Pour que la paix l’emporte sur la guerre. Pour empêcher de nouvelles tragédies. Pour assurer l’avenir des deux peuples vivant sur cette même terre.

Premiers signataires :

Jean Christophe Attias, directeur d’études à l’EPHE (Sorbonne)

Bertrand Badie, professeur à Sciences Po

Jean Baubérot, professeur émérite à l’EPHE (Sorbonne)

Esther Benbassa, directrice d’études à l’EPHE (Sorbonne)

Monique Chemillier-Gendreau, professeure émérite (Université Paris VII-Diderot)

Jean Daniel, éditorialiste, écrivain

François Gèze, éditeur

Gisèle Halimi, avocate, ancienne députée, ambassadrice de l’Unesco

Stéphane Hessel, ambassadeur de France

Daniel Lindenberg, professeur émérite (Université Paris VIII-Saint-Denis)

Roger Martelli, historien

Edgar Morin, sociologue

Pierre Nora, historien

Ernest Pignon-Ernest, artiste plasticien

Joël Roman, philosophe

François Salvaing, écrivain

Dominique Vidal, historien et journaliste

Signer l’appel

Les initiateurs de l’appel invitent tous ceux qui se reconnaissent dans ses termes à y ajouter leur signature. C’est en ligne et ça se passe ici

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  • Bien entendu, il faudra certainement y arriver, car la guerre et la haine ne mènent à rien, on le sait bien .

    Me vient alors à l’esprit ce passage d’une histoire d’amour et de ténèbres d’Amos Oz, je cite :

    " Et avec une voix de ténèbres, tandis que sa main s ’égarait dans mes cheveux ( il n’avait pas l’habitude de me caresser), papa déclara sous ma couverture, à l’aube du 30 novembre 1947 :

    " tu seras sans doute en butte à des garnements dans la rue ou à l’école ( précédemment l’auteur avait expliqué comment il avait été maltraité parce -que de confession juive au lycée polonais de Vilna - Vilnius actuelle, Lituanie - et comment on s’en était pris à son père qui venait dire son mécontentement, jeté à terre , déculloté devant des professeurs qui observaient la scène sans rien dire) . Peut-être parce- que tu me resssembleras un peu. Mais désormais, du moment que nous avons un Etat à nous, on ne te malmènera plus jamais parce-que tu es juif et parce-que les juifs sont comme ceci et comme cela. Plus jamais non. A partir de maintenant, c’est fini . Pour toujours. "

    Ici est à mon sens, ce qui faut avoir à l’esprit, lorsque l’on parle de création d’un état palestinien ( arabe ) indépendant.

    L’exode du peuple juif européen en Palestine est pour beaucoup le fruit d’une politique d’ostracisme à son encontre des gouvernements européens ( déjà dans les années 1930 dans le passage cité plus haut mais bien avant dans l’histoire de notre continent ) ) et qui a vu son paroxysme criminel avec l’avènement du nazisme .

    Doit-on rappeler que suite au vote de la résolution de L’UNSCOP en 1947, les armées de cinq états arabes envahissaient le pays pour anéantir le nouvel état hébreux , deux jours après sa proclamation. Et ceci avec l’assentiment des anglais qui avaient la palestine sous protectorat . Ces mêmes anglais qui avaient refoulé L’exodus qui voguait vers "la terre promise" pour le rediriger vers Hambourg en Allemagne, pays à l’origine de souffrances sans nom pour les hommes et femmes de confession juive .
    Des soldats anglais déserteurs combattirent avec les forces arabes. Le 22 février 1948 , une organisation dénommée " forces fascistes britanniques" fit sauter trois camions chargés de dynamite dans la rue ben Yehouda ( le terrorisme n’est pas une arme récente dévolue aux intégristes musulmans ), au coeur de la Jérusalem juive. 52 morts , 150 blessés .

    Bref l’état israëlien ne s’est pas installé dans la douceur ou comme voudrait le faire croire l’histoire revue et corrigée de façon hégémonique et sans résistance .

    Avant même la création de l’état, Azam Pasha, le secrétaire général de la Ligue arabe menaça les juifs , je cite : " S’ils osaient essayer de créer une entité sioniste sur un seul pouce de terre arabe, de les noyer dans le sang " et que le Moyen-Orient assisterait à des horreurs " qui feraient pâlir les atrocités des conquêtes mongoles.

    Dernièrement le Hamas annonçait son rapprochement du Fatha . il serait intéressant de savoir quel est à nos jours la position des fondamentalistes du Hamas quant à l’existence paisible de l’état d’Israël . N’est-il plus question de rejeter à la mer les "juifs" . Les palestiniens s’engagent-ils clairement à respecter les droits du peuple Israëlien et inversement ?

