Accueil > Société | Par Jackie Viruega | 1er décembre 1997

Vivre ensemble

Témoignage de Michel Lemestralan

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Voir aussi Lire aussi Certains élèves deviennent agressifs de ne pouvoir supporter l’échec. C’est un des principaux motifs des difficultés dans les collèges. Exemple à Vitry-sur-Seine.

Le collège Rabelais à Vitry sur Seine accueille 600 élèves et 700 autres en CFA. Classé à la fois en zone d’éducation prioritaire et en zone sensible, il bénéficie de moyens importants destinés à renforcer l’encadrement adulte. Les violences qui s’y déroulent relèvent principalement de l’incivilité, entre les élèves et quelquefois vis à vis des adultes. Ce manque de respect de l’autre et de l’environnement est quelquefois le point de départ de faits plus graves. L’intrusion de l’extérieur est facteur de troubles. Des histoires de racket ou d’agression dans le bus arrivent à pénétrer dans l’établissement, malgré les mesures de sécurité, et se soldent quelquefois par des règlements de compte. A l’intérieur, des larcins et des querelles se produisent dans la file d’attente à la cantine ou devant le distributeur de friandises. Ce ne sont pas des agressions majeures, à l’exception notable de l’incendie criminel du bureau de la conseillère d’éducation, une vengeance contre une exclusion prononcée par le conseil de discipline. Insulte-t-on les profs ? Jamais clairement. L’élève marmonne et assure qu’on " a mal compris ce qu’il a dit ".

La vie au dehors connaît peu de lois

Ces agressions, canalisées dans des limites étroites, ont souvent pour motif l’échec scolaire, mal supporté. Les " cancres " s’en prennent à l’institution et aux enseignants, qu’ils rendent responsables. Ils refusent l’autorité scolaire, mais pas plus que les autres autorités. La vie au-dehors connaît peu de lois. Difficile d’exiger de mômes qui circulent dans la rue jusqu’à la nuit de se mettre en rang pour entrer en classe et de ne pas parler tous en même temps. Leur soumission aux règles de la vie sociale se fait très péniblement. Mais l’enceinte du collège est une zone protégée, séparée de l’extérieur, dotée de règles à respecter comme les horaires.

Les parents, quand ils sont convoqués, réagissent de toutes les manières possibles. Ils ne viennent pas, ou envoient quelqu’un qui n’est pas le responsable légal, ou le père fait un esclandre, accusant de racisme le principal, ou encore il avoue son incapacité à maîtriser son fils... Les familles remettent quelquefois en cause l’école ; ou elles la surinvestissent et leur désappointement est à la mesure de leur trop grand espoir." En six ans d’expérience, je ne peux généraliser, dégager une dominante, une attitude constante. C’est une adaptation au cas par cas."

Le " cancre " un portrait en mouvement

Les parcours des élèves présentent la même disparité. Des enfants en grande difficulté peuvent être gagnés malgré tout, d’autres suivront la route tant bien que mal, d’autres non..." Nous n’avons pas de statistique, de résultats d’ensemble, d’autant que joue pour chaque enfant une histoire personnelle, un rapport très individuel aux enseignants. Définir un profil est impossible, mais est-ce souhaitable ? "

Le travail des enseignants dépend du fonctionnement de l’équipe pédagogique. Si elle met en oeuvre une dynamique, impulsée par le chef d’établissement, elle peut obtenir des résultats très positifs " malgré la fatigue ". Le travail en commun est une nécessité vitale. Les difficultés poussent les enseignants à s’investir, à exploiter les contenus d’enseignement, mille fois plus qu’ailleurs. La " boussole " de l’équipe ? Le rôle social du collège est de dispenser un enseignement, le même qu’ailleurs, en adaptant la pédagogie. S’écarter de ce principe représenterait des risques faramineux.

* Ancien principal du collège Rabelais à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne).

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