Accueil > N°17 - Janvier 2012 | Chronique par Raphäl Yem | 12 janvier 2012

« J’ai ma carte d’électeur, mais elle est moins importante que ma carte bancaire ou ma carte Vitale. » Nora, 20 ans, Hérouville Saint-Clair (14)

QUARTIERS LIBRES, la chronique de Raphäl Yem.

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Nora est une « racaille » à nettoyer
au Karcher – quand y’en a un ça
va, c’est quand y’en a plusieurs que
ça pose des problèmes – qui avait jusqu’au
30 décembre pour s’inscrire sur les listes
électorales
. Encore une fois, et malgré le travail
des associations de quartiers, l’émeute espérée
n’a pas déferlé dans les mairies. D’abord
parce qu’aujourd’hui, pour les plus jeunes, les
inscriptions sont automatiques, comme pour
Nora. Mais aussi, parce que pour avoir envie
de s’inscrire, encore faut-il avoir envie de voter.
À chaque élection, c’est la même chose, voire
c’est de pire en pire. Et pourtant, à en juger
par le nombre d’associations, de mobilisations
locales, de créateurs culturels, la chose
politique derrière le périph’ est bien vivante
et dynamique. Il ne faut donc pas croire que
les banlieusards se désintéressent du débat
public, c’est juste qu’ils se méfient des
politiciens, que la crise globale les pousse à
l’urgence (payer les factures, les relances,
le loyer, les courses, se soigner) et qu’on les
en écarte. Mieux, ils deviennent les ennemis
de la République. Nicolas Sarkoy les voit
en tricheurs, adeptes de « fraude sociale »,
à la fois victimes et coupables d’insécurité.
Marine Le Pen les a affichés en pyromanes.
Le PS et ses satellites n’ont pas lâché leur
ton paternaliste, couscous au miel. Et je ne
suis pas sûr d’avoir un jour la chance de voir
siéger au Parlement et au Sénat une
juste proportion de députés ou de sénateurs
de gauche issus des quartiers
populaires. Rares sont les formations politiques
qui ont saisi l’importance de prioriser leurs
programmes en direction des quartiers
populaires partout en France.

L’issue sera politique. Mais il ne faut surtout pas
oublier le mouvement social. Il n’est pas que
dans les manifs, au point qu’on pourrait croire,
à tort, qu’il est confisqué par les syndicats et
leurs banderoles à l’ancienne. Ce que nous
faisons dans les quartiers vaut tout autant,
voire plus, que le bulletin glissé dans l’urne.

Raphäl YEM

Moi, journaliste
citoyen, banlieusard,
et provincial, je lutte
avec mes mots pour
casser les clichés
sur les quartiers
populaires.

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6 janvier 2012
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