Accueil > Société | Par Nicolas Kssis | 3 juin 2013

Basket, de quoi la JSF Nanterre est-elle le nom ?

Les médias ont découvert une nouvelle terre promise des vertus sportives. Après avoir essoré le hand, le rugby ou le handisport, ce rôle messianique échoue, en cette fin de saison 2012-2013, au Basket. Et en particulier à la Jeunesse sportive des Fontenelles (JSF) de Nanterre, modeste club de Pro A qui dispute la finale du championnat de France contre l’ogre strasbourgeois. Mais que révèle cet engouement ?

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D’ordinaire le basket français a du mal à trouver une place dans le cœur des Français (malgré la présence chez les garçons de star de la NBA comme Tony Parker). Et si aux derniers JO, ce sont les filles qui ont sauvé l’honneur, avec une belle médaille d’argent face aux USA, cela n’empêche nullement leur championnat d’éprouver le plus grand mal - économique s’entend - à se maintenir à 14 équipes.

Dans l’hexagone, le foot affiche une déconcertante hégémonie culturelle et phagocyte le champ médiatique. Et le fossé financier entre les diverses disciplines se passe de commentaire. L’arrivée dans la capitale des Qataris et du milliardaire russe Dimitri Rybolovlev à Monaco accentue ce « gap ». Les ressources de la JSF Nanterre, à hauteur de 2,7 millions d’euros, ne représente que 1,1% de des moyens du PSG (environ 250 millions). Le salaire moyen d’un basketteur de l’élite évolue autour de 7 700 euros par mois contre 35 000 euros pour les footballeurs de L1.

L’affection populaire dont jouit le club de Nanterre révèle aussi un enjeu nettement plus symbolique. L’épopée de la JSF s’inscrit évidemment dans la longue et glorieuse litanie du petit poucet (cf. Roubaix ou Quevilly en coupe de France). Une situation plutôt rare dans le basket où l’organisation des compétitions accorde peu de chance à « l’heureuse surprise ». Ce quasi-miracle, ranime la foi dans le saint credo de la « seule logique sportive », comme si une sorte d’exterritorialité sociale offrait au sport d’échapper, par ses valeurs (esprit de club, ici très « familial », dépassement de soi, sens collectif, amour du maillot, etc) à la loi impitoyable du chéquier.

La JSF, basée dans une cité de banlieue, présente un profil très différent de son voisin et concurrent « bourgeois » de Levallois. Dans le petit monde « orange », Nanterre incarne un étonnant mélange entre le Red Star (pour l’histoire et le terroir urbain) et l’AJ Auxerre (pour la succes story d’un grand club d’une commune de taille moyenne), ou un équivalent d’Ivry dans le hand. Même si, de fait, l’identité du club se révèle bien moins fusionnelle avec la couleur politique de la ville que dans le cas de l’US Ivry.

C’est un peu comme si le destin de la JSF offrait une revanche la France des années 70 et du programme commun face au PSG de Beckham à l’heure de la gauche molle de François Hollande. On croit revivre l’image d’un sport pro proche, accessible, avec son souci de la « formation » des jeunes du cru, un peu comme le Sochaux des Stopyra et consorts. Souvenirs d’une époque où même les rémunérations étaient à échelle humaine. Quitte à enjoliver ou oublier les détails gênants (la corruption tout comme les affaires n’ont pas commencé avec Tapie).
La modestie relative du budget de la JSF en période de crise économique colle à l’air du temps. Elle répond à un besoin d’humilité et de sobriété qu’il est plus facile d’exiger des sportifs que des patrons. D’autant plus que le club a aimablement éconduit les Qataris qui rêvent également de régner sur la France « multisports ». Ce rêve d’un sport pro qui n’aurait pas perdu son âme locale et ses « humanités », est peut-être le meilleur atout de Nanterre. L’écho médiatique et populaire de la JSF Nanterre justifie le choix stratégique de la ville. « De nombreuses petites villes (…) se sont petit à petit positionnées sur des sports collectifs mineurs, comme Tarbes avec le basket féminin (…). En gros, elles ne misent plus sur le foot, dont le ticket d’entrée est cher et très aléatoire » explique ainsi Boris Helleu, professeur assistant à l’université de Caen et animateur du blog Hell of a sport. Et de fait, ici, la subvention rapporte un bien meilleur retour sur investissement en matière de marketing territorial.

Cette success story du petit club de sport reste une exception, sans doute passagère, dans un univers où la L1 sous Zlatan dépendance continue de dominer une actualité shootée aux droits télé …

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