Accueil > N°9- Avril 2011 | Par Leila Chaibi | 12 avril 2011

Un air de révolte

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" Je suis de la génération sans
rémunération
… C’est déjà une
chance de pouvoir faire des
stages… Qu’est-ce que je suis
conne… Quel monde si con…
Où pour être esclave, il faut étudier.
 » C’est
en écoutant cette chanson du groupe portugais
Deolinda dans un bistrot de Lisbonne que Paula
Gil, 26 ans, diplômée au chômage, lance avec
trois copains précaires le manifeste de la « Geração
a Rasca ». En français dans le texte, c’est la
génération aux abois, dans la mouise, à l’arrache,
fauchée, bref, c’est la génération précaire.

Les quatre compères créent aussitôt un événement
Facebook : rendez-vous est pris pour le
12 mars, soit quatre semaines plus tard, pour
une manifestation « pacifique, laïque et nonpartisane
 », contre la précarité. En quelques
jours, le buzz se met en route, et des milliers de
précaires s’inscrivent en ligne.

Un groupe de musique satirique, Homens da
Luta (les hommes en lutte), organise un véritable
piratage de la sélection portugaise pour l’Eurovision
2011. Leur chanson « A luta é alegria »
(la lutte c’est la joie), parle avec humour de la
révolte joyeuse de la population
face aux plans
de rigueur qui l’obligent
à se serrer la ceinture.
D’abord repoussée par
le jury de professionnels,
la chanson du groupe
est finalement sélectionnée
par les téléspectateurs
grâce à un
bombardage massif de
votes par SMS. Ce tube
permettra de populariser
la révolte des précaires
portugais.

Dans les médias nationaux, il est question
partout de ces précaires, diplômés ou non,
jeunes et moins jeunes, qui enchaînent les
sous-contrats de travail en stage ou en recibos
verdes (travailleurs considérés comme indépendants),
gagnent 500 euros par mois et sont privés
de protection sociale.

Et finalement, le jour J, 60 000 internautes ont
cliqué sur la page de l’événement Facebook.
Ce samedi 12 mars, le Portugal connaît sa
plus grosse manifestation depuis la révolution
des oeillets de 1974, 300 000 personnes envahissent
les rues.

J’étais à Lisbonne ce jour-là et je vous assure
qu’il y avait une folle ambiance, avec des airs de
révolte improvisée, intergénérationnelle, fraîche
et spontanée. Dans la foule, on croisait un bon
paquet d’abstentionnistes qui avaient pour la
première fois décidé d’exprimer publiquement
et collectivement leur ras-le-bol de la précarité.
Chacun avait bricolé pour l’occasion sa petite
pancarte ou sa banderole, à côté desquelles
les rares drapeaux imprimés des organisations
syndicales paraissaient bien fades. En fin de
manif, les Homens da Luta, sur leur char, ont été
accueillis en triomphe.

Je suis rentrée de Lisbonne avec une certitude
dans mes bagages : ce n’est pas en utilisant les
leviers traditionnels du mouvement ouvrier qu’on
parviendra à mobiliser les millions de chômeurs
et de travailleurs précaires qui ne mettent jamais
les pieds dans les manifs.

Je ne crois pas pour autant qu’il existe une méthode
miracle. Mais pour rendre hommage à la
Geração a Rasca et, qui sait, en prendre de la
graine, pourquoi ne pas s’impliquer cette année
dans la cérémonie ringarde qu’est l’Eurovision,
en appelant tous les précaires à voter et à soutenir
les Portugais ?

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29 décembre 2013
Par Leila Chaibi

Billet doux

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