Accueil | Par Emmanuel Riondé | 31 janvier 2013

Shelbox : la reprise ou les flammes

Loin des projecteurs des médias nationaux, les salariés de Shelbox, dans le Gard, sont en lutte depuis octobre dernier pour que leur entreprise de mobil-home ne soit pas liquidée.

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Une entreprise qui enregistre des taux de croissance à deux chiffres dans l’Europe de 2013, ça attire l’œil. C’est le cas de Shelbox, fabriquant de mobil-home installé à Salles du Gardon, dans le Gard à quelques kilomètres d’Alès. Sauf que le 19 octobre dernier, l’entreprise a été mise en liquidation judiciaire par le Tribunal de commerce de Nîmes.

Créé en 2007, avec la reprise des actifs de la société Watipi, par l’italien Stephano Rosselli del Turco, 66 ans, Shelbox a, sur son exercice 2011-2012, « multiplié par 2,5 le chiffre d’affaires de 8 millions d’euros de l’exercice 2010-2011 », indiquait en octobre dernier Gérald Noiret, le patron du site. Et augmenté sa production de façon significative. Pourquoi alors, le 10 septembre, l’activité s’est-elle arrêtée, tous les salariés se sont retrouvés au chômage technique, avant la mise en liquidation du 19 octobre ? Réponse de la direction et du Tribunal : la faute au très fort endettement de l’entreprise. « C’est le résultat d’une très mauvaise gestion, déplore Sébastien Ozor, 32 ans, délégué syndical CGT et secrétaire du Comité d’entreprise de Shelbox qui emploie une soixantaine de salariés. Nous on sait que c’est une boite rentable, le secteur est en pleine croissance. Mais ils ont fait n’importe quoi et surtout ne nous ont pas écouté. En avril dernier, on avait rencontré le patron pour lui faire part notamment de problèmes d’organisation du travail dans les ateliers. Il nous avait répondu en substance qu’il allait se débrouiller tout seul... » Recours démesuré à l’intérim, offre de gamme trop élevée par rapport à la production et à la demande, organisation irrationnelle du travail... Les reproches que les salariés font à la direction sont sérieux et nombreux. Le 19 octobre, le tribunal a accordé une période d’observation de 6 mois qui prendra fin le 19 avril prochain.

L’objectif aujourd’hui pour les travailleurs présent sur le site est de "tenir" jusqu’à la fin de cette période pour laisser le temps aux quatre repreneurs intéressés d’étudier et pourquoi pas de finaliser le dossier. Deux groupes anglais (Carnaby et Willerby) et deux français (le groupe Martin Calais et Xavier Ninon, un ancien de la maison) sont sur les rangs. Sébastien Ozor se félicite que ces repreneurs potentiels soient des opérateurs chevronnés du marché : « On ne veut pas reprendre nous-mêmes notre boite ; on veut un gars qui reprenne et qui écoute les salariés ».
Des salariés qui ne sont pas restés les bras croisés. Entre septembre et fin décembre, ils sont parvenus à vendre 15 mobil-home, faisant rentrer 180 000 Euros dans les caisses « pour faire de la trésorerie et assurer les salaires ». En solidarité avec la lutte, la CGT en a acheté un et l’a mis en loterie en vendant 4000 tickets à 5 € l’unité.
Vendredi dernier 25 janvier, les Shelbox ont mené une nouvelle action sur la Nationale jouxtant le site qui leur a valu l’honneur des médias locaux :

Ils doivent être reçus ce jeudi 31 janvier à Montpellier par le commissaire régional au redressement productif Pascal Théveniaud. Le 8 février, ils seront reçus par les représentants de la Région. Quatre jours avant que le tribunal de commerce annonce sa décision concernant la poursuite, ou pas, de la période d’observation. S’il décide d’y mettre fin prématurément, il faudra dire adieu aux repreneurs. Un scénario qu’on se refuse à envisager du côté des salariés et de la CGT. « Il y a les savoir-faire, l’outil de travail est là, le marché est porteur, les mobil-home se vendent... Et, en plus, la situation dans laquelle se trouve aujourd’hui l’entreprise est clairement le résultat de choix patronaux sur lesquels les salariés ont très tôt émis des doutes » résume Simon Gévaudan, secrétaire de l’Ud CGT du Gard et secrétaire confédéral.

Malgré les invitations répétées des salariés, l’administrateur judiciaire - qui, dans les procédures de liquidation tient lieu de patron, et ce d’autant plus que l’italien a disparu de la circulation - ne s’est pas encore rendu sur place. Une indifférence (peur ?) qui passe mal à l’usine. Dans le local syndical, les yeux rougis par la fatigue et la blonde au coin des lèvres, Sébastien Ozor est dans le dur : « On a décidé que tant qu’il ne viendra pas sur le site, on prendra de temps en temps un mobil-home pour le cramer et lui envoyer la photo. »

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

Forum sur abonnement

Pour poster un commentaire, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas encore enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?