Accueil > politique | Par Aline Pénitot | 2 juin 2011

Une gauche unie pour 2012 ?

Alors que la gauche de gauche peine à sortir de sa torpeur,
des personnalités d’Attac et de Copernic, dont Pierre Khalfa,
ont lancé un appel. L’objectif : impulser des débats publics pour
élaborer un programme commun de la gauche pour 2012.
Martine Billard estime que le Front de gauche doit en être l’outil. Débat à lire ci-dessous et à retrouver en vidéo sur regards.fr

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L ’« appel pour une insurrection
civique et démocratique »
a été publié le 20 avril dans

Libération puis dans Politis [1].
Que raconte-t-il ?

Pierre Khalfa : Ce texte dit ce dont nous avons
besoin : de discussions sur le contenu des
programmes pour 2012. Dans la situation que
nous vivons aujourd’hui, caractérisée par une
montée du Front national sur une base de désespérance
sociale, il faut que s’affirme un programme
de transformation sociale radical. Ce
programme doit être discuté et décidé par le
peuple de gauche lors d’une votation citoyenne.
Notre dispositif a un trou sur la question du
candidat, cette question-là doit être posée dans
un second temps sur la base des rapports de
forces nouveaux qui se seraient créés pendant
le processus.

Martine Billard : On a un premier désaccord sur
l’analyse de la situation. Quand je lis ce texte,
j’ai l’impression d’une vision catastrophiste qui
considère que tout est gelé et que cela le restera
jusqu’au moment de la présidentielle et
des législatives. Il laisse à penser qu’il n’y a rien
de possible. Mais nous ne savons pas quelles
seront les forces qui auront des candidats, ni
à gauche, ni à droite. Tout est encore possible
pour la gauche de gauche.

Pierre Khalfa : Le PS montre une volonté d’accompagnement
du capitalisme financier et de
sa domination. Son programme laisse à penser
qu’il s’apprête à prolonger les politiques
d’austérité. Cette absence d’alternative nourrit
le Front national. Dans la gauche de gauche, si
rien ne se passe autrement que par un simple
jeu d’appareils et de discussions entre partis,
il est peu probable que l’éclatement soit
dépassé. Le Front de gauche ne dispose pas
encore d’une dynamique suffisante pour être
une alternative au PS. Face à la montée du FN,
le risque d’un vote utile en faveur du PS est
grand. Cela aurait pour conséquence de laminer
toutes les voix critiques envers la social-démocratie
et le social-libéralisme. On peut aussi
présager une très forte abstention et un second
tour Sarkozy - Le Pen. Et c’est sans parler de la
catastrophe que représenterait la réélection de
Nicolas Sarkozy.

Vous vous retrouvez sur un point : la
volonté populaire de virer Sarkozy et les
gouvernements UMP lors des élections.
Mais comment faire pour déclencher
une dynamique à la gauche du PS ?

Pierre Khalfa : Comment éviter les pinces de la tenaille ? En mobilisant l’électorat populaire
pour imposer un programme radical de transformation
sociale en prenant appui sur des débats.
La campagne contre le Traité établissant une
constitution pour l’Europe (TCE) a largement
montré que quand les gens s’emparent de la
politique, ils s’en emparent d’une bonne façon.
Ils n’acceptent pas le néolibéralisme, ni les politiques
d’austérité et, au contraire, ils recherchent
une véritable alternative, comme on a pu le voir
pendant le mouvement des retraites.

Martine Billard : Nous avons une divergence
d’analyse. Il est encore possible de construire
l’outil, le Front de gauche en est le début. On
se retrouve sur le fait que le PS ne souhaite pas
remettre en cause les politiques d’austérité, ni
le traité de Lisbonne. L’électorat populaire ne va
plus voter parce qu’il n’a plus confiance. L’enjeu
est donc de convaincre cet électorat d’aller voter
en lui proposant une offre alternative. Mais,
craindre, dès aujourd’hui, un second tour Sarkozy - Le Pen, cela veut dire que cela ne vaut pas
la peine de se battre. Rien n’est stabilisé ! On
ne sait pas ce qu’il va se passer avec le NPA
ou Europe Ecologie - Les Verts. Le champ politique
est encore très ouvert. Le trou n’est pas
que sur la question du candidat du premier tour :
dire que l’on peut établir une dynamique par une
votation citoyenne est très optimiste, même si
elle amène à voter pour un programme radical,
comment celui-ci pourrait être repris par le candidat
de la social-démocratie ? Cet appel a un
côté utopiste et naïf qui n’arme pas les militants
pour se battre par rapport aux enjeux dans lesquels
nous nous retrouvons.

