Accueil > monde | Par Emmanuel Riondé | 7 novembre 2013

Dix mois de Serval et après ?

Moins d’un an après le déclenchement de l’opération Serval au Mali, des groupes armés continuent de frapper au Nord du pays. Bien que le ministre du Quai d’Orsay loue « l’extrême efficacité » de l’intervention française, les élections législatives prévues le 24 novembre vont se tenir dans un climat délétère et au coeur d’une région loin d’être pacifiée.

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Ne jamais oublier que le serval est capable d’uriner 30 fois par heure pour marquer son territoire. Ce qui indique à tout le moins une angoisse profonde de se faire piquer la place. Forcément, certains esprits chagrins ont donc vu dans le choix de la France d’affubler son opération militaire au Mali du nom de ce petit félin incontinent, la marque d’un très fort inconscient postcolonial. Et la preuve qu’en réalité, Paris est incapable de tourner la page de la Françafrique.

Ce qui a un coût, dont l’Elysée, moins d’un an après le déclenchement de l’opération Serval, vient en quelques semaines d’avoir un aperçu : probablement 20 millions d’Euros pour récupérer 4 otages détenus pendant trois ans dans la région ; 2 journalistes assassinés ; et un communiqué d’Aqmi prévenant que les « crimes quotidiens commis par les Français contre les droits des Maliens (...) » ne resteront pas impunis et que l’assassinat de Ghislaine Dupont et Claude Verlon, revendiqué par Aqmi mercredi 6 novembre, n’est qu’une part de « l’addition que paiera le président français Hollande et son peuple pour cette nouvelle croisade ».

A ce jour, rien n’indique que la libération des otages (qui avaient été enlevés en septembre 2010 à Arlit au Niger où ils travaillaient pour Areva) survenue le mardi 29 octobre et l’assassinat des journalistes, le 2 novembre, sont liés. Mais force est de constater que ces deux évènements interviennent au cœur d’une séquence particulièrement chargée. Le 20 octobre, l’armée française a engagé l’opération Hydre, dans le Nord Mali afin de « maintenir la pression sur les éventuels mouvements terroristes, afin d’éviter leur résurgence ». Entre le 17 et le 24 octobre, selon le ministère de la défense « les opérations aériennes se sont poursuivies avec environ 75 sorties, dont environ 35 effectuées par les avions de chasse ». Et, « au sol, la force Serval poursuit les opérations autour de la boucle du Niger, et dans le Nord du pays, en coordination avec les unités de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA ) et des Forces armées maliennes (FAMa ) ». Début octobre, des attentats avaient frappé les villes de Gao et Tessalit, attribués à Aqmi et ses alliés.

Du coup, on peut se poser la question de savoir si, moins d’un an après son déclenchement le 11 janvier 2013, l’opération Serval au Mali a correctement remplie sa mission. Elle devait, selon François Hollande en janvier dernier, « préparer le déploiement d’une force d’intervention africaine pour permettre au Mali de recouvrer son intégrité territoriale ». Les forces africaines sont bien là et, de fait, des groupes djihadistes et leurs chefs ont été éliminés et/ou écartés. Mais pas tous, comme en témoignent les derniers évènements, et la région, par delà les frontières du Mali, où opèrent encore des groupes armés est très loin d’être « sécurisée ».

Mardi sur RFI, Laurent Fabius a affirmé que l’assassinat des journalistes ne remettait pas en cause le calendrier de désengagement de Serval, dont une partie des 3000 hommes devraient quitter le territoire malien après les élections législatives prévues le 24 novembre. Tant mieux : on ne peut que se féliciter lorsque des troupes françaises se retirent des pays de l’ancien pré carré africain où elles se trouvent encore dans bien trop d’endroits (Côte d’Ivoire, Djibouti, etc.). Mais les circonstances de ce début de retrait comme celles de leur arrivée il y a dix mois [1], laissent un goût amer : le retour à la normale, à une démocratie sereine (retour dont les bases ont été jetées le 11 août dernier par l’élection d’Ibrahim Boubacar Keita comme président au terme d’un scrutin qui s’est déroulé sans heurts majeurs) paraît bien fragile au Mali. Et malgré tous les efforts que fait l’Elysée pour convaincre de la pertinence de l’engagement français « contre le terrorisme » dans cette partie du monde, on peine toujours à le suivre.

Notes

[1lire sur Regards.fr : Mali, un consensus très discutable

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