Accueil > actu | Par Jackie Viruega | 1er novembre 1999

Une voie pavée de bonnes intentions

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Le colloque de Lille La rébellion des élèves de l’enseignement professionnel contre leurs conditions d’études fait douter de la réalité du slogan de la filière, "la voie de la réussite".

Des profs !" réclament les élèves des lycées professionnels. "Il manque 10 000 enseignants" explique Bernard Pabot, secrétaire général du Syndicat national de l’enseignement technique (Snetaa, affilié à la FSU), déficit que chaque académie comble au coup par coup par le recrutement de vacataires et de précaires. 15 % du personnel de la filière n’est pas titulaire, dans des matières importantes pour la professionnalisation des études. "La déconcentration qui retarde les affectations aggrave encore la situation" continue-t-il. Autre carence, celle des équipements et des locaux, dont souffrent notamment les établissements les moins cotés, qu’on trouve dans le Midi (Toulouse et Montpellier) et dans la région parisienne.

Une orientation plutôt subie que choisie

Régis Regnault, responsable aux questions de formation initiale et continue pour la CGT au niveau confédéral, dénonce aussi "les conditions d’études de l’enseignement professionnel, quelquefois inacceptables avec de grandes disparités d’une académie à une autre". L’Etat, il est vrai, se défausse en partie sur les conseils régionaux. "Les régions font des efforts mais..." les budgets ne suivent pas forcément. Régis Regnault souhaite une mise à plat complète du financement de la formation professionnelle initiale et de l’apprentissage et une réforme dans l’utilisation de la taxe d’apprentissage versée par les entreprises.

Alain Girard, président de la commission des lycées, de l’enseignement supérieur et de la recherche du Conseil régional d’Ile-de-France et membre de la commission enseignement du PCF, explique que "les régions ont beaucoup fait depuis le début de la décentralisation en janvier 1987, en prenant en charge un « patrimoine lycée » en péril." Mais les questions du lycée professionnel, c’est aussi le fait que "la prolongation des études après certains BAC Pro ou BEP étant impossible dans certains lieux et certaines filières, cela casse les espoirs des élèves. Or, en Ile-de-France, 52 % des lycéens suivent les filières technologiques et professionnelles." Le Schéma régional des formations et le contrat de plan Etat région doivent, pour lui, inclure l’orientation scolaire et professionnelle.

Par ailleurs, "la région d’Ile-de-France prévoit les investissements sur 6 ans avec un budget de rattrapage pour la sécurité des bâtiments, la réalisation de lieux de vie des élèves et des enseignants, la modernisation de l’équipement, surtout informatique, notamment dans les lycées professionnels", souligne-t-il, en ajoutant que les régions doivent aussi rehausser le niveau de l’aide sociale aux lycéens pour les fournitures scolaires (56 millions de francs aujourd’hui) et des subventions à la restauration scolaire (20 millions), en exigeant de l’Etat un nouvel engagement. "Par exemple, en créant une bourse de rentrée pour l’équipement de chaque élève de l’enseignement technique et professionnel qui sont très coûteux ; en élevant le plafond des bourses".

Les entreprises doivent de leur côté participer au financement d’une part de l’équipement de la formation professionnelle initiale et indemniser les stages : "Personnellement, explique Alain Girard, je pense qu’il faut inclure cette rémunération dans le prélèvement obligatoire pris sur la masse salariale des entreprises pour la formation professionnelle. La récolte de la taxe d’apprentissage qui équipe les lycées est inégale et soumise au bon vouloir des entreprises. Pour un traitement équitable, l’Etat doit organiser la régulation.

Et l’Education nationale doit être partie prenante de la gestion de ces fonds de formation". Ce qui ne dédouanera pas l’Education nationale de créer des postes aux concours et de mieux rémunérer les profs ! Le slogan de l’enseignement professionnel, "la voie de la réussite", pour être dynamique, reste un voeu pieux. De fait, "l’orientation en enseignement professionnel est subie plus que choisie, ce qui dévalue son image" constate Alain Girard, qui apprécie que le colloque de Lille (voir encadré) ait posé en principe l’acquisition de connaissances générales par les élèves des établissements professionnels, qui ne doivent pas être privés de cet enseignement sous prétexte de prédominance des aspects professionnels. Le Snetaa déplore la réputation de "refuge de l’échec" de la filière professionnelle, qui imprègne l’opinion et contamine l’orientation scolaire, "méprisant un enseignement donné à des centaines de milliers de jeunes" alors que faute de place, les lycées professionnels refusent des centaines d’élèves chaque année.

Assurer la pertinence d’un diplôme

La suppression entre 1985 et 1992 de 300 000 places en CAP n’a été compensée qu’en partie par la création de 100 000 places de BACPro et BEP. Cette "insuffisance de l’offre interroge sur la capacité politique à faire de cet enseignement une voie de réussite, mais l’Etat ne s’est jamais prononcé clairement sur le principe d’offrir une première chance de qualification à tous les jeunes" juge le secrétaire du Snetaa, qui préconise un premier niveau CAP et BEP pour le plus grand nombre suivi d’un 2e niveau BAC Pro et BTS.

La CGT regrette aussi qu’on "recrute en lycée professionnel sur la base de l’échec scolaire" alors que le besoin de formation professionnelle grandit. Comment mettre en place un système qui forme et qualifie une génération au niveau requis ? Installer des dispositifs diversifiés et formateurs pour prendre en compte que cette filière est peuplée d’élèves en difficulté ?

Pour Régis Regnault, la réponse est dans l’existence d’un service public d’enseignement professionnel dans le cadre du service public national ; de filières de réussite ; de contenus de formation liée au monde économique et social ; de garanties de qualité et de quantité (par exemple, les effectifs par classe). La CGT et son Unsen (Union nationale des syndicats de l’Education nationale) insiste sur la pertinence du diplôme : elle serait assurée par sa correspondance avec des emplois existants, et par un socle général solide de formation avec des niveaux diversifiés, garantissant des perspectives de développement dans la vie professionnelle. Or une partie des CAP, les post-cinquième, sont dépassés. Le premier niveau de qualification devrait se concevoir au-delà d’un seuil minimal de troisième générale.

On peut envisager par exemple, parallèlement à la préparation du baccalauréat professionnel, une certification post-BEP, correspondant à une spécialisation d’au moins un an après une bonne qualification professionnelle générale. La CGT craint la mise en place de CAP de type "social" n’offrant pas de qualification professionnelle élevée, assortie d’une formation générale dont les élèves ont besoin, dans l’activité professionnelle et hors de la sphère du travail. Elle propose plutôt que le service public de formation initiale se donne les moyens, notamment par des parcours diversifiés, d’amener tous les jeunes à la qualification.

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