Accueil > N°10 - Mai 2011 | Chronique par Arnaud Viviant | 13 mai 2011

Ballotage, tonton et publicité

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Ballottage

Avant Sarkozy le film (La conquête,
en salles le 18 mai), voici Sarkozy
le livre (belle façon au passage
de phagocyter le trentième anniversaire
du 10 mai 1981). Après
Chirac et Mitterrand, un portrait
par F.O.G. plutôt raté de Nicolas
Sarkozy en « N le maudit », en
« enfant-roi » trépignant, Iznogoud
pas si bad puisque F.O.G., faussement
vache, vite mou du genou,
lui concède sur de longs chapitres
une formidable audace, énergie,
ténacité politique. Peu d’informations
(la meilleure : Sarkozy surnomme
DSK « Calzone », du nom
de la pizza…). Le plus intéressant,
donc, dans ce roman de gare de
triage, reste la conception du journalisme
selon le directeur du Point.
Ici, il faut le citer : « Notre métier
consiste pour l’essentiel à expliquer
aux autres des choses qu’on
ne comprend pas soi-même. Il ne faut simplement pas hésiter à se contredire du tout
au tout (…) Me revient en tête la question, exactement
la même, que me posaient des hommes aussi
différents que Jean Daniel, Claude Perdriel ou Robert
Hersant quand je leur proposais de promouvoir
un journaliste : “Change-t-il souvent d’avis ?” Pour
ma part, c’est un critère que je remplis bien. Si j’ai
une ligne, c’est celle du bouchon au fil de l’eau. Je
ne me laisse jamais enclouer par des certitudes définitives.
Je reste toujours un journaliste aux aguets,
ballotté par les flots.
 » Voici donc l’éthique professionnelle
d’un journaliste au début de ce siècle : être
une vigie à la baille, postée au niveau de la ligne de
flottaison, barbotant dans l’incertitude, et immédiatement
prêt à retourner son gilet de sauvetage pour
conserver sa voiture de fonction et l’amour du métier.
On devrait donner ces lignes à commenter au
concours d’entrée des écoles de journalisme.

Tonton, pourquoi tu tousses ?

Sur le modèle du Génération d’Hervé Hamon et
Patrick Rotman, le journaliste Emmanuel Lemieux a
entrepris de décrire la « Génération Tonton », celle
qui avait 20 ans en 1981 et qui, par la force des
choses, en a désormais 50. Comme ses prédécesseurs,
Lemieux a interviewé un certain nombre de
représentants de cette classe d’âge (trop, peut-être)
pour tisser le récit balzacien des années 1980 et
1990. Certains sont connus tels Michel Onfray,
Eric Naulleau, Arnaud Montebourg, Vincent Peillon ;
d’autres sont légendaires (comme Myriam, le mannequin
de la pub « Demain, j’enlève le bas » ou encore Batskin, le skinhead d’extrême droite qui terrorisait
le quartier des Halles) ; d’autres témoignent de leur
simple expérience, telle Marianne Cabaret-Rossi,
prof et cofondatrice de RESF. Tous racontent les
événements historiques qu’ils ont vécus : la gauche
au pouvoir, la mort de Malik Oussekine, la chute du
mur de Berlin, la guerre en Yougoslavie… Avec tous
ces lambeaux de vies individuelles et collectives,
ces étoffes de rêves accomplis ou non, Emmanuel
Lemieux coud le roman d’une génération mal considérée
que Le Nouvel Obs avait surnommée avec
beaucoup de dédain « la bof génération » ou encore
la génération Calimero, du nom de ce personnage
de dessin animé qui disait toujours : « C’est vraiment
trop inzuste
 ». Une génération de losers, comme le
déclare Onfray dans le livre : «  Notre génération n’est
pratiquement pas au pouvoir, que confisquent les
anciens combattants de Mai 68, et elle n’est plus en
âge d’y accéder, parce qu’une autre génération attend
sa place et son tour : elle ressemble au prince
Charles, coincé entre la Reine mère et ses propres
rejetons turbulents.
 » Toutefois le portrait que trace
Lemieux est sans doute plus précis que cette déclaration
à l’emporte-pièce. Qui sait ? La « génération
Tonton
 » est peut-être aussi la première à n’avoir pas
désiré le pouvoir au même titre que les autres, la première
à s’être consacrée de gré ou de force (notamment
du fait de l’allongement de la vie) à des choses
plus vitales, plus importantes et précieuses que ce
sacro-saint « pouvoir » que les soixante-huitards ont
pris et conservé de force, jusqu’au
cynisme et à la sénilité ambiante.

TV et TVA…

Benoît Van de Steene a longtemps
été le zappeur, « l’oeil » d’« Arrêt sur
images » où il repérait l’anicroche
déontologique, le mensonge idéologique,
la contrefaçon spectaculaire.
La télévision, c’est son dada.
Voici qu’il s’imagine en train de
dialoguer peinard avec Nicolas
Sarkozy sur la société de l’image.
La démonstration qu’il fait au Président
est implacable : au coût
de la vie il faut indexer un «  coût
de la vue
 », celui de la pub que
nous payons tous, puisqu’elle est
comprise dans le prix du produit. Il
fait le calcul : sachant que le marché
publicitaire représente plus de
30 milliards d’euros par an, pour
65 millions de consommateurs,
cela fait 500 euros par an par habitant.
Contre ce vol, Van de Steene a
des solutions réalistes que Sarkozy
écoute patiemment, et dont tous
les candidats de 2012 pourraient
après tout prendre de la graine.

En mai, Arnaud Viviant a lu

M. Le Président, scènes de la vie politique 2005-2011
de Franz-Olivier Giesbert, éd. Flammarion, 282 p., 19,90 €.

Génération Tonton , d’Emmanuel
Lemieux, éd. Don Quichotte

476 p., 19,90 €.

Médias et publicité, échanges
avec notre président sur la société
de l’image
, de Benoît Van de Steene,
éd. Ellipses, 167 p., 10 €.

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