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Accueil | Par Caroline Châtelet | 10 mars 2014

"Ceux qui restent" : du théâtre contre l’oubli

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Dans le cadre de son festival pluridisciplinaire (Des)illusions, le théâtre Monfort accueille Ceux qui restent. Création bouleversante par son propos, le spectacle met en scène les paroles de Wlodka Blit-Robertson et Paul Felenbok, deux survivants du ghetto de Varsovie.

« Je suis astrophysicien de formation, j’ai besoin de vérifier les choses, sinon ça devient une légende, du baratin. Mais c’est sans doute une déformation professionnelle. » Voilà comment Paul Felenbok explique, entre prudence et souci de rigueur, son rapport à la mémoire. À sa mémoire. Car c’est bien sa parole et celle de sa cousine germaine Wlodka Blit-Robertson qui constituent le matériau de Ceux qui restent. Adaptation théâtrale du récit de ces deux survivants du ghetto de Varsovie – âgés respectivement de sept et onze ans en 1943, année de l’insurrection du ghetto –, le spectacle met en scène leurs témoignages sur les années de guerre et d’après-guerre.

Mais quoique traversé par l’horreur de la persécution des Juifs, Ceux qui restent est aussi marqué par une grande pudeur. La même, peut-être, que celle qui anime Felenbok lorsqu’on l’interroge sur son histoire. Ainsi, préférant évoquer la genèse du projet théâtral ou sa passion pour son métier de physicien, Felenbok confie : « Ça me coûte un peu de raconter. Il y en a qui le font tout de suite et comme ça, c’est réglé. Mais ceux qui n’ont pas raconté, ils doivent attendre. Car le blindage qu’on s’est créé est impossible à quitter. » Pour autant, l’homme a toujours eu en tête qu’il faudrait vérifier – tropisme scientifique oblige –, puis témoigner. Si la première étape a lieu en 1993 lors d’un voyage à Varsovie avec Georges, son frère et aîné de douze ans, il faut attendre 2012 pour qu’un texte de sa main soit lu par l’une de ses filles au Mémorial de la Shoah, à Varsovie.

Théâtre sans artifices

Pour Ceux qui restent, David Lescot a choisi « d’ignorer » le témoignage écrit de Felenbok. Suite à des entretiens individuels, le metteur en scène a construit un récit séquencé, déployant les paroles des cousins sur le mode de l’interview. Sur un plateau nu, deux chaises sont installées l’une derrière l’autre. Là, les comédiens passent de l’interviewé à l’intervieweur et à cette alternance répond l’échange de places. Au fil des séquences chronologiques, trois étapes se dessinent, de la vie dans le ghetto à la fuite de celui-ci, puis à la sortie du territoire polonais.

© Vincent Pontet / Wikispectacle

Sans incarnation excessive, mais animés d’une même précision, Marie Desgranges et Antoine Mathieu transmettent avec justesse les récits. Il y a là-dedans une simplicité puissante, essentielle. Une humilité dans le geste théâtral, mais où le dépouillement scénographique et l’interprétation retenue disent mieux que beaucoup d’artifices l’indicible de la Shoah. Et une fois passée la déflagration créée par le propos, ce sont toutes les thématiques de l’oubli, de la mémoire et de la transmission de cette histoire qui surgissent. Des questions qui, alors que « ceux qui restent » sont de moins en moins nombreux, doivent être plus que jamais posées et partagées.

  • Ceux qui restent
  • Le Monfort Théâtre, 106 rue Brancion, 75015 Paris
  • Jusqu’au 23 mars
  • tarifs : de 12 à 25€
  • Location : 01 56 08 33 46
  • www.lemonfort.fr
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