Accueil > N° 26 - Février 2006 | Par Arnaud Viviant | 1er février 2006

Bambi 2

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Après quelques années de terrorisme concentré, nous vivons plutôt aujourd’hui des années de terrorisme diffus. Celui-ci est partout et nulle part. Comme un tigre en cage, même si celle-ci a la taille des montagnes d’Afghanistan et des îles Caïman, il se nourrit plus aujourd’hui de ses contradictions que de ses victoires, tel cet homme qui n’aurait qu’à se raser la barbe pour devenir un autre annonçant des attaques aux Etats-Unis, tout en leur proposant « une longue trêve ». Problème de traduction à la CIA, comme l’ont récemment fait poliment observer les Iraniens à la chaîne d’information planétaire CNN ? Toujours est-il qu’on n’y comprend plus rien. En attendant, Chirac qui ressemblerait de plus en plus à Clint Eastwood dans le western-spaghetti de l’actuel concert des nations a le doigt sur la gâchette même s’il ne vise personne. Et c’est bien là le problème. S’il est une arme qui réclame un peu de doigté, un excellent viseur, et même le meilleur d’entre tous, c’est bien l’arme atomique. S’il est une arme plus dangereuse émoussée que tranchante, c’est bien celle de la dissuasion. Le pire étant qu’on n’a bien sûr toujours pas le droit de parler de conspiration, même s’il s’agit, comme c’est le plus probable, de celle de la bêtise.

Et là, je ne sais pas pourquoi je pense à mon fils qui me dit qu’il n’ira pas voir Bambi 2 parce qu’il trouve le 1 déjà nul. Pourquoi je pense qu’à 9 %, le chômage est déclaré « chômage de masse » alors qu’à 9 %, selon les derniers chiffres, l’illettrisme n’est toujours pas considéré comme un analphabétisme de masse, encore moins comme une urgence pour nos nouveaux apprentis de douze ans d’âge. Et là, je ne sais pas pourquoi je pense à la licence globale.

Ah, le joli mot de licence... Signifiant à la fois plus de liberté quand vous la prenez, moins de liberté quand on vous l’accorde. La licence globale, donc, les maisons de disques qui ont été convaincues, il y a quelques années, aux Etats-Unis, d’entente illégale pour maintenir haut le prix du disque (un peu comme chez nous les opérateurs téléphoniques), les maisons de disques sont contre. Quant à l’artiste, il est prêt à sacrifier un peu de sa liberté d’expression, et partant, de celle de tous, au nom de son droit d’auteur, c’est-à-dire, soyons clairs, de propriété, même si le pauvre est obligé de sous-louer la plupart du temps, et qui date de Beaumarchais revu et corrigé par Hollywood. On ne lui enlèvera pas, à l’artiste, le pain ainsi miraculeusement multiplié, dupliqué, reproduit, de la bouche. Il ne partage pas, l’artiste : pas son genre, vous imaginez bien, vous qui ne l’êtes pas. Et l’on se dit que c’est décidément une belle industrie que celle du spectacle et du divertissement, l’une des rares où l’ouvrier au plus bas de l’échelle est solidaire de son patron. Il est vrai que l’enjeu est de taille : c’est la première fois que l’on vend sous ce nom du « dématérialisé », du vent, de l’air à peine sublimé par le fait qu’il passe par un instrument. Suivant cette logique, à quand un contrôleur Sacem dans nos salles de bain pour nous demander des droits sur ce qu’on chante, si mal, mais déjà si bien en ce qui concerne la propriété intellectuelle, sous la douche ?

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