Accueil > Résistances | Par Sandrine Issartel | 12 juin 2007

Une action des agents ANPE très discrète

Ils n’étaient pas nombreux, à peine six ou sept, à être venus au rendez-vous fixé à 9 h ce vendredi 8 juin devant l’ANPE-culture-et-spectacle, rue de Malte, à Paris, pour protester contre un décret institutionnel entérinant la privatisation du service public de l’emploi.

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Interviews de militants de SUD-ANPE et CGT-ANPE :

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Quelques militants de la CNT-Anpe, soutenus par des camarades de la CGT-Anpe, ainsi que par un militant d’AC ! distribuent des tracts aux usagers qui continuent pourtant de rentrer dans l’organisme comme si de rien n’était. Il faut dire que le mouvement de grève des agents de l’ANPE pour protester contre la privatisaton galopante du service public de l’emploi n’est que très peu suivi. A mi-journée, la direction de l’ANPE annonce un pourcentage de grévistes s’élevant à 4 %. Rien à voir avec le mouvement du 29 mars dernier, suivi par 51% des agents.

La raison invoquée ? Des divergences entre syndicats quant à l’opportunité stratégique de lancer un mouvement de grève deux jours avant le premier tour des élections législatives. En mars dernier, l’intersyndicale comptait huit syndicats (SNU, CGT, FO, CFDT, CFTC, CGC, Sud et Unsa). Le 8 juin, seuls la CGT, la CNT, le SNU, SUD et l’UNSA étaient de la partie ; les autres jugeant le moment peu opportun. Par ailleurs, l’information n’a presque pas été relayée par les médias et les journalistes ont ici brillé par leur absence. Pas de quoi surprendre les grévistes visiblement qui avaient prévu une action dans les locaux de la chaîne de télévision i-télé. Dans le XVème arrondissement, "une centaine de camarades", selon Margaux Undriener de la CGT, ont forcé les portes des locaux, avant d’être reçus pour une interview.

Rendez-vous manqué devant le Conseil d’Etat

Le point d’orgue de la journée devait être le rassemblement prévu devant le Conseil d’Etat. Là encore la déception se fait sentir. A peine 80 personnes ont répondu à l’appel. Parmi elles, quelques militants du Mouvement National des Chômeurs et des Précaires (MNCP) venus apporter leur soutien aux agents de l’ANPE mobilisés. Pourtant, chez les militants syndicaux des sections ANPE, l’heure est grave.Le décret institutionnel contre lequel ils protestent, publié le 28 mars dernier, n’est autre que l’application d’un des volets de la loi Borloo de "cohésion sociale" de janvier 2005. Il prévoit entre autres, des dispositions règlementaires entérinant la possibilité pour l’ANPE de créer des filiales commerciales, l’introduction des collectivités territoriales dans le conseil d’administration de l’ANPE et dans les comités régionaux, enfin, il poursuit l’entreprise de régionalisation des servies publics.

La course à la rentabilité

Par ailleurs, la fusion de l’ANPE et de l’UNEDIC, priorité de Nicoals Sarkozy dans la réforme du marché du travail, dépasse en bien des points le problème du statut des agents ANPE. En ouvrant l’ANPE à la concurrence, c’est le sort même des demandeurs d’emplois qui est menacé. Une fois devenue un service marchand, le service public de l’emploi sera soumis, et le mouvement est déjà initié, à des objectifs de rentabilité. Les chômeurs seront donc triés sur des critères d’"employabilité", et l’on peut s’attendre à un durcissement des conditions d’indemnisation dans la droite ligne de la politique allemande de lutte contre le chômage.

Des exmples européens

En effet, outre-Rhin,"Hartz 4", quatrième volet de la réforme du travail initiée par le gouvernement de Gherard Schröder, est entré en application en janvier 2005. Inspiré par Paul Hartz, le directeur des ressources humaines de Volkswagen, le plan de lutte contre le chômage entend faire pression sur les chômeurs longue durée à coup de sanctions financières. Baisse d’indemnisations, pressions financières, obligation d’accepter un travail même en deça des compétences du demandeur d’emploi... Autant de réjouissances dont l’efficacité n’a cependant pas vraiment fait ses preuves. Au 30 mars 2006, soit un peu plus d’un an après son entrée en vigueur, certes le chômage est redescendu en dessous de la barre des 5 %, mais les résultats semblenet désormais stagner. Selon l’Agence pour l’emploi allemande, le taux de chômage serait tombé à 12,2% en février 2006, et 12% en mars.

En vue également, le modèle danois. Avec la "flexsécurité", le Danemark connaît un des plus faibles taux de chômage en Europe (3,4% selon les derniers chiffres). D’un côté les entreprises peuvent licencier facilement, mais de l’autre, un sevice public de l’emploi très efficace permet aux demandeurs d’emploi, mieux indemnisé qu’en France pendant son chômage, de retrouver un nouvel emploi rapidement. Notons cependant que la France n’est pas le Danemark. Plus d’habitants, moins de richesse et plus de précarité.. Avec tout ça, la mise au pas sur le modèle danois semble compromise.

Quoi qu’il en soit, rendez-vous est pris avec les partenaires sociaux français. Le 19 juin, syndicats e travailleurs et patronat doivent se rencontrer pour décider des suites à donner à leur délibération sociale sur le marché du travail qui s’était déroulée en mai. Mais rien ne le oblige à parvenir à un accord.

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