Accueil > Nos coups de coeur | Par Emmanuel Riondé | 2 août 2013

L’Afrique de Ki-Zerbo

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Voilà une réédition aussi inattendue que bienvenue. Mort en 2006 à l’âge de 84 ans, Joseph Ki-Zerbo était un historien burkinabé, auteur notamment de deux volumes de l’Histoire générale de l’Afrique éditée par l’Unesco. En 2003 il avait publié A quand l’Afrique ? un bref ouvrage d’entretien (avec René Holenstein) dans lequel il confrontait le continent africain, son passé, ses faiblesse et ses atouts, au siècle de la mondialisation.

Dix ans plus tard, on retrouve avec intérêt cette longue discussion où se mêlent analyse historique, décryptage géopolitique, réflexion philosophique... Des bribes de récit de vie, aussi, loin d’être anodins. Car l’homme a croisé et connu à Paris - lorsqu’il y était étudiant au début des années 50 - Cheikh Anta Diop et Léopold Sedar Senghor ; présenté le manifeste de son Mouvement de libération nationale (créé en 1957) au ghanéen Kwame Nkrumah ; travaillé pour la Guinée de Sékou Touré ; et bien sûr occupé d’importantes fonctions - académiques et sur la scène politique - dans les années 60 et 70 dans son propre pays alors encore appelé la Haute-Volta ; avant, plus tard d’y croiser la route de Thomas Sankara, un « patriote sincère et désintéressé, un idéaliste volontariste », avec qui malgré tout, la prise de contact n’aboutira pas politiquement.

Depuis la première parution de cet ouvrage, la réalité du continent a bougé : le partenaire principal de bien des pays africains est désormais la Chine et, aux plans démographique et économique, les perspectives à l’horizon de trente ou quarante ans ne sont pas si mauvaises que l’on pouvait le craindre il y a dix ans. Malgré ces changements de paramètres, beaucoup des lignes écrites par Joseph Ki-Zerbo ont conservé toute leur pertinence. Notamment celles consacrées à la notion de développement et aux politiques chargées de le mettre en œuvre. Un sujet sur lequel l’historien n’épargne personne : « ce que l’on appelle développement, c’est l’autodéveloppement des pays du Nord en conformité avec les réalités, les intérêts et les valeurs de ces pays (...) l’idée européenne du développement finit par sombrer dans une sorte de casino planétaire. » notait-il avant de regretter que « d’un côté les pays africains ne s’organisent pas pour jouer à partie égale sur le marché mondial ; de l’autre côté, beaucoup d’entre eux s’installent dans l’aide qui n’amène pas un développement durable, d’autant plus qu’elle développe des mentalités d’assistés voire de mendiants (...) Or, on n’a jamais établi la prospérité ni la dignité d’un pays sur l’industrie de la compassion ».

A relire cet homme qui se disait alors « convaincu » que le mouvement altermondialiste naissant était « un signal d’espoir », on se dit qu’on aurait bien aimé l’entendre sur les révoltes survenues ces dernières années au Nord de son continent. A défaut, cette réédition offre l’occasion de (re)découvrir la pensée d’un important historien africain du XXe siècle.

A quand l’Afrique ? Entretien avec René Holenstein de Joseph Ki-Zerbo, réédition 2013 aux Editions d’en bas (1ère édition en Editions de l’Atelier en 2003), 239 pages, 10 euros.

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

Forum sur abonnement

Pour poster un commentaire, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas encore enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?