    Suite à la déclaration du responsable du Hamas après l’éxécution du * témoin gênant Ben Laden, on peut à juste titre se poser la question .

    La création d’un état palestinien (souhaitable ) ne peut-être fondée que sur des bases claires incluant l’abandon des actes de guerre ( pour ne pas dire terrorisme ) des deux côtés.

    La communauté internationale et l’Europe, tout particulièrement, devrait reconnaître sa responsabilité dans ce drame en Palestine qui n’a que trop duré.

    * témoin gênant Ben Laden, parce-qu’à mon sens, il était bien compromettant pour les USA de juger Ben Laden , puisque ce sont les services secrets américains et Pakistanais qui ont créé de toutes pièces le " Diable " pendant la guerre Union soviétique/ Afghanistan . Le dieu américain ne pouvait pas salir son image par des révélations explosives ( si j’ose dire ) mettant en lumière des années de conquêtes guerrières Yankee aux prétextes plus que douteux .

    Mais tout ceci, n’est pas le raisonnement d’un intellectuel, et peut-être contesté aisément par n’importe lequel des signataires de l’appel .

    Yo55 Le 3 mai 2011 à 08:55
  •  
  • Je ne tiens pas à ouvrir ici un débat sur l’histoire du conflit palestino-israélien ; je ne suis pas historien, simplement journaliste, et ne sais que trop à quel point la plongée dans ce débat permet bien souvent d’éluder la question la plus cruciale pour le peuple palestinien : celle des conditions de l’émergence d’un Etat souverain et viable, ce dont bénéficie, lui, depuis 1948, le peuple israélien.
    Pour autant, vous évoquez la guerre de 1947 en des termes qui appellent une réponse : tout d’abord, si les anglais ont dans cette histoire été pris, c’est vrai, dans des contradictions (qui se traduiront notamment par leur abstention au moment du vote du plan de partage de la Palestine le 29 novembre 1947), ils avaient toute de même assuré, en 1917, avec la déclaration Balfour, leur soutien à « l’établissement en Palestine d’un Foyer national pour le peuple juif », une déclaration qui a dopé le projet sioniste. Il semble donc un peu hasardeux de présenter la Grande-Bretagne comme une quasi-alliée des Arabes lors de la guerre de 1948...
    Par ailleurs, puisque vous parlez de cette guerre, il faut bien sûr rappeler que l’évènement le plus marquant de cette séquence a été l’expulsion de leur terre et de leurs foyers de plus de 750 000 palestiniens qui, du jour au lendemain, se sont retrouvés réfugiés. Cf. sur ce point précis le travail des "nouveaux historiens " israéliens qui, dans les années 90, ont mis fin au mythe largement entretenu en Israël du départ volontaire des autochtones...
    Concernant le nécessaire abandon des "actes de guerre", je vous rejoins complètement. Par contre, la symétrie entre les "deux côtés" ne tient pas. Tout d’abord, il y a bien d’un côté une armée d’occupation et de l’autre des forces de résistance. Cf. la résolution 242 qui mentionne clairement des "territoires occupés" (en 1967). Ensuite, je vous renvoie à tous les rapports émis ces dernières années par des organisations telles que Amnesty International ou Human Rights Watch, voire par des organisations israéliennes comme B’Tselem : le rapport de tués tourne généralement autour de 5 à 10 palestiniens pour 1 israélien.
    Enfin, à mon sens, le rapprochement annoncé du Hamas et du Fatah est plutôt une bonne nouvelle pour les Palestiniens : face à un adversaire aussi uni, armé et soutenu qu’Israël, les Palestiniens ne peuvent se payer le luxe d’une direction nationale divisée.

    Emmanuel Riondé Le 4 mai 2011 à 00:18
       
    • Oui en effet, troublante l’attitude anglaise.

      Avant la fin du mandat britannique, les anglais invitèrent la légion arabe, armée à moitié britannique du royaume de transjordannie, les troupes régulières Irakiennes, ainsi que des renforts de volontaires venus de plusieurs autres pays arabes à s’emparer de positions clés un peu partout dans le pays avant la fin du mandat britannique. La légion britannique avait pris la vieille ville de jérusalem, établi un blocus sur la route de Tel-Aviv.Elle avait posté son artrillerie sur les collines autour de Jérusalemn et lancé des bombardement massifs dans le but de causer de grandes pertes dans les populations civiles. les batteries de la légion arabe étaient commandées par des officiers artilleurs anglais. Et d’autres cas de partis pris anglais ont été reconnu par les historiens .

