Accueil > N° 28 - Avril 2006 | Par Arnaud Viviant | 1er avril 2006

De qui se moque-t-on ?

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Dans son édition du 26 mars 2006, le quotidien Le Monde consacre une double page « aux désillusions de la révolution Orange ». Rien à voir, évidemment, avec l’opérateur de France Telecom sur lequel il y aurait pourtant à dire, il s’agit en l’occurrence de la « révolution » qui a eu lieu en Ukraine l’an passé. L’article du Monde est signé Benoît Hopquin. Il faudrait le citer en entier pour lui rendre justice. C’est impossible. En voici donc juste un extrait choisi : « Igor Radchouk est devenu (après « la révolution », ndlr) monteur à la télévision. Puis il a été viré, pour des raisons politiques, assure-t-il (après « la révolution », ndlr). Il travaille depuis dans une agence de publicité. Il gagne 800 euros par mois. C’était une somme, il y a peu (avant « la révolution », ndlr). Mais l’inflation galope. Aujourd’hui un tel salaire ne permet plus de trouver un salaire décent, le prix de l’immobilier ayant explosé à Kiev. Le jeune homme s’est pourtant offert un luxe : une BMW. Il s’est inscrit dans un club de fans de cette marque. Il a en revanche quitté Pora (groupe fer de lance de la « révolution », ndlr). Sa voiture lui apporte finalement plus de satisfaction que ses idées. » Un seul paragraphe, mais magnifiquement construit, disant, pied à pied, tout le cercle dans lequel on voudrait nous voir tous entrer : révolution, promotion, trahison, désillusion, désertion, procrastination, satisfaction, crétinisation... Et tout ça en un an de temps... Une vraie révolution en effet ! Actualité oblige, le même jour, le même journal consacre un bref article aux événements du pays voisin de l’Ukraine, la Biélorussie. Basée à Moscou, la correspondante du quotidien n’a pas encore eu le temps de sauter dans un avion. Elle rappelle donc, depuis son siège, quelques évidences géostratégiques importantes à savoir : après l’élection de M. Loukachenko à plus de 80 % (un score qui rappellera les heures les plus noires du totalitarisme ou du chiraquisme, au choix), elle signale que la Biélorussie désire depuis dix ans se rattacher à la Russie, que le gazoduc biélorusse reste au centre de ces discussions d’union, et qu’à Washington, on s’inquiète à tort ou à raison de l’installation de missiles « à longue portée » (j’aime beaucoup) S-300, « dès la fin du mois de mars (j’aime beaucoup aussi), le long de la frontière entre l’Union européenne et la Biolérussie. » Personnellement, je ne sais pas ce que vous en pensez, mais j’adore « cette frontière entre l’Union européenne et la Biélorussie », qui vous fait rêver à quelque nouvelle guerre froide, cette fois, fort heureusement, contemporaine du congélateur... Mais ce n’est pas fini. Le même jour, Le Monde est distribué avec Campus, son supplément mensuel destiné aux universités. On peut y lire un reportage signé Judith Renard intitulé « Comment la Biélorussie muselle ses étudiants ». Comme précédemment, il faudrait le citer en entier pour lui rendre tout à fait justice. N’en voici qu’un extrait choisi : « L’éducation est (...) l’un des leviers essentiels utilisés pour diffuser l’idéologie dans l’ensemble de la société (biélorusse, ndlr), et cela dès le plus jeune âge. Chaque élève de maternelle a le droit, lors de son premier jour d’école, au « cadeau du président » : un livre ponctué de photos de Loukachenko narrant l’histoire de la Biélorussie. Ou du moins celle que veut imposer le régime. » On veut croire que Judith Renard, perdue à Minsk, n’a pas suivi en France les aléas de la loi sur l’aspect positif de la colonisation ; ni qu’elle s’étonne du niveau de développement intellectuel de ces enfants biélorusses qui, dès leur premier jour de maternelle, pourraient subir la fâcheuse influence d’un livre « ponctué » de photos de Loukachenko... Finissons avec Le Monde 2. Une semaine plus tard, dans un dossier consacré à Tchnernobyl, une double page sur les victimes biélorusses de la tragédie nucléaire. Avec cette photo légendée : « Soignés à Cuba. A Tarara, sur l’île de Cuba, 20 000 enfants ukrainiens victimes de radiations ont été traités au début des années 1990. » Pourquoi Cuba et non l’Union européenne, on ne le saura pas. Pourquoi ukrainiens, et non biélorusses, on ne le saura pas non plus. Une ruse de l’Histoire, comme on dit dans les éditoriaux du Monde ?

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