Accueil > Société | Par Jackie Viruega | 1er avril 1998

Urbanisme

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Le centre de Bobigny se refait une beauté Face aux maux urbains, la commission Sueur préconise une loi de programmation qui engage 350 milliards de francs sur dix ans. Et une gestion intercommunale au niveau de l’agglomération.

Un " cri d’alarme ", tel se veut le rapport Sueur (1). Il redit la nécessité d’une politique de la ville, à condition qu’elle soit lisible, ne soit pas uniquement curative ni dissociée de l’aménagement du territoire, ne se dissolve pas dans la somme des politiques sectorielles." La géographie prioritaire est inflationniste, complexe, incohérente, avec un choix contestable des territoires, et produit un isolement artificiel et une stigmatisation des sites traités, d’autant que la " discrimination positive " n’existe pas (2) ", insiste le rapport, qui propose d’en finir progressivement avec le " zonage " pour traiter avec ambition tous les quartiers en même temps.

La ville éclatée. Banlieues, quartiers juxtaposés, clivages sociaux entre zones d’habitation, espaces spécialisés - campus, zones commerciales, centre-villes musées... Face à l’éclatement de la ville, favorisons les déplacements et travaillons en réseaux, recommande le rapport Sueur, qui tient pour illusoire le retour au modèle concentrique d’autrefois. Tout le monde s’accorde sur le fait que les citadins ne raisonnent plus en termes de cité." Le bassin d’emplois de Paris va du Havre à Sens ", insiste Jean-Michel Daquin architecte, membre des commissions nationales du PCF sur le logement et la vie urbaine. Mais, remarque-t-il, la ville éclatée diffère de la ville multipolaire. Celle-ci a besoin d’un maillage (dont un exemple apprécié est le tram en Seine-Saint- Denis) qui la rende entièrement accessible à chacun. La ville éclatée en lieux distincts sans mixité fonctionnelle ni sociale, pose le problème plus grave de l’absence de débat démocratique et de travail urbanistique. On en voit les effets : franges urbaines à l’abandon, fausses oppositions entre entreprises et environnement, explosion des villes en îlots non reliés entre eux, étalement horizontal de l’habitat, absence d’analyse des implications de la présence de logements sociaux, spéculation immobilière qui a tué le parc social de fait, déséquilibres dans l’habitat, non-respect du droit au choix du logement.

La ville émergente. Le développement urbain paraît anarchique, incontrôlé, tributaire de "coups" spéculatifs ou politiques : le contraire de la ville maîtrisée, analysée, diagnostiquée. Pour s’engager dans la requalification de la ville, le débat doit s’ouvrir sur les dysfonctionnements urbains. Les logements sociaux, par exemple, sont occupés, à leur livraison, à 30% seulement. S’ils restent vides pendant longtemps, c’est à cause de leur cherté et de leur localisation peu appréciée. En temps de crise du logement, cela donne à réfléchir ! Estimation convergente de Francis Godard, directeur de recherches au CNRS et directeur du département conditions de vie et développement de l’Orstom, membre de la commission Sueur - il tient à rendre hommage à la façon dont le maire d’Orléans " a impulsé le travail de la commission " : la ville " émergente " - dont les lignes de force s’inscrivent dans l’habitat individuel, l’étalement spontané en lotissements péri-urbains, les périphéries, les grandes surfaces commerciales, les autoroutes - est-ce là la ville de demain, où nous devrons vivre, et qu’il faudrait " accompagner ", selon certains ? Remarquant que cette forme urbaine à l’américaine conduit aux ghettos, sans aucune vie de proximité, " jusqu’à l’autisme social ", ghettos de pauvres et ghettos de riches, à l’instar de certains quartiers de Mexico, de Caracas, de Rio, gardés par des vigiles, il plaide pour " une capacité collective d’intervention volontaire contraire à cette tendance ". L’agglomération. Face à l’insuffisance de l’intercommunalité, la principale proposition du rapport Sueur consiste à faire de l’agglomération le " niveau pertinent de gestion ", en la dotant de tous les pouvoirs nécessaires : fiscal (taxe professionnelle à plus de 100 000 habitants), électif (assemblée élue au suffrage universel direct), social (transfert de compétences du département pour le RMI et l’action sociale), politique (contrats décennaux avec l’Etat avec les moyens jusqu’ici réservés aux contrats de ville)... Francis Godard estime que l’élargissement du niveau de gestion permettrait de mieux développer la coopération entre communes, amortirait les à-coups économiques, comme les délocalisations d’entreprise et autoriserait une meilleure représentation des zones urbaines." Les syndicats intercommunaux actuels sont le plus souvent à vocation unique, technique et monofonctionnelle. L’agglomération peut apporter un plus en fiscalité, en gestion, en solidarité, en présence internationale ; à condition de maintenir un bon équilibre avec les communes, qui doivent y trouver des avantages, et des quartiers qui permettent la proximité."

Et l’Etat ? L’agglomération, remarque-t-il, ne doit pas pour autant renforcer les tendances à la partition du territoire. Les grandes aires métropolitaines se coupent déjà de leur interland régional, des petites villes et villages voisins. Les grandes villes s’étendent, s’autonomisent, se relient aux autres grandes villes, phagocytant le marché de l’emploi, les salariés comme les entreprises y trouvant plus d’avantages. Les transports plus rapides, surtout le TGV, favorisent cette tendance. Les mouvements de fonds, surtout économiques, favorisent les grandes agglomérations. Mais le politique est décalé. Il est absent des nombreuses formules de coopération intercommunale. Le pas vers la structure politique n’a été franchi nulle part en Europe. L’approche existe en France, en Italie, aux Pays-Bas. Bologne a regroupé les élus de manière incitative, favorisé les convergences politiques et s’interroge sur l’élection directe de l’instance de décision de l’agglomération. L’échelle de gouvernement urbain interoge partout dans le monde. En Afrique du Sud, la nouvelle constitution crée un échelon de gestion des grandes métropoles. Il reste, pour Francis Godard, à pousser plus loin la réflexion sur la mise en place de ces structures sans décrochage du niveau local. Et sans oublier que la question de l’Etat est liée à celle de la ville : " Dire que tout passe par la ville serait une dilution du politique, un dérapage vers le moins d’Etat et plus de local et le moins de politique et plus de gestion. La recomposition des territoires au niveau mondial radicalise l’alternative entre la forme anglo-saxonne (moins d’Etat et plus de compétition entre villes) et la conception républicaine de l’Etat régulateur." Jean-Michel Daquin préfère rappeler que la commune reste un atout démocratique : " les gens s’y reconnaissent, c’est une donnée persistante qui a du sens pour eux. S’il est inévitable d’organiser des cohérences à l’échelle de l’agglomération, celle-ci ne deviendra pas un échelon décisionnaire avant longtemps. D’ailleurs, pour échapper aux divergences entre communes de couleur politique différente, suffira-t-il d’un pouvoir au-dessus d’elles ? Pourquoi ne pas utiliser davantage le département ? " Débat à poursuivre.n J. V.

1. " Demain la ville ", rapport remis le 13 février à Martine Aubry, ministre en charge de la Ville, mission dirigée par Jean-Pierre Sueur, maire socialiste d’Orléans.

2. Ce serait une référence à une norme qui n’existe pas (les services publics ont des coûts différents selon les usagers), les situations sont très contrastées et dans certains cas les services publics sont plus insuffisants que sur le reste du territoire.

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