Carte du Parti communiste français, « Parti des fusillés », pour l'année 1944.
Accueil | Par Roger Martelli | 11 août 2022

Le communisme était un parti et il n’était pas que cela...

ARCHIVES. Comment réinventer des partis ou des mouvements politiques ? Comprendre ce qui fit la puissance du PCF et ce qui provoqua son déclin est riche d’enseignements sur les conditions de leur renaissance, sous une forme ou une autre.

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Pendant plusieurs décennies, le PCF regroupa entre un cinquième et un quart des suffrages exprimés et alla jusqu’à dépasser les 500.000 adhérents à la fin des années 1970. Aux dernières élections législatives, il a dû se contenter d’un bien modeste 2,7% et il n’annonce aujourd’hui qu’un peu plus de 50.000 cotisants…

Malgré les apparences, la force du PCF n’a pas tenu d’abord à ce qu’il était un parti cohérent, centralisé et hiérarchisé. À l’instar des social-démocraties de l’Europe du Nord et du Nord-Ouest, il s’est trouvé au centre d’une remarquable galaxie d’organisations de tous types. Les communistes contrôlaient les organisations du premier syndicat français, la CGT, et se trouvaient à la tête d’une kyrielle d’associations, créées à sa main ou existant avant lui. À quoi il convient d’ajouter un réseau de municipalités, dont le nombre monta jusqu’à près de 1500, et qui constitua la trame de ce « communisme municipal » colorant de façon si originale les territoires de la « banlieue rouge ».

Plus qu’un parti

Au fond, le communisme était un parti et il n’était pas que cela. C’est cette caractéristique qui a fondé son utilité. Grâce à elle, il a pu « représenter » le groupe ouvrier et faire reconnaître la dignité ouvrière dans l’espace public, notamment au travers de son réseau de cadres et d’élus issus directement du monde du travail industriel et agricole.

Par cette imprégnation et en usant du mythe soviétique – le mythe, pas la réalité… –, il est parvenu à donner corps à la vieille espérance populaire dans les lendemains qui chantent, celle de la « sainte Égalité » des sans-culottes et de la « Sociale » du mouvement ouvrier. Il a été ainsi le pivot d’une gauche plus radicalement keynésienne qui offrait aux couches populaires, en attendant la grande révolution sociale, une perspective leur assurant la dignité et la protection des statuts, en même temps que la redistribution d’une part des richesses.

Tant que le PCF appuyé sur sa « galaxie » sut être tout cela, son influence resta forte. Mais, il ne comprit pas assez vite que les sociétés développées allaient vers d’autres équilibres que ceux de la seconde révolution industrielle. Il demeura ainsi figé sur une représentation ancienne du peuple et du monde ouvrier et, de façon plus générale, il ne perçut pas ce bouleversement qui, en une trentaine d’années, de 1945 à 1975, transforma la société française au moins autant que dans le siècle et demi précédent.

Perte d’utilité

Ajoutons-y que la réalité du soviétisme et son incapacité à se transformer pénalisèrent la capacité du PC à incarner les voies d’un autre avenir possible. Enfin, il finit par être victime de cela-même qui fit sa force. Tant que le Parti socialiste refusa obstinément les propositions d’entente faites par les communistes, le PCF apparut aux yeux de millions de Français comme le meilleur rassembleur d’une gauche que les institutions de la Ve République cantonnaient dans la minorité. Mais quand le PS de François Mitterrand décida en 1972 d’accepter cette union, c’est lui qui en tira le bénéfice. Il parut plus crédible, plus interclassiste, plus ouvert sur les aspirations nouvelles à l’autonomie des individus et sur les questions dites « sociétales ». Il était très à gauche – n’avait-il pas signé un programme très ambitieux de transformations sociales ? – et semblait moins figé dans le passé.

Le PCF perdit peu à peu de son prestige. Les ouvriers le reconnurent tant qu’ils voyaient en lui un outil pour faire prévaloir leurs droits. Quand cette utilité ne fut plus si évidente, ils se détournèrent de lui. C’est ainsi que, faute de renouvellement suffisamment précoce et audacieux, les responsables communistes s’enfermèrent dans la posture d’héritiers timorés d’un patrimoine exceptionnel.

