Accueil | Par Roger Martelli | 8 juillet 2014

À lire : des histoires et de l’histoire

À la montagne ou sur la plage, avant la sieste ou entre deux bains, un bon livre est un rare plaisir. Et quand l’horizon s’obscurcit, que les perspectives se font incertaines, le ressourcement n’est pas inutile, dès lors qu’il ne s’enlise pas dans la nostalgie. Trois conseils de bons livres d’histoire.

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Le premier (Chambarlhac et Hohl) nous reporte aux années trente. C’était alors le temps des grandes angoisses, pas si loin du traumatisme de la Grande Guerre. L’Europe voyait prospérer le modèle perturbant des fascismes, et donc d’une contre-révolution à figure moderne. Que faire ? Tout réduire à cette montée ? Ne pas se polariser au contraire sur le phénomène et s’en tenir aux affrontements "de classes" traditionnels ? Au bout du compte, c’est un antifascisme coloré par l’expérience ouvrière qui a donné le ton. En principe, on connaît bien le récit de son émergence. Mais elle a été souvent focalisée sur l’expérience communiste. Le mérite de Vincent Chambarlhac et de Thierry Hohl est de ne pas avoir cherché la énième histoire du Front populaire. Ils ont voulu avant tout donner la parole aux acteurs, et notamment du côté des "minoritaires", gauche socialiste ou groupements trotskystes. Ils ont ainsi mêlé l’analyse et le document brut. Du coup, on redécouvre ou on découvre ce que l’on croyait connaître et que l’on avait seulement survolé, ou aperçu dans des ouvrages de seconde main.

Le second (Vigreux) nous renvoie à la période 1958-1981. Moment passionnant que celui-là. La France n’est plus une puissance aussi centrale qu’elle l’était naguère. Elle est en train de perdre son empire colonial, est en plein bloc atlantique et s’engage dans l’Europe du Marché commun. Sa société est en bouleversement accéléré, avec le choc des "Trente Glorieuses". Bref, la France n’est plus ce qu’elle était. 1958-1981 est donc la période où tout se redéfinit, du côté des dominants (le gaullisme), comme du côté de la gauche et du mouvement ouvrier. Le monde ouvrier atteint son apogée et amorce son recul et le PCF se demande comment conserver l’hégémonie à gauche, chèrement acquise entre 1936 et 1945. À côté de lui (face à lui ?), un certain Mitterrand… Comment changer sans se renier ? Redoutable problème. Aujourd’hui, au moment où la gauche a, comme on dit, la tête dans le sac, il n’est pas mauvais de revenir à cette époque, qui fut celle de tous les possibles… et des enfermements. Jean Vigreux est un universitaire spécialiste du communisme. Il nous livre là une synthèse élégante, qui vaut le détour.

Le troisième livre (Gouard) est à la charnière de l’histoire et de la sociologie. Il nous plonge dans les tréfonds du "communisme municipal". Mais au lieu de le faire de façon générale, il l’aborde par le bas. David Gouard, jeune docteur en science politique, s’est immergé longuement dans le territoire de deux ensembles populaires d’Ivry-sur-Seine, la cité Gagarine et la cité Maurice-Thorez, deux noms qui, à eux seuls, symbolisent l’univers culturel du communisme français du XXe siècle. Or ces quartiers, tous deux de forte densité communiste au départ, connaissent des évolutions sociodémographiques différentes Le peuple est toujours là, mais sa texture concrète change et, avec elle, sa sociabilité et ses figures emblématiques. Dans ce chambardement, le communisme ivryen peine à trouve ses marques, recule, mais n’est pas pour autant sans ressources. Bref, les tendances lourdes sont bien là, sans tracer de fatalité pour autant, dans un sens ou dans un autre. David Gouard a fait un pari audacieux. On peut dire qu’il est largement réussi.

Vincent Chambarlhac et Thierry Hohl, 1934-1936. Un moment antifasciste, La Ville brûle, 2014, 144 p., 15 euros.

Jean Vigreux, Croissance et contestations 1958-1981, Histoire de la France contemporaine, Seuil, 476 p., 25 euros.

David Gouard, La banlieue rouge. Ceux qui restent et ce qui change, Le Bord de l’eau, 2013, 246 p., 22 euros.

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  • Dans la lumière légère...

    Une sensation
    douce et pleine
    de poésie retourne
    dans le coeur
    et dans l’aube
    d’un sentier :
    c’est le chant
    des étoiles,
    le souffle des
    mémoires qui
    rappelle la
    douceur.

    Francesco Sinibaldi

    Francesco Sinibaldi Le 30 septembre 2014 à 17:22
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