Accueil > N° 40 - mai/juin 2007 | Par Arnaud Viviant | 1er mai 2007

Quelque chose s’est levé

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Le résultat des courses est donc : une femme n’a pas été élue. Hé ! Dommage. Sur ce point, nous perdons notre tour pour plusieurs années. A ce compte-là, les Etats-Unis y passeront avant nous. Ou alors ils éliront un Noir, et ça, en France, il faut regarder les choses en face : nous en sommes encore loin. Même si cela viendra.

Il ne s’agit pas évidemment d’opposer les femmes aux hommes en politique, puisque en politique, plus qu’ailleurs, ils et elles sont égaux. Il s’agit au contraire de les opposer sur ce qui n’est pas politique, et ce pour quoi, on s’en apercevra plus tard, nous votions en réalité. De ce côté-là, nous avons vraiment tout perdu. Le libidinal a perdu cette élection. Et pour plus longtemps qu’on ne peut, peut-être, collectivement se le permettre.

C’est par conséquent un homme, passez-moi l’expression, qui a été élu. Un homme de droite ? Sans doute. Un homme de droite extrême qui n’a pas hésité à piétiner les plates-bandes de l’extrême droite ? Très certainement. Mais ce que je vois, en premier lieu, c’est un homme. Avec une putain de pensée d’homme, un putain de vocabulaire d’homme, de putains d’ambitions d’homme. Y penser tous les matins en se rasant, ce genre.

Alors, considérer que le clivage gauche-droite se passe ailleurs est une erreur, quand nous avons tous affirmé, chacun à notre manière, dans les urnes, que ce clivage n’existait plus en tant que tel. Ce n’est pas un changement de politique, comme on dit, que nous voulions, mais un changement de principe. C’est bien le mot. Ce sont aujourd’hui, dans une realpolitik à la petite semaine, les principes qui, en effet, nous importent le plus. Le féminin a perdu. Le masculin a gagné. Nous savons tous, d’un côté comme de l’autre, ce que cela veut dire. L’affrontement est devant nous, contre la pacification possible. Comme le disait fort justement un journaliste : « Il faut se rendre à l’évidence. Le président n’est pas une présidente. » Mais comme l’a aussi, fort justement, dit Ségolène Royal au soir du second tour, « quelque chose s’est levé ». On ne se demande pas quoi. Ce quelque chose, c’est quelqu’un. C’est elle. Ce quelque chose, c’est quelque chose. C’est, si l’on veut, le bipartisme sexuel. C’est la différence sexuelle qui cachera l’indifférenciation des programmes politiques, c’est par là que passera cette « refondation de la vie politique française » dont on nous parle tant.

Cet affrontement homme-femme, on le sait, s’est joué au centre. Mais pas au centre de la politique. Non. Au centre du genre. Ah, les pauvres genres... Souvent trahis. Mais toujours là, indéfectibles.

C’est pourquoi on peut d’ores et déjà parier que, dans cinq ans, l’élection présidentielle verra les mêmes s’affronter dans les mêmes conditions. Il faut bien sûr que Ségolène Royal prenne entre temps le Parti socialiste, mais ce sera bientôt chose faite, n’en doutons pas. Dans cinq ans, nous aurons le droit, comme dans toute bonne compétition, à la revanche. Nous aurons droit au même débat du second tour, à la même saine colère, mais qui aura peut-être alors changé de camp, car les débatteurs ne s’interdisent pas, d’une partie à l’autre, de s’échanger quelques répliques, ainsi que des arguments. Et qui sait, qui sait... Qui peut prédire l’avenir ? Peut-être aurons-nous même droit au même résultat. A.V.

Paru dans Regards n°40, mai-juin 2007

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