Accueil > N°15 - Novembre 2011 | Chronique par Thomas Bauder | 11 novembre 2011

Caramba, encore raté !

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Pour assister à
l’unique projection
de presse de
Tintin 3D, à Paris,
au milieu du mois
d’octobre, il avait fallu s’inscrire
au préalable dès le mois de
septembre, recevoir un courriel
d’information, envoyer une
confirmation de présence pour
qu’enfin arrive le carton final sur
lequel il était bien spécifié que
les appareils enregistreurs type
smartphone étaient totalement
verboten
 ! Le jour J, une armada
de gros bras en costard et
lunettes noires « accueillaient »
les spectateurs professionnels,
avant de surveiller, deux
heures durant, leurs faits et
gestes, équipés de jumelles
infrarouges, depuis le fond de
salle… En sortant, trois mots
venaient à l’esprit : «  Caramba,
encore raté !!!
 »

Il est vrai que le genre même
de l’adaptation est toujours
casse-gueule, particulièrement
lorsqu’il s’agit de Tintin.
Du Mystère de la Toison
d’or, à Tintin et les Oranges
bleues, ces passages du
9ème au 7ème art n’ont jamais
impressionné, faute d’une incarnation
suffisamment convaincante.
Paradoxalement, en 3D
la première chose qui frappe
c’est la ressemblance, dans
la mollesse des traits, dans le
manque de dynamique de la
posture, entre l’avatar joué par
Jamie Bell et Jean Pierre Talbot,
le tintin « historique » du cinéma
des 60’s.

Pourtant dès les premières
images, on sent la tentative de
séduction des tintinophiles : un
hommage à Hergé, une atmosphère
bruxelloise savamment
reconstituée, un entrelacement
plutôt efficace des albums Le
Crabe aux Pinces d’Or
et Le
secret de la Licorne
, le tout, pris
dans une lenteur initiale, laissant
voir les mille et un détails
graphiques de cette hybridation
de synthèse. Et puis patatras !
Dès la première course-poursuite,
on comprend qu’on a été
piégés ! Saperlipopette !

On se souvient que Spielberg
découvrit Tintin
après qu’un journaliste
en eût
fait le référent
d’Indiana Jones.
Trente ans après,
Uncle Steve, fort
de l’achat par
Dreamworks de la
totalité des droits
des albums, nous
la fait à l’envers
en prenant un
malin plaisir à faire
courir Tintin sur le
modèle d’Indiana
Jones. Oubliant le
découpage des
actions qu’Hergé
avait lui même
piqué au cinéma
classique US, il
impose au petit
belge la cadence,
infernale et sans
temps mort, du
néolibéralisme du spectacle.
Produites sur le même modèle
technique, et pensées pour le
même entertainment, ces mises
en scènes d’action 3D exploitent
finalement de la même
façon leurs personnages, qu’ils
se nomment Tintin … Ou Kung
Fu Panda !

Mais à force de multiplier les
scènes de pure attraction, le
scénario, qui puisait dans l’univers narratif existant (tout en
refoulant, allez savoir pourquoi,
le background du trafic
d’opium ou la pulsion meurtrière
de Haddock envers Tintin…)
se trouve rapidement
à sec question situations, en
invente de nouvelles plus abracadabrantesques
les unes que
les autres, façon étrange de
respecter le souhait d’Hergé
que personne ne reprenne
après sa mort le récit des aventures
du reporter du Petit Vingtième

Il faut alors, pour décoder ce
Tintin-là, revenir au générique
de début du film. Une historiette,
en ombres chinoises,
sur lesquelles s’inscrivent les
crédits, et dans laquelle Tintin
cherche à récupérer une
boule de cristal. Finalement
pour en faire quoi ? La placer
en point lumineux au-dessus
du I de Spielberg ! Manière de
dire qu’après avoir été servi
par son créateur, Tintin se doit
désormais d’aller au turbin
pour son nouveau patron ! Un
patron, un système qui n’hésite
pas à faire de ce néo Tintin un
homme-sandwich pour burgers
ou bagnoles en déficit de
notoriété. Triste FIN.

Portfolio

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