Accueil > N°16 - Décembre 2011 | Chronique par Thomas Bauder | 21 décembre 2011

Time Out, film rouge ?

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

La chose se produit
rarement
dans le cinéma
américain, elle
n’en reste pas
moins fascinante à observer.

Je veux parler de l’introduction
d’une subversion profonde
dans certaines de ses
productions, et ce, malgré le
contrôle de l’ensemble des
étapes de fabrication du film,
du scénario au montage final,
par l’ensemble du système
hollywoodien.
Prenons le cas Time Out, dernière
production 20 th Century
Fox. Au premier abord, rien
d’autre qu’un film mainstream
de plus, dont l’argument commercial
tiendrait principalement
à la présence à l’écran de
l’ex-idole teenager Justin Timberlake.
Et pourtant. À peine
caché derrière un pitch d’anticipation
soft, le film se révèle
être un véritable pilonnage en
règle des principaux piliers du
capitalisme mondialisé.

Pour mettre à jour l’horreur du
système économique, il aura
suffi de se pencher sur le vieil
adage entrepreneurial selon
lequel « le temps c’est de l’argent
 » et de le retourner comme
un gant pour en faire l’idée maîtresse
du scénario. Dès lors,
l’argent c’est du temps, du
temps de vie. Résultat, une société
fictive où les humains ont
été génétiquement modifiés
pour ne plus vieillir à partir de
25 ans, et dans laquelle il faut
littéralement gagner sa vie, son
existence, sans crédit possible.
À la seconde où le compteur,
qui s’affiche numériquement
sur l’avant-bras, tombe à zéro,
la machine humaine s’arrête, et
meurt, irrémédiablement.

Non content d’avoir levé un
bon gimmick narratif, Time Out
va plus loin en dénonçant la
spoliation par quelques-uns
du temps de vie produit par le
plus grand nombre. Derrière le
masque d’une société où l’égalité
théorique se manifeste via
l’arrêt du vieillissement à 25
ans, la caste dirigeante maintient
son contrôle sur le reste
de la population, soit
en augmentant les cadences,
soit en organisant
l’inflation des
produits de première
nécessité, payés en
temps de vie. Ça ne
vous rappelle rien ?
Ainsi l’immortalité
pour tous promise par
la génétique reste-t-
elle l’apanage de
la seule oligarchie
bancaire.

Pour faire passer
cette critique néomarxiste
du système,
on aurait pu penser
qu’Andrew Niccol
aurait fait des concessions
de forme, de
rythme. Il n’en est
rien. Renouant avec
l’esthétique de Bienvenue
à Gattaca
, son
premier opus, Niccol réaffirme
avec Time Out, son goût d’un
univers rétro-futuriste dans lequel
les DS 60’s ainsi que les
Ford Mustang rouleraient depuis
belle lurette à l’hydrogène,
dans lequel l’architecture internationale
(en France tout ce qui
serait de style Pompidou) s’affirmerait
en tant qu’expression
indépassable du lieu type du
pouvoir. Ajoutons à cela la nostalgie
qu’exprime le film d’un cinéma d’action « old school »,
sans 3D, ni gunshot à tout va,
et l’on aura une petite idée de
ce Time Out.

Réalisateur élégant, Andrew
Niccol laisse sa mise en scène
se déployer comme se meuvent
ceux qui, dans la diégèse du
film, ont la maîtrise du temps-argent.
C’est-à-dire lentement,
calmement, sereinement. Et ce
luxe du temps, il est pour nous,
spectateurs. L’intelligence du
film consiste enfin à faire honneur
aux qualités d’analyse de
ses principaux protagonistes
et de leur laisser la durée
narrative nécessaire pour se
rendre compte que la solution
d’évidence, façon Bonnie and
Clyde
, cette « récupération individuelle
 » d’outlaws plus que
d’anars, pour aussi séduisante
qu’elle soit, ne règle rien.

Très chic dans son esthétique,
très radical dans son propos,
Time Out devrait – pour toutes
les raisons évoquées ci-dessus
et malgré les efforts des publicistes
à survendre la prestation
de Justin Timberlake – accéder
au statut de film culte plus
facilement qu’aux sommets
du box-office. Néanmoins, s’il
parvenait à ce dernier point,
nous aurions nous, « regardeurs
 », toutes les raisons
d’être optimistes.

Portfolio

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

Forum sur abonnement

Pour poster un commentaire, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas encore enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?