Accueil > monde | Par Emmanuel Riondé | 21 mai 2013

Bouteflika en pleine forme selon le pouvoir algérien

Une grande confusion règne autour de l’état de santé réel du président algérien, hospitalisé en France depuis plus de trois semaines. Résultat d’une opacité des autorités qui n’est pas de nature à réconcilier les algériens avec leurs dirigeants.

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Article mis à jour mercredi 22 mai à 9h30. Hospitalisé au Val de Grâce depuis le samedi 27 avril dernier suite à un accident vasculaire cérébral, Abdelaziz Bouteflika a été transféré hier mardi dans un appartement de convalescence dans un établissement du service de santé des Armées à Paris. Le matin même, Abdelkader Bensalah, Président du Conseil de la Nation, équivalent du Sénat français, assurait qu’il était « en bonne santé grâce à Dieu ». Des propos relayés par l’Agence Algérie Presse service (APS) et repris par les médias algériens. Dans son allocution d’ouverture à une journée d’étude, le numéro 2 de l’Etat (d’origine marocaine ce qui pourrait poser problème s’il devait prendre la place du président en cas d’empêchement physique de ce dernier d’exercer ses fonctions) a demandé aux « brailleurs » et autres « prêcheurs du désespoir » de « laisser l’homme se reposer et revenir bientôt au pays pour poursuivre la construction et l’édification du pays ». Ces déclarations, qui se veulent rassurantes, corroborent les propos tenus par le premier ministre algérien Abdelmalek Sellal qui avait assuré lundi que le «  pronostic vital [de Bouteflika] n’a jamais été engagé et qu’[il] voit son état de santé s’améliorer de jour en jour ».

Pourquoi alors si « la maladie du président Bouteflika ne sera bientôt plus qu’un mauvais souvenir », une telle panique semble-t-elle s’emparer du sommet de l’Etat algérien ces derniers jours ?
Samedi soir, à Alger, Mon journal et Djaridati (versions arabe et française d’un même titre) ont été saisis avant impression. En cause, selon les autorités, les « informations erronées » et « totalement fausses » qu’ils s’apprêtaient à livrer sur l’état de santé du président. Des informations faisant notamment état d’un coma et d’un retour précipité à Alger. Le parquet général de la cour d’Alger a ordonné des poursuites judiciaires à l’encontre du directeur de publication de ces titres, Hicham Aboud, pour « atteinte à la sécurité de l’Etat, à l’unité nationale et à la stabilité et au bon fonctionnement des institutions ».

Journaliste d’expérience, passé par l’armée et les services, et qui n’en est pas à sa première offensive contres les caciques du régime, Hicham Aboud a donné lundi un entretien sur le plateau de France 24 dans lequel il revient sur ces derniers évènements.

La plupart des commentateurs observent qu’il faut remonter aux années 90 pour retrouver trace en Algérie d’une interdiction de parution frappant des journaux. Les hautes sphères du pouvoir algérien sont donc actuellement bien moins sereines que ne veulent le laisser croire leurs déclarations.

Agé de 76 ans, le président algérien, élu en 1999 puis réélu en 2004 et 2009, n’en est pas à sa première hospitalisation au Val de Grâce. Il l’avait déjà été en novembre 2005. Les bulletins de santé officiel faisaient alors état d’un ulcère de l’estomac. Mais des rumeurs avaient circulé évoquant plutôt un cancer - hypothèse qui sera renforcée en 2011 par des révélations de WikiLeaks. Rentré en Algérie le 31 décembre 2005, Bouteflika était revenu en avril 2006 pour une « visite de suivi médicale ». Avant d’être une nouvelle fois hospitalisé le 14 septembre 2011.

C’est donc de ce président à la santé chancelante que le peuple algérien n’a pas de nouvelles fiables depuis plus de trois semaines. Et ce alors que la prochaine élection est prévue pour 2014 et que officiellement, Bouteflika n’a pas encore renoncé à se présenter à sa propre succession. « De l’avis de nombreux acteurs politiques, l’hospitalisation du chef de l’Etat, qui se prolonge, a pris de court les décideurs et chamboule complètement le calendrier politique, écrit Hacen Ouali dans El Watan. Un accident qui semble fausser les scénarios de la succession. Des partis politiques ne cessent d’exiger des autorités du pays la vérité sur l’état de santé du Président, pendant que d’autres appellent à l’application de l’article 88 de la Constitution sur la procédure d’empêchement. » note le journaliste qui, un brin fataliste, rappelle que « l’opacité [est] une donnée structurelle du pouvoir en place ».

A laquelle, pour l’heure, ledit pouvoir ne semble pas vouloir renoncer. Ce qui, dans le climat régional actuel, apparaît un peu archaïque et risqué. Dans un entretien accordé à El Watan, le vieil opposant Ali Yahia Abdennour voit dans la séquence actuelle l’occasion pour les Algériens de tourner une page. Plaidant pour un départ immédiat de Bouteflika, il considère que « le crépuscule qui s’étend sur le pouvoir entrevoit l’aube de la démocratie » en Algérie.

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