      Loin de moi la volonté de minorer la tragédie que vivent les palestiniens . je voulais simplement tenter d’indiquer qu’il n’y a pas d’un côté les bons et de l’autres, les méchants . il y a des deux cotés des fanatiques qui font que la situation s’enlise et qui profitent de la confrontation entre les deux peuples. Le Hamas et les juifs intégistes n’ont rien fait pour que la situation progresse dans le conflit israëliens / Palestiniens au détriment des peuples jusqu’à nos jours. A mon sens, les religions ( plus exactement les intégrismes religieux ) exacerbent la haine dans cette région .

      L’entretien à suivre D’Amos Oz, adhérent du mouvement de la paix, me paraît par ailleurs très instructif.

      http://www.lapaixmaintenant.org/contrib713

      Yo55 Le 4 mai 2011 à 07:39
  •  
  • Il faut lire " la légion arabe" et non" britannique avait pris la vieille ville de Jérusalem ". ( lapsus révélateur et pas vraiment faux ) .

    Ah oui , une précision, je suis bigouden, athée , laïque, de gauche, tendance Jean Ferrat . Sympathisant du mouvement pour la paix .

    Yo55 Le 4 mai 2011 à 07:49
  •  
  • Concernant la déclaration de Balfour, elle ne peut-être dissociée des visées impérialistes des anglais et du livre blanc de Churchill qui par la suite va réduire les droits des juifs suite à la pression arabe . D’où la résistance de l’haganah , armée par le bloc soviétique à l’époque .

    les anglais ont joué des alliances utiles pour leur politique selon les évènements. Ce qui peut expliquer leur abstention au moment du vote. Ben Gourion était considéré à l’époque par les sionistes de droite comme étant un rouge .

    A noter par ailleurs que le sort des palestiniens a été très peu pris en compte par les pays arabes qui ont déclenché les hostilités.

    Je parlais en fait d’une responsabité européenne élargie dans le malheur du peuple juif ( Russie Tsariste , pays Baltes , Ukraine , Pologne, URSS stalinienne , France - affaire Dreyfus , extrême droite, gouvernement de vichy , Allemagne bien sûr et d’autres ) plus que d’une responsabilité anglaise en particulier. Ce qui a conduit le peuple juif à vouloir fuir ce continent et conceptualiser l’idée de l’état refuge ( Herzl )

    le gouvernement israëlien est clairement responsable des expulsions de palestiniens. je n’ai jamais insinué le contraire. Leurs terres et habitations ont été spoliées par de nouveaux arrivants juifs qui pour un grand nombre d’entre eux étaient expulsés aussi de pays arabes.

    Il est attristant de constater qu’un peuple qui a vécu la Shoah inspirée à hitler par la déportation du peuple arménien par les jeunes turcs Pasa ( il l’a déclaré ) alliés des allemands lors de la première guerre mondiale, n’ait pas retenu les leçons de l’histoire. Le sentiment d’éternelles persécutions y est peut-être pour quelque -chose ?

    Mais si la paix est l’objectif prioritaire, peut-on penser qu’elle est possible sans compromis difficiles des deux côtés ?

    le retour des réfugiés me semble illusoire . Ne vaut-il pas mieux privilégier en urgence un état palestinien dans les frontières de 1967 avec démantellement des colonies israëliennes ? Des accords et engagements entre les deux pays peuvent -être envisagés par la suite .

    Les rescapés du génocide arméniens déportés jusqu’en mésopotamie ( avec l’aide de certains kurdes d’ailleurs ce qui est rarement dit ) n’ont jamais pu réintégrer la Turquie puisque le génocide n’a jamais été reconnu par ce pays .

    Tant qu’ Israël ne reconnaîtra pas officiellement le déplacement forcé de populations palestiniennes, il est douteux d’espérer la possibilité d’un retour de celles-ci et la demander est presque voué continuellement le processus de paix à un échec .

    La question du terrorisme . Je m’explique .

    Le gouvernement israëlien pratique dans les territoires occupés un terrorisme d’état, politique , guerrier , d’implantations immobilières etc . Une résistance armée contre une armée d’occupation qui ne respecte pas le droit international ne me pose pas problème à priori.

    Maintenant , qu’un individu se fasse sauter avec une ceinture d’explosifs à la terrasse d’un café ou dans un bus civil , je qualifie cela d’acte terroriste aveugle et le condamne fermement . Je sais bien que les résistants français pendant la seconde guerre mondiale étaient qualifiés de terroristes par l’occupant. Mais les cibles n’étaient pas les mêmes.

    le rapprochement du Hamas et du Fatah me laisse quant à moi circonspect. Le Hamas dans la bande de Gaza a jusque là une conception bien autoritaire du gouvernement de son propre peuple . A-t-il évolué vers une idée plus laïque de la gouvernance avec séparation du pouvoir et de la religion ? J’en doute un peu. on me rétorquera qu’Israël est bien un état confessionnel juif .

    Et s’il était là le grand problème de la région ?

    Yo55 Le 5 mai 2011 à 09:20
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