Accueil > actu | Par Marion Rousset | 1er novembre 2005

Val-de-Marne, un musée est né

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Un musée d’Art contemporain conçu en résonance avec la démocratisation culturelle : c’est l’ambition du conseil général du val-de-marne. à la veille de son ouverture, visite en compagnie de la conservatrice. DÉbat sur le partage culturel.

Pourquoi un musée aussi loin de tout ? » Alexia Fabre, la conservatrice du musée d’Art contemporain de Vitry-sur-Seine, s’étrangle encore au souvenir de cette question naïve, posée comme une évidence, témoin involontaire d’un mépris très parisien pour la banlieue. Des clichés, il a fallu en essuyer beaucoup pour faire aboutir ce projet que le département du Val-de-Marne mûrissait depuis quinze ans. L’image que traîne la périphérie, repère de rappeurs ignorants du grand art, a de solides racines... Aujourd’hui, alors que le lieu est sur le point de prendre vie, le climat est un brin survolté. A quelques jours de l’ouverture du musée, l’agitation est à la mesure du pari : réussir à intéresser un large public à l’art contemporain, réputé hermétique, s’apparente à une vraie gageure.

Le travail en amont

Pour mettre toutes les chances de son côté, l’équipe a effectué un travail en amont. Des visites organisées sur le chantier, dans des salles en préfabriqué, ont ainsi permis à un certain nombre d’habitants de se familiariser avec le lieu. Pendant ce temps, des œuvres de la collection se sont promenées dans les écoles, les hôpitaux, les entreprises et les associations du coin. « Nous avons organisé une exposition avec les cheminots dans les ateliers de réparation du TGV à Villeneuve-Saint-Georges. C’est une de nos réussites », se souvient Alexia Fabre. Mais pas question de jouer les prolongations. L’ouverture du musée va sonner le glas de ce type d’expériences. Seuls les prisonniers et les malades hospitalisés qui ne peuvent pas sortir pourront continuer à en bénéficier. Les autres devront se déplacer. Pour Murielle Ryngaert, chargée des publics et de l’action culturelle, les expositions hors les murs ne sont qu’un « pis-aller » : « Les conditions de conservation sont mauvaises, si bien qu’on ne peut pas prêter les œuvres longtemps et il n’y a pas de personnel pour accueillir le public et lui donner des clés de compréhension. On ne balance pas des œuvres aux gens sans accompagnement. » Elle croit dur comme fer aux vertus du musée : « Il faut du temps et un lieu qui ne bouge pas pour revenir, apprécier, circuler... Le plaisir est fait d’habitudes. » Encore faut-il se sentir autorisé à y entrer.

Un projet politique

Chacun, à son échelle, réfléchit à faciliter l’accès au musée. Le choix des œuvres, loin d’être anodin, est une autre réponse au prétendu ésotérisme de l’art contemporain. « Nous prenons en compte l’approche sensible, humaine, de l’art, plus que l’approche conceptuelle centrée sur des questions formelles », commente la conservatrice. Ainsi, aux sculptures géométriques d’un Sol LeWitt, qui place l’idée au cœur du projet artistique, ou aux installations arides d’un Joseph Kosuth, qui propose une illustration plastique de théories philosophiques, elle préfère un Christian Boltanski tout en ombre, en lumière et en émotion retenue. D’autres fois, elle privilégie la portée ludique et interactive d’un Soto ou la dimension caustique et dérangeante d’un Claude Lévêque. « L’art est fait pour remuer, questionner », affirme Alexia Fabre. « Les expériences autarciques ne m’intéressent pas. Jacques Monory comme Claude Lévêque, auxquels est consacrée la première exposition temporaire, sont pétris de culture populaire : cinéma et polars pour l’un, variété et rock pour l’autre. On ne peut être touché que par ce qui est proche de soi », poursuit-elle.

Le projet politique de démocratisation culturelle transpire par tous les pores du musée. Tout semble avoir été étudié, de l’architecture du bâtiment, conçu comme un lieu de vie ouvert sur l’extérieur, au choix des œuvres présentées au public, en passant par les ateliers, les rencontres avec les artistes, et le prix modique de l’entrée qui a fait l’objet d’un débat : il a été fixé à 4 e contre l’avis de ceux qui, au conseil général, prônaient la gratuité. Pour parfaire le tableau, des jeunes du département sans qualification ont été recrutés pour surveiller, informer, secourir, mais aussi expliquer les œuvres aux visiteurs. Leur formation a duré six mois. Six mois pendant lesquels ils ont passé leur brevet de secouriste, intégré les règles de sécurité, étudié les conditions de conservation des œuvres, rencontré les artistes et effectué un stage pratique au musée d’Orsay, au Centre Pompidou ou au musée Picasso. Cette expérience leur a servi de contre-modèle : « On n’est pas juste des gardiens de salle. On est des agents d’accueil dernier cri ! », s’amuse l’un d’eux. Reste à savoir si l’ensemble du dispositif suffira à rendre le musée d’Art contemporain de Vitry accessible et vivant.

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