Accueil > N°37 - février 2007 | Par Arnaud Viviant | 1er février 2007

Le candidat spectaculaire ou vers le mouvement social

Petite pièce en deux actes

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ACTE 1

On le sait maintenant, depuis que Sarkozy s’est qualifié pour la demi-finale, avec un score que lui envierait jusqu’à Marie-George Buffet, la pauvre qui a bien des tracas avec ces anticommunistes qui, en plus, pour tout arranger, ont ceci de particulier qu’ils se disent communistes, et ce, depuis des années, et toujours au grand dam des seuls vrais communistes, c’est-à-dire de ceux qui ont le brevet, ou tout du moins leur bulletin de naissance jusqu’à l’avaler...

Je le disais, je le redis, pour mémoire : on le sait maintenant, depuis que Nicolas Sarkozy, le tsar de l’UMP, a été sacré semi-empereur de son propre camp, avec un score (ça suffit !), bon d’accord, alors filmé comme on le sait, à l’américaine, comme on l’a dit et répété dans tous les journaux, par le réalisateur de la Nouvelle Star (l’émission qu’aiment même les bobos qui finissent par trouver, sans doute à raison, que la Star Ac est devenue un peu trop prolo : on cite en effet jusqu’à Deleuze dans la Nouvelle Star, qu’on y songe un peu !), avec ces gros plans pas pour rien dits « américains », on l’a dit, répété, mais il fallait au moins ça, on l’a moins dit, pour lancer officiellement le bipartisme en France (avec Bayrou en alibi), et en finir avec cette République (avec Bayrou en alibi), dont Nicolas Sarkozy ânonna cinquante fois le nom durant son discours fleuve, en réussissant à soutenir constamment en sa faveur un parallèle entre la République réelle, celle qu’il gouverne, lui et ses soutiens peu ou prou, depuis quatre années, et la République virtuelle, celle que nous aimerions mettre en œuvre depuis dix bonnes années déjà, qu’on calcule, nous les communistes anticommunistes comme pas deux.

Le soir, chez Claire Chazal, Nicolas Sarkozy a réussi à dire que, sous son ministère, il n’y avait eu, en quatre ans, « ni bavures, ni accidents ». J’ai eu honte pour moi quand il l’a dit pour nous tous, au nom du rassemblement républicain, promettait-il. La présentatrice de TF1, qui vit pourtant avec un comédien qui a interprété Jaurès, crois-je savoir, même mal, n’a pas alors rabroué le ministre de l’Intérieur et des Cultes, tralala, hélas. Tout cela est-il déjà totalement piégé, je vous le demande ma bonne dame, avec des mines antipersonnel ou genre, ou eskonpeuencoreyfairekekchose ?

Bien sûr que non, ma bonne dame ! La démocratie, en tout cas la démocratie spectaculaire, n’a jamais aussi bien fonctionné qu’aujourd’hui, il faut bien le reconnaître ! Etes-vous des classes moyennes, oui ou non ? Attention, c’est important pour la suite. Et pendant que Nicolas Sarkozy, le candidat anti-turc faute de pouvoir être complètement antilibéral comme nous, s’affrontera avec Ségolène Royal la candidate pro-turc et tête de Turc à la fois, faute de pouvoir être complètement antilibérale comme nous, regarderons-nous passer les TGV de plus en plus privatisés, c’est-à-dire chers, paissant dans des champs de moins en moins collectivisés, c’est-à-dire chers, où nous paissons comme des vaches de plus en plus marquées, c’est-à-dire sans valeur, sauf marchande ?

Privatiser le monde, c’était déjà, il faut l’avouer, une idée de génie ! Mais, le reprivatiser, comme on dirait le renationaliser, alors là, ça vaut le pompon. Encore faudrait-il, en tant que locataires, connaître au moins le nom du ou des propriétaires.

ACTE 2

Il est urgent à présent, je crois, que tous les communistes, à commencer par les plus anticommunistes d’entre eux, se rassemblent, qu’ils fassent enfin sauter, comme on voudra, ou le verrou ou le bouchon de champagne du PCF, dans la joie et la bonne humeur, les bulles en tout cas, et qu’ils lancent dès maintenant le mouvement social pour un communisme unitaire. J’espère que ce mouvement aura commencé depuis belle lurette quand vous lirez ces lignes, puisque l’alliance des nouvelles technologies et des anciennes fait qu’il est maintenant, et enfin, plus rapide de lancer un mouvement social qu’un mot d’ordre. Quel ou quelle qu’il ou elle soit, comme on dirait aujourd’hui, le candidat antilibéral devra avoir l’ambition et le pouvoir d’accéder au second tour. Dans la même foulée, les collectifs devront préparer les législatives : tout cela n’est pas rien, surtout lié à un mouvement social. C’est du travail, comme dirait Sarkozy. Il faudra moins dormir, c’est tout.

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