Accueil > N°13 - Septembre 2011 | Chronique par Thomas Bauder | 18 septembre 2011

Emeutes : sous les pavés, les singes

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

La révolution commence
 !
Ben oui,
banane, c’est
marqué depuis
le début de l’été
sur les affiches de La planète
des singes : les origines
. Le
film, quoi ! Même si, aujourd’hui,
la révolution sert à tout vendre,
et même des tablettes numériques,
quand la Twentieth Century
Fox a choisi ce slogan pour
attirer le spectateur devant son
blockbuster estival, elle ne s’attendait
certainement pas à un tel
effet collage extra-glue entre sa
fiction manufacturée et l’actualité
chaude de l’été !

Car, il faut se rendre à l’évidence
 : derrière la réalisation a
priori plan-plan de cette énième
déclinaison du bouquin du romancier
français Pierre Boule, et
sur le mode fictionnel du « mais
comment en est-on arrivé là ?
 »,
ce qui, au fur et à mesure que le
film avance, surgit et se déploie
comme sous-texte idéologique,
c’est que les singes, chimpanzés,
gorilles et autres orangs-outangs
ne sont rien d’autre que
la représentation de ceux que
toute autorité policière affuble
du vocable de « sauvageons »,
« racaille », ou tout simplement
« jeunes »… Au choix.

Déjà, le roman lui-même, en faisant
basculer cul par-dessus
tête la hiérarchie humain / animal,
affirmait, mi-amusé, mi-effrayé,
que le monde pourrait bien ne
plus marcher sur la tête mais…
sur les mains des singes. Par la
suite, un Hollywood
vieillissant
avait kiffé de mettre en image,
via cette fable SF, toutes les
frayeurs d’une Amérique WASP
(White Anglo-Saxon Protestants),
aux prises avec deux
contestations majeures des
late 60’s  : le flower power et le
black power ! Ainsi Planet of the
Apes
, opus 1968, est-il le film
de la représentation à l’écran
de la question noire et du rejet
de la société de consommation,
selon le code suivant : humains
sauvages = hippies / singes parlants
= Noirs militants !

Ici exit le soupçon raciste ; en
2011, le type qui donne des
ordres est afro-américain !
Impossible pourtant de ne
pas sentir que, du côté de la
writer’s room, il a fallu se couper
les poils en quatre pour
expliquer que ce qui permet au
singe de s’émanciper, c’est un
vaccin anti-Alzheimer, mis au
point par un jeune chercheur
ambitieux. Expérience foireuse
au final, mais qui permet de
poser le conflit du film sous
l’intitulé suivant : «  Recueillir
un chimpanzé aux neurones
boostés
et l’élever comme un
enfant normal, quoiqu’un peu
velu, c’est bien beau, mais,
quand il devient adolescent, on
en fait quoi ???
 »

Au niveau primate du film, la
réponse est simple : à la première
connerie on le (singe ou
ado) fout en cage. Mais, plus
la représentation de cette SPA
se confond avec celle d’une
maison de redressement, avec
matons vicieux, humiliations et
ultra-violence des incarcérés,
plus on hallucine, en assistant
chez notre cousin simiesque à la
naissance de sa conscience…
politique. Et, quand le singe
verbalise son refus en articulant
« non » à l’écran, dans la salle
on se dit « oui »...

Oui au film, quand même. Ne serait-
ce que pour voir les singes
descendre en ville, tout casser et percuter ; dans nos pupilles,
les images de Tottenham
ou
Birmingham en plein mois
d’août. Qu’importe que ces
animaux-là ne s’en prennent
pas aux supermarchés en particulier,
ils ont droit à la police
anti-émeute, hippomobile, bidules
en main, tentant de les
rabattre vers une ligne de flics
armés, prêts à tirer. Scène de
retournement de la battue dans
la jungle, le final fait aussi écho
visuel à toute scène d’émeute
en milieu urbain, au point de
confirmer la validation de ce
nouveau logiciel idéologique…
Sortant de la salle joyeusement
ahuri, on se demande : « Alors,
elle commence quand cette révolution
 ?
 »

P.-S. : Dans Le Monde du 11 août, on
apprenait le carton du démarrage du
film aux US ; en une s’affichait le cliché
d’un émeutier anglais, le bras levé,
exactement comme sur l’affiche du film.

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

Forum sur abonnement

Pour poster un commentaire, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas encore enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?