Accueil > N°7 - Février 2011 | Chronique par Arnaud Viviant | 16 février 2011

La Borne Toulouse

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LA BORNE TOULOUSE

Pour Toulouse-la-Rose, le volume dont on va parler est une sorte de Pléiade qui réunit ses trois (petits) livres (dont un inédit) consacrés à Guy Debord. Ce Béarnais (« et quand il fait beau, Basque ») au look de mousquetaire, élevé au petit lait — qui allait vite se changer en gros rouge — de la CNT, s’est
fait connaître dans les années 1980 par quelques missives bien senties au courrier des lecteurs de Libé : 1) du temps où celui-ci existait, 2) du temps presque inimaginable où ce journal était encore libertaire.

En 1995, Toulouse-la-Rose rédige son premier livre : La véritable biographie maspérisatrice de Guy-Ernest Debord considérée sous ses aspects orduriers, cancaniers, folkloriques, malveillants, nauséabonds, fielleux et notamment vulgaires, et du manque de moyens pour y remédier. Le mot « maspérisatrice
 » est un clin d’oeil à tous les pro-situs qui s’étaient multipliés comme des pains de plastic, et qui savaient que les situationnistes avaient inventé le verbe « maspériser » (signifiant à peu près trahir un texte en n’imprimant pas son contenu initial, en le caviardant) à partir du nom de François Maspero, éditeur de gauche soupçonné dudit crime.

Il s’agissait là, un an après sa mort, de la première biographie de Guy Debord, à ceci près : elle ne fait qu’une trentaine de pages ; elle est rédigée dans un style déconnant où, si tout est vrai, tout reste amusant. De l’anti-pontifiant à merveille, assez rare dans le secteur, les pro-situs, contrairement à leurs ancêtres, n’étant pas réputés pour leur humour. Voici pour la méthode : «  Pour la présente “Biographie”, je n’ai entendu aucun témoin, je n’ai mené
aucune enquête, je n’ai consulté aucune archive, je n’ai évité aucun bistrot. Tout m’est venu de mes souvenirs de livres et de journaux, ainsi que de mes
fréquents errements en ville.
 » Résultat : un brillant vademecum j’te pousse du situationnisme.

En 2004, Toulouse-la-Rose remet le couvert avec Pour en finir, avec Guy Debord (de l’importance de la virgule considérée comme un barrage contre le
pacifisme). Il est vrai qu’entre temps était sortie une « vraie » biographie de Guy Debord par Christophe Bourseiller, écrite selon une méthode inverse de la
précédente, ainsi qu’un grand nombre de livres de facture universitaire. Pour parler comme l’auteur, tout autant lecteur de San-Antonio que de l’Internationale situationniste, il convenait donc de relever le gland. Pour en finir… est un texte où Toulouse-la- Rose se met beaucoup plus en avant, qu’on en juge par son incipit : «  Avec Guy Debord, je n’ai jamais eu qu’un embonpoint en commun, mais qui avec l’âge ne s’est jamais démenti.  » Fidèle à sa méthode qui est de n’en point avoir, l’auteur dérive, abordant quelques sujets graves (l’antisémitisme, dont celui de gauche) et d’autres moins, tels «  les chiffres réels de l’économie  ». «  Si l’on observe comment ils sont accueillis par ceux qui pourraient au moins les prendre en compte (fume !), nul n’est besoin d’être un révolutionnaire averti pour se dire que les
choses ne peuvent aller qu’en s’enrageant.
 » Bien vu, en 2004…

Un mot de l’inédit, gaillardement intitulé Que sont les situs deviendrus’, qui tente « de comprendre pourquoi l’Etat et la droite, voire l’extrême droite, se sont subitement entichés, au point de l’encenser, de l’auteur controversé de La société du spectacle ». Bonne question. Et, mine de rien, une mine de renseignements sur d’anciens situs comme Anatole Atlas (l’homme qui jeta de l’eau sur ce bon docteur Lacan lors de la conférence de Louvain, préfigurant
en cela l’Entarteur) ; sur René Viénet, devenu fan de la proto-féministe Olympe de Gouge, ou Eduardo Rothe, ex-membre de la section italienne de l’I.S., aujourd’hui numéro 2 de la « com’ » de Hugo Chavez.

SANS FIN

De toute évidence, Thierry Jonquet avait décidé de bien s’amuser, lorsque, malheureusement, la mort vint le faucher en 2009. Vampires, titre de travail de son dernier roman que les éditions du Seuil ont eu tout à fait raison de publier en dépit de son inachèvement, rompt avec la facture habituelle de ses polars, leur hyperréalisme et une critique sociale qui, ces derniers temps, virait un peu tristement à droite, pour se lancer dans un roman feuilleton digne de Feuillade, le créateur d’Irma Vep (anagramme de vampire).

Certes, Jonquet n’a eu le temps d’écrire que les 180 premières pages d’un récit qui, vu le nombre de personnages, était bien parti pour en faire le triple, mais on voit parfaitement comment il avait décidé de traiter le thème du vampirisme, récemment rafraîchi par Stephenie Meyer avec sa série Twilight. Comme elle, il imagine la vie contemporaine d’une famille de vampires, terrés à Belleville, et qui commencent à en avoir sérieusement marre de ne pouvoir sortir que la nuit. Socialement, ce n’est plus tenable. L’inachèvement du
livre n’est pas un problème ; au contraire, il ouvre les portes à une immense rêverie…

Arnaud Viviant a lu

Debord contre Debord , de Toulouse-la-Rose, éd. Nautilus, 137 p., 14 €.
Vampires , de Thierry Jonquet, éd. Seuil, 184 p., 18 €.

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