Accueil > N°19 - Mars 2012 | Par Raphäl Yem | 9 mars 2012

« Sarkozy n’aime pas la banlieue, je l’ai vu dans ses yeux » Mélanie, 30 ans, Les Ulis (91).

QUARTIERS LIBRES, la chronique de Raphäl Yem.

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

S’il y a un président de la République
qui a stigmatisé la banlieue, c’est bien
celui qui a grandi à Neuilly. « Racaille »,
« Kärcher ». Alors que les révoltes sociales des
quartiers éclatent à Clichy, il prétend que ce
sont des « mafias » et des « bandes organisées
 » qui en sont à l’origine, contre l’avis des
renseignements généraux. En 2011, Sarkozy,
qui voit des immigrés illégaux partout, affirme
que le multiculturalisme est « un échec », car,
« on s’est trop préoccupé de l’identité de celui
qui arrivait et pas assez de l’identité du pays
qui accueillait
 ». Or si l’on veut parler d’échec,
parlons de son débat sur l’identité nationale
et souvenons-nous des propos de Nadine
Morano, exigeant que les jeunes des cités ne
parlent pas « verlan » et ne mettent pas « leur
casquette à l’envers
 ». Ou du polémiste Éric
Zemmour sacré « invité d’honneur » à l’une des
conventions de l’UMP. Sans oublier Brice Hortefeux,
poto de 35 ans de Sarkozy et ministre
de l’Intérieur, qui fut aussi le premier ministre en
exercice à être condamné pour des propos racistes.
Quant à son digne successeur, Claude
Guéant, on ne le tient plus : « L’accroissement
du nombre de musulmans pose problème
 » ;
« les deux tiers de l’échec scolaire » sont le
fait d’enfants d’immigrés ; « toutes les civilisations
ne se valent pas
 » ; « les Français à force
d’immigration incontrôlée ont parfois le sentiment
de ne plus être chez eux
 ». Pour Laurent
Wauquiez, ministre de l’Emploi, les chômeurs
– dont le nombre ne cesse de grossir dans
nos quartiers (tiens d’ailleurs, ils n’avaient pas
aussi promis de faire reculer le fléau du chômage
 ?) – sont bien souvent des « assistés »,
des « irresponsables » et des « fraudeurs ».

Stigmatiser l’immigration, la jeunesse, le chômage,
la sécurité, l’islam, revient forcément,
dans l’imaginaire de l’opinion publique, à taper
sur la banlieue. Car des dizaines d’années de
lavage de cerveau médiatique et politique, FN
et mass médias en têtes, ont fini par dresser un
portrait-robot du banlieusard blindé de clichés :
il est donc à la fois jeune, d’origine immigrée,
chômeur-paresseux, voyou-criminel et islamiste.
Un discours savamment entretenu par
les nouveaux idéologues sarkozystes, le jeune
Guillaume Peltier, ancien militant d’extrême
droite et créateur du courant Droite populaire
et le vieux Patrick Buisson, ancien rédacteur
en chef de Minute. Je n’ai aucun doute sur le
fait que, dans la campagne, les quartiers seront
de nouveau la cible de ces faucons. Un petit
fait divers pouvant rapidement se transformer
en un gigantesque argument électoral. Alors
que la banlieue n’est que la loupe grossissante
des maux de notre société, celle que Nicolas
Sarkozy a contribué à façonner depuis qu’il est
au pouvoir. Provoquer plus, pour gagner plus,
ça marche aussi en termes de bulletins de vote.
Attention Nicolas, nous sommes 8 millions
d’électeurs potentiels dans les banlieues que
tu as voulu nettoyer au Kärcher.

Portfolio

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

Forum sur abonnement

Pour poster un commentaire, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas encore enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?