Accueil > N°10 - Mai 2011 | Chronique par Michel Husson | 6 mai 2011

La gauche et l’emploi

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Le chômage et la précarité corrodent toute la
société.
A la fin de l’année 2010, les besoins
d’emploi non satisfaits concernaient 5,2 millions
de personnes en France : 2,8 millions étaient au
chômage ; 1,6 million en sous-emploi et 0,8 million
souhaitaient travailler mais avaient renoncé [1].

C’est donc sur le terrain de l’emploi qu’il faut interroger les projets
de gauche. Sur ce sujet, le programme du Parti socialiste est
très faible, même s’il comporte des propositions intéressantes
(comme tous les programmes). Sous la rubrique « combattre le
chômage », trois axes sont avancés : 300 000 emplois-jeunes,
des mesures (non contraignantes) pour « maintenir les seniors
dans l’emploi
 », et un renchérissement des licenciements boursiers.
C’est mieux que rien, mais qui peut croire sérieusement
que l’application de ces mesures suffirait à faire reculer significativement
le chômage ?

En réalité, le PS s’en remet à la croissance. La politique économique
qu’il préconise devrait permettre «  de retrouver à partir
de 2013 une croissance comprise entre 2,5 % et 3 %
 ». Sur
les vingt dernières années (hors crise), la croissance a été en
moyenne de 2 %. D’où viendrait ce sursaut ? On ne voit pas
très bien. C’est d’ailleurs l’occasion d’introduire une distinction :
quand on dit que les politiques d’austérité menées en Europe
vont conduire à une croissance molle et au maintien du taux de
chômage au niveau record qui est le sien, on exprime un pronostic
plausible de l’évolution du capitalisme européen. Mais cela
n’implique pas que l’alternative soit une relance de la croissance,
qui ne pourrait être obtenue qu’au prix d’un enfoncement supplémentaire.
Il faut rompre avec la vieille logique capitaliste, en la
remettant en cause sur deux points fondamentaux.

Première idée : plutôt que de vouloir augmenter la richesse, il
faut en changer la répartition. Autrement dit, ne pas compter sur
la croissance, et surtout en changer le contenu, ce qui est rigoureusement
impossible avec la répartition des revenus actuelle.
Cela veut dire, en premier lieu, dégonfler les rentes financières
et refiscaliser sérieusement les revenus du capital. Mais ce n’est
qu’un aspect des choses. L’autre face de la répartition concerne
le temps de travail. Plutôt qu’une société divisée entre stressés
du travail, précaires et chômeurs, il faut aller vers une société
du temps libre où tout le monde travaille, mais moins. Tout programme
qui ne parle pas de réduction du temps de travail est
d’emblée une acceptation de l’ordre des choses actuel.

Deuxième idée : il faut renverser le lien entre activité économique
et emploi. Aujourd’hui, la possibilité de créer des emplois
est soumise à un critère de rentabilité. Donnez-nous les
moyens d’être compétitifs (lire « rentables ») et le reste (l’emploi)
vous sera donné de surcroît : ainsi va l’antienne patronale. Une
véritable révolution copernicienne est nécessaire («  remettre à
l’endroit ce que le libéralisme fait fonctionner à l’envers
 », dit
la Fondation Copernic). La société doit choisir ses priorités et
créer ensuite des emplois là où sont identifiés les besoins, en
utilisant ainsi pleinement ses capacités. Si tout le monde était
employé de la façon la plus efficace — à condition de mesurer
cette efficacité par la satisfaction des besoins et non par
la valeur marchande produite —, la question de savoir si le PIB
augmente ou non deviendrait une simple question comptable
sans grande importance.

Utopie peut-être, mais utopie réaliste, qui peut être traduite en
objectifs intermédiaires, enclenchant la transition vers une économie
réglée par ces deux principes : juste répartition des richesses
et déconnexion entre emploi et rentabilité. Tels sont les
deux critères qui devraient permettre d’évaluer tout programme
se réclamant peu ou prou de la transformation sociale. Une
chose est sûre en effet : tout projet qui n’avance pas dans cette
double direction ne peut qu’échouer sur le front de l’emploi. Vouloir
faire reculer le chômage sans toucher à la répartition, et en
comptant sur le retour à une croissance rentable pour créer des
emplois, tel est le miroir aux alouettes moderne.

Notes

[1« Informations “Chômages” », mars 2011, sur le site Les autres chiffres
du chômage, acdc2007.free.fr

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