La force du communisme français fut d’être un parti et pas seulement un parti. Quand il ne fut plus qu’une organisation partisane parmi d’autres, quand il cessa de s’identifier aux visages nouveaux du peuple, il perdit de son originalité et de son utilité. Il s’étiola donc.

 

Roger Martelli

Cet article est extrait de notre numéro d’été 2017, à retrouver en cliquant ici.

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  • La force du PCF tenait essentiellement à l’existence de l’URSS. Sa faiblesse était que la France n’avait pas de frontière commune avec elle. Son agonie fut scellée par sa disparition. Le PCF y perdait, outre sa matrice, une de ses sources de financement. Il avait prêté allégeance, en décembre 1920 lors du congrès de Tours, au parti suzerain, le PCUS, qui n’existe plus non plus. Le sens de son acte fondateur était de lui obéir et de faire passer sa propagande auprès d’une fraction du mouvement ouvrier, celle qui était la plus poreuse aux fabulations. Était-ce là la bonne voie pour garantir aux ouvriers le respect qu’ils méritent ? Pas sûr. On ne défend pas une cause que l’on croit juste avec de mauvais procédés. Quand vient le moment où le masque tombe, le rideau aussi.

    Glycère BENOIT Le 17 août à 22:20
       
    • Ah ! C’est pour ça que mon père communiste me disait chaque matin que le soleil se lève à l’est !
      Au moins on sait maintenant qu’on ne peut pas le classer à l’extrême gauche ! 😂
      Autrement globalement d’accord avec l’analyse de Mr Martelli en remarquant quand même que de grands pc comme en Italie ont disparu ! En France certes très affaibli mais toujours debout

      Jean Pierre dropsit le 18 août à 10:00

      Dropsit Jean Pierre Le 18 août à 10:04
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  • @Dropsit Jean Pierre. Si on peut. Tout communiste est un révolutionnaire, donc un extrémiste. Qu’aurait répondu votre père si on lui avait dit qu’il est réformiste ? Lui avez-vous posé la question ? Nul doute que sa réponse aurait plus d’intérêt que de repérer le point du jour.

    Glycère BENOIT Le 18 août à 20:48
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  • A Mr Benoit
    Mon père ancien mineur a été ouvrier métallurgiste après
    Il lisait l’humanité le monde libération et des fois le figaro
    Et les cahiers du communisme !
    Révolutionnaire ! Oui
    Réformiste pour améliorer le quotidien ! Oui !
    Républicain et démocrate ! Oui !
    Profondément communiste !

    Dropsit Jean Pierre Le 18 août à 21:43
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  • @Dropsit Jean Pierre. Votre père était donc un homme caméléon, se référant à des principes contradictoires : la démocratie est incompatible avec le socialisme – au sens marxiste-léniniste. Je présume qu’il n’était pas social-démocrate. S’il était profondément communiste, il a dû creuser certains points importants concernant le type de régime pour l’avènement duquel il militait, la nature de l’Etat, république ou république socialiste – ce n’est pas du tout la même chose – et bien sûr les libertés publiques, la séparation des pouvoirs, le rôle des partis – il y en a un seul, selon les principes fondamentaux du communisme, alors qu’il y en a plusieurs, tous avec le même statut, selon les principes non moins fondamentaux de la démocratie.

    L’important est que la France ait gardé son régime parlementaire, qu’elle n’ait pas adopté le régime socialiste. Il est très improbable qu’elle le fasse jamais. L’article de Roger Martelli le dit clairement, et pourquoi.

    Glycère BENOIT Le 18 août à 22:16
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  • Si tu es d’accord avec l’analyse de Roger martelli ! Soit tu deviens un peu communiste ou Roger s’éloigne un peu de son parti ! C’est peut-être pour cela qu’il en parle à l’imparfait !
    C’est sur ! Avant c’était toujours mieux

    Dropsit Jean Pierre Le 21 août à 14:45
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