Accueil | Par Jérôme Saliou | 15 mai 2013

Le Linguiste était presque parfait

de David Carkeet

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Un chouette éditeur, Monsieur Toussaint Louverture, un illustrateur très en vogue pour la couverture, Simon Roussin, une histoire gentillement délirante dans une crèche expérimentale servant à la recherche linguistique. Pourquoi pas, ça donne envie. Le contexte est bien mis en place, le héros bien défini, ce sera un intellectuel chercheur au cerveau analytique mais à la sentimentalité d’huître pour qui le rapport aux autres se limite à l’axe meilleur-moins bon. L’intrigue est carrée, des fausses pistes, une résolution inédite. Bref, du bon ouvrage. Alors d’où vient cette impression de vacuité à la fermeture du livre ? Peut-être parce que le dernier chapitre se finit dans un éclat de rire, on dirait un final de Scoubidou. Peut-être aussi parce qu’on a l’impression d’avoir à faire à un bon scénario mais dépourvu de personnages. « Là où ça sent la merde ça sent l’être », disait Artaud. Là, ça ne sent rien du tout. C’est vraiment désincarné, pas de chair, pas de sentiment, les protagonistes n’existent que dans leur action sur l’histoire. Bien que les raisons de commettre un meurtre se comptent sur les doigts d’une main, même légèrement amputée, les façons de tuer quelqu’un sont infinies, autant que les façons de se faire gauler. Du coup, on est là dans un genre potentiellement sans fin. Mais s’il n’est pas accompagné d’une vision du monde, d’une réalité sociale, d’une expression de la tragédie humaine ou que sais-je d’autre, à quoi ça sert de décliner comme ça un thème. Ce qui rend génial le Vertigo d’Hitchcock, c’est la passion des personnages, ce monde fétichisé à outrance, mystérieux et complexe tel le chignon de Kim Novak. Il faut que ça nous parle des tourments humains. Sinon, à quoi bon ? Et plus largement, d’où vient cette obsession contemporaine pour le meurtre. Combien de livres, de films sont basés là-dessus. Combien de meurtres à la télé en une seule journée ? C’est pourtant bien un épiphénomène social. Combien d’entre nous y ont été confrontés dans leur vie, même indirectement ? Il n’y a plus rien d’autre à raconter ou quoi ? La mort aurait à ce point disparu de la société qu’il n’en resterait que cette fascination abstraite, sur-présente. S’il vous plait, racontez nous autre chose, adoptez un autre support, on sature...

Le Linguiste était presque parfait, David Carkeet, traduit de l’anglais par Nicolas Richard, éd. Monsieur Toussaint Louverture, 272 pages, 19 euros.

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