Pierre Khalfa : Cet appel a été signé par des
gens que l’on ne peut pas accuser de rouler
pour le PS, ni d’être très naïfs. Pour ma part,
j’ai toujours pensé que la création du Front de
gauche était une bonne chose. Si nous étions
rationnels, il devrait être possible d’avoir une
candidature unifiée de la gauche de la gauche
au premier tour des élections. Nous n’en
sommes pas là. Notre appel est aussi une proposition
pour bouger ça.

Martine Billard : Il faut évidemment des débats
publics, il existe un texte « débats et stratégie »
du Front de gauche qui appelle à des débats de
confrontations politiques. Concernant les signataires
de l’appel, il y a déjà une ambiguïté : Stéphane
Hessel appelle à soutenir la candidature
de Nicolas Hulot. Comme candidat de l’autre
gauche, c’est un peu raté. Nicolas Hulot propose
même des alliances avec le centre.

Pierre Khalfa : Je pense qu’il faut juger Nicolas
Hulot sur sa trajectoire qui est plutôt positive.

Martine Billard : Aujourd’hui, on cherche à se
battre pour une dynamique de l’autre gauche
pour 2012. La personnification de l’élection
présidentielle est très désagréable, les gens
finissent par voter pour un personnage et pas
pour la force qui le porte. Aujourd’hui, on dit :
allons-y ensemble, nos divergences ne nous opposent
pas. Alain Krivine pose la question de la
participation gouvernementale, aucun membre
du Front de gauche ne souhaite participer au gouvernement. Jean-Luc Mélenchon a dit qu’il
ne serait pas ministre dans un gouvernement qui
ne mettrait pas en cause les politiques d’austérités
et le traité de Lisbonne. D’ailleurs, sans
ces deux conditions, je ne vois pas comment
changer les politiques sociales, économiques et
écologiques de ce pays. Battons-nous sur cette
perspective, les membres de cet appel ont déjà
décidé que ce n’était pas possible.

Pierre Khalfa : Non, ce n’est pas vrai. Je partage
l’idée que c’est possible de s’allier à
gauche du PS. La démarche que nous proposons
peut aussi aider à cela. Cela ne s’oppose
pas et même cela devrait pouvoir se compléter.
Si on arrive à créer cette dynamique populaire,
on aura fait un pas en avant considérable. Essayons
au moins de faire ça ensemble et la vie
tranchera sur le reste.

Martine Billard : Une dynamique ne se crée pas
que sur des débats. Les débats sont là aussi
pour créer un mouvement. Et sur ce point l’appel
pêche un peu. Je ne trouve pas cela sérieux. Les
débats doivent avoir pour objectif de construire
une force alternative dans ce pays pour passer
en tête de la gauche.

L’appel a été titré « 2012 : des primaires
pour toute la gauche » par
Libération.
Christine Poupin et Myriam Martin,
porte-paroles du NPA, trouvent que
c’est une fausse bonne idée, Clémentine
Autain et Roger Martelli notamment
ont publié une tribune dans
Le Monde  [2]
prolongeant cette idée. D’où vient cette
confusion ?

Pierre Khalfa : Le titre a été changé par Libé,
mais cela ne change rien sur le fond : la question
centrale reste les programmes et les contenus.
Le texte ne dit nulle part qu’on veut organiser
des primaires sur les candidats.

Martine Billard : Sauf que le premier texte paru
est celui de Libé. Au-delà de la question du titre,
il n’est pas fait mention du Front de gauche, ce
qui donne l’impression qu’on est dans un espace
politique où il n’existe pas de démarche
de rassemblement de l’autre gauche. De plus
il faudrait que le programme qui émanera de
cette démarche serve au candidat commun.
Nous n’y croyons pas.

Pierre Khalfa : Nous ne sommes pas naïfs au
point de penser qu’un programme de la gauche
en rupture avec le Traité de Lisbonne puisse
être porté par le Parti socialiste. Nous pensons
que ceux qui seront gênés aux entournures par
un tel programme seront ceux qui portent les
politiques sociales libérales. Si nous y arrivons,
cela donnera de l’air à toutes les forces qui
contestent la domination sociale libérale sur la
gauche française.

Notes

[1Politis a publié des extraits de cet appel le 28 avril ; la version longue est en ligne sur politis.fr

[2« Pour une candidature de la gauche de transformation
sociale et écologique en 2012 », Le Monde
du 5 mai 2011, à lire sur lemonde.